Mercredi 3 décembre 2008

Non, ce n'est pas le titre d'un film avec Louis de Funès. La gendarmerie de Marciac dans le Gers a fait irruption dans le collège du coin, chiens à l'appui, pour fouiller les cartables et les corps d'une classe de quatrième. Aucun représentant de l'établissement n'assistait à l'opération dont la brutalité a choqué adolescents et parents d'élèves. Le ministre de l'Education nationale s'en est lui-même ému. Certes, la lutte contre la drogue pour protéger les mineurs est légitime. Les citoyens sont cependant en droit de demander que certaines formes soient respectées. On ne débarque pas dans un collège comme dans un repaire de terroristes.
Cette affaire désolante est comparable à l'arrestation musclée de Vittorio de Filippis, ancien journaliste à Libération... La police, comme la gendarmerie, devient nerveuse. Les pressions de la haute hiérarchie des sarkoboys sont de plus en plus insupportables. Il faut faire du chiffre et encore du chiffre. Bientôt, vous le savez, un gosse de douze ans pourra filer en cabane. La société de la trique gagne chaque jour du terrain, avec la bénédiction des honnêtes gens qui veulent dormir en paix.

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Samedi 29 novembre 2008

Quand je vais chez Lidl, j'ai toujours l'impression que c'est la guerre. Ou tout au moins que nous vivons dans une situation d'extrême urgence. La clientèle va courbée parmi les travées comme si c'était un camp de réfugiés. Les denrées ressemblent à des rations de survie pour le temps du chaos. La misère se lit sur les visages, affaisse les silhouettes, massacre les sourires qui poindraient parfois aux commissures. Et puis il y a toutes ces langues que l'on entend, aussi rugueuses que les palettes où suffoquent les légumes et les viandes douteuses. L'arabe de la précarité, l'espagnol résigné des gitans, le roumain ou le bulgare de ceux qui n'espèrent plus rien du miracle occidental, le français appauvri que l'on aboie sur des gosses enchifrenés. Souvent, les caissières exténuées par les conditions de travail les plus déplorables qui soient reçoivent en pleine figure toute cette désespérance. C'est le petit vieux qui doit reposer un article car dix centimes lui manquent. C'est le beauf franchouillard aviné qui bouscule la mamie algérienne et le ton monte. C'est la jeune femme déjà déformée par les grossesses qui doit abandonner son chariot puisque son chèque est refusé. Longue litanie de la guerre économique en temps de paix apparente. La crise actuelle ne va rien arranger. Aurons-nous bientôt des émeutes de la faim comme dans les pays les plus déshérités ? Lidl et les autres hard discounters devront-ils embaucher des vigiles supplémentaires armés de Tasers pour dissuader les voleurs ? C'est possible. L'année 2009 s'annonce déjà dramatique pour les petites gens. Un jour, qui sait, Lidl et ses concurrents vendront du Soleil vert, comme dans le film éponyme. Science-fiction ? Que nenni ! Après-demain, c'est déjà aujourd'hui. Hélas !

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Jeudi 27 novembre 2008

Comme chaque année à l'approche de l'hiver, les médias redécouvrent les sans-logis réduits au sigle douteux de SDF. Les caméras font le trottoir et glissent sous les ponts. Les "habitants" de la rue disent qu'ils ne veulent pas dormir dans les centres d'hébergement où on attrape des poux de corps et qu'il faut quitter à l'aube. Christine Boutin, émue de ce que trois sdf viennent de mourir de froid au bois de Vincennes, souhaite les y contraindre. Question épineuse. Au-delà de toute polémique sur la mollesse des gouvernements à secourir les plus démunis, je ne parlerai donc pas des tentes confisquées aux Enfants de Don Quichotte, les sans-abri ont-ils ou non le droit de choisir le risque de la mort ? Ils disent que c'est la seule liberté qui leur reste, la seule dignité qu'ils peuvent encore exprimer. Leurs témoignages sont toujours poignants et soulignent le délitement d'une société de l'indifférence. Voyez à ce propos le film de Schoeller, Versailles. Guillaume Depardieu y est tout à fait convaincant et on saisit mieux les engrenages qui conduisent sous les ponts ou dans les bois. Soixante pour cent des Français imaginent qu'ils pourraient un jour y aller...

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Samedi 15 novembre 2008
Un ministre de la République, baron d'Arc de la Xaviérie du Périgord, se prend pour le Fouché du XXIème siècle. Ses mouches à lui ne sont pas des saute-ruisseaux loqueteux mais des informaticiens en costard qui espionneront bientôt tout ce que les enseignants écrivent sur leurs blogs. Deux cent vingt mille euros offerts à n'importe quelle société privée qui voudra bien se lancer dans cette vaste opération de censure ! Une régression considérable du droit à l'expression libre ! Ce n'est pas encore la dictature mais nous en prenons le chemin. Alors que les chevaliers de la gauche sont défaits, que la dame en bleu rappe la fra-ter-ni-té, les troupes du Hongrois à talonnettes rivalisent de cynisme et de brutalité. Triste spectacle de la pensée en déroute, enterrée même par ceux qui devraient la servir. Les intellectuels restent tapis dans leurs mangeoires dorées, les économistes chantent que tout va bien madame la présidente et le peuple souffre un peu plus chaque jour. Les Français les plus résignés se verront-ils récompensés d'une médaille en chocolat par le baron d'Arc ? Cependant que ses sbires électroniques traqueront sur la toile la poésie qui est une arme chargée de futur ? Plus que jamais, la nécessité d'entrer en résistance s'impose. Nos mots, tôt ou tard, sauront triompher de la médiocrité qui nous gouverne !
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Mercredi 8 octobre 2008

 

Je reviens d'une conférence sur les nouveaux programmes de l'école primaire. J'ai mal à la tête. Et au coeur. Et aux nerfs. Partout. La conférencière avait demandé à ses quelque trois cents instits d'envoyer des questions. Elle en a reçu une, la mienne. La voici : "QUELLE PENSEE PHILOSOPHIQUE A INSPIRE CETTE REFORME; DANS QUELLE PERSPECTIVE ANTHROPOLOGIQUE S'INSCRIT-ELLE ?"
Eh bien ! J'attendrai longtemps la réponse. C'est qu'on n'a pas le droit de penser nous autres, seulement celui de réfléchir dans un cadre étroit. Alors je sens le fagot. La conférencière ne manquera pas de me brûler bientôt et je vais de ce pas doubler ma dose d'antidépresseurs. Pour ne pas finir ma vie comme Valérie Cruzin qui s'est suicidée. On meurt beaucoup en ce moment chez les enseignants. C'est que le mépris a des limites. Au prétexte que l'anthropologie est en effet une discipline transversale, la conférencière, même si elle ne m'a pas nommé, s'est permis un persiflage brutal. Si elle m'avait donné la parole, je n'aurais même pas su la prendre tellement j'étais bouleversé. Je vais donc essayer de me convaincre que je ne suis qu'une merde et éviter de me faire piétiner sur les trottoirs fangeux de la pédagogie et du formatage économique. Voilà, lectrices et lecteurs, mon état d'aujourd'hui, moi, petit instituteur de Bordeaux même pas encore crevé !!! Un jour, la conférencière, s'il le faut, si on lui a dit de le dire, aura cette assertion antédiluvienne : La lune est plate ! Et il n'y aura pas à discuter. En attendant ce jour qui signera à tout jamais la défaite de l'intelligence, je m'aplatis, je m'aplatis, jusqu'à disparaître.

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Samedi 27 septembre 2008

 

Le professeur Claire SERIES dirige le service de médecine interne à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux depuis 1992. Trente lits dont la moitié accueille notamment des femmes adultes souffrant d'anorexie. Cette maladie de l'âme qui amoindrit le corps, si singulière, nécessite une pratique hospitalière inscrite dans la lenteur, où la parole soigne tout autant que l'urgence médicale. Claire SERIES travaille en étroite collaboration avec les docteurs Pierre MAINHAGU, psychiatre, et Gérard OSTERMANN, psychothérapeute. Ensemble, ils offrent à ces femmes souvent rejetées par leur entourage une prise en charge globale de leurs maux.
Mais la réforme du système hospitalier fait planer sur le service de Claire SERIES de sourdes menaces. Il a fallu, déjà, batailler pour maintenir les lits des anorexiques. Au mois d'août dernier, le Tripode resserre encore son étau comptable sur l'avenir de ces femmes en détresse physique et morale.
Claire SERIES rentre de congé et apprend qu'elle n'est plus chef de service. Le cabinet de consultation attenant à son bureau est verrouillé. Le docteur MAINHAGU est licencié. Les lits des anorexiques, rebaptisés lits d'addictologie, se limitent à six.
Stupeur ! Consternation ! Effroi ! Claire SERIES écrit à la Direction de l'hôpital, au ministère de la Santé. L'hôpital ne répond pas. Le ministère ne répond pas. Silence et solitude. Un engagement sans faille auprès de la souffrance réduit à l'hallali. Que vont devenir les patientes de Claire SERIES alors qu'il n'existe aucune autre structure pour soigner les anorexiques adultes ? Comment Claire SERIES pourra-t-elle continuer à exercer sa profession avec la même exigence médicale et éthique ? Le docteur MAINHAGU, fidèle parmi les fidèles, reste à son poste, bénévolement. Le docteur OSTERMANN n'est pas inquiété pour le moment.
Souhaitons, pour les malades et leurs proches, qu'une solution humaine saura éclairer leur horizon !

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Mercredi 24 septembre 2008

 

Invité par Serge Moati à l'excellente émission Ripostes, Jacques Attali comparait la crise de 1929 et celle de 2008. La question était de savoir si les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, dans un contexte géopolotique différent. Les marchés financiers ont aujourd'hui des outils technologiques qui permettent un délai de réaction très court. L'immédiateté de l'information est également un atout dont ne disposaient pas les gouvernements au début du vingtième siècle. Jacques Attali tint par conséquent des propos plutôt rassurants. Puis, l'air de rien, mezza voce, il fit remarquer qu'on était sortis de la crise de 1929 par la guerre. Cabotin en diable, Serge Moati sursauta : " Est-ce à dire que..?" Jacques Attali se fendit d'un sourire enigmatique, comme s'il revenait d'un lointain voyage dans Troie en flammes, Hélène étant ravie. Il évoqua les tensions dans le Caucase, l'affaire georgienne, les menaces qui pèsent sur l'Ukraine si la Russie de Poutine se crispe encore, si l'OTAN, coûte que coûte souhaite élargir son cercle d'influence...
Rendez-vous dans dix ans. Les civilisations sont mortelles, de toute façon. Pourquoi la paix qui protège l'Europe de l'Ouest depuis soixante ans durerait-elle jusqu'à la saint-Glinglin ?

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Samedi 20 septembre 2008

Nous sommes nombreux à dénoncer les méfaits du néolibéralisme et à demander qu'un minimum de règles pour l'encadrer soient définies. Nous sommes aussitôt taxés de rétrogrades, d'anti-modernes et d'utopistes. La preuve que le néolibéralisme et pire encore l'ultralibéralisme sont des erreurs vient d'être apportée, magistralement par... George W Bush !!! Avec mille milliards de dollars pour sauver de la faillite banques et compagnies d'assurances et éviter une crise voire un effondrement systémique de l'économie mondiale. George Soros, capitaliste richissime, tire lui aussi la sonnette d'alarme depuis une dizaine d'années. Les marchés financiers doivent être encadrés, rééquilibrés au besoin, et favoriser au niveau planétaire l'amélioration de la condition humaine. La FAO, inquiète de la recrudescence des famines dans les pays pauvres suite au renchérissement des produits agricoles, (riz, blé...), évalue à trente milliards de dollars son premier plan de sauvetage. Une paille, si j'ose dire ! Mais les crabes de la finance sont tellement aveugles ! Qu'attend donc la Banque Centrale Européenne pour desserrer l'étau des taux et prendre des mesures semblables à celles prises par le gouvernement américain ? C'est que, hélas, nos dirigeants zélés veulent montrer outre-Atlantique qu'ils sont de très bons élèves du libéralisme, voire les meilleurs. Nous finirons par en crever s'ils n'ouvrent pas les yeux.

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Lundi 18 août 2008

Dans sa chronique dominicale Paris-Province, (Sud Ouest) Jean-Claude Guillebaud revient sur la crise de la baie des Cochons en 1962. Le monde, nous le savons, frisa la catastrophe nucléaire. La récente ouverture des archives soviétiques nous montre que le péril fut évité par l'extraordinaire courage d'un seul homme. En 1962, l'URSS possédait des missiles sur l'île de Cuba et plusieurs de ses sous-marins nucléaires guettaient au large des côtes américaines. L'un d'eux fut attaqué par les Américains et le commandant, avec l'accord du commissaire politique à bord, décida une riposte nucléaire. Mais il fallait, c'était la procédure, l'aval du second, Vassili Arkhipov. Contre toute attente, il refusa catégoriquement et réussit à calmer les esprits échauffés par la pression guerrière. La planète fut ainsi sauvée d'un déluge de feu et de cendres. Un homme, un seul, contre tous, a su dire non à la folie humaine. Il est mort quelques années plus tard dans la plus totale indifférence. A l'heure où Monsieur Poutine rêve d'en découdre avec l'occident, il serait bien avisé de se souvenir de Vassili Arkhipov, ce juste parmi les justes.

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Mercredi 23 juillet 2008

La photo de Radovan Karadzic publiée après son arrestation à Belgrade est fascinante. Elle pourrait s'intituler La métamorphose du bourreau. Comment reconnaître sous cette barbe blanche freudienne l'homme qui a commandé l'assassinat de huit mille musulmans à Srebrenica en 1995 ? Et cependant la métamorphose n'est qu'apparence. Il s'agit bien du même individu. Il était déjà psychiatre quand il a ordonné tous ces massacres. N'empêche, à Pale, son fief, la population le pleure. C'est un héros. Dostoïevski disait qu'un homme qui tue un autre homme est considéré comme un assassin. Mais qu'il en tue cent mille et on lui déroule le tapis rouge. Il sera passionnant de voir le procès au Tribunal pénal international de La Haye. Les juges parviendront-ils à démonter les mécanismes de la monstruosité ? A atteindre cette part maudite de l'humain que nous sommes tous capables de mettre en oeuvre ? Une chose est certaine. Dans le chaos sans cesse recommencé de l'Histoire avec sa "grande hache", d'autres Karadzic, d'autres Mladic jailliront de notre sang. Pour le répandre encore et encore, tant l'expérience de la sagesse ne peut rien contre la pulsion de mort. Mais l'humanité pourrait-elle continuer son chemin sans cette pulsion-là, qui coule dans le même creuset le bien et le mal, l'humain et l'inhumain ? Question terrifiante, n'est-ce pas ? Il est si difficile de concevoir la nécessité du mal, alors que nous savons qu'il peut selon Leibniz en naître un bien... Heureusement qu'il nous reste l'utopie, pour nous défendre de la peur !

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