Dominique
Boudou
Marc Quinn a longtemps travaillé sur son propre corps. Il a réalisé un buste-autoportrait avec son propre sang
congelé. Il s'intéresse aussi au corps meurtri, martyrisé par des malformations. Son Alison Lapper enceinte exposée en 2004 à Trafalgar Square
résonne en moi comme une allégorie écartelée entre l'espoir de la naissance et
l'angoisse de la monstruosité, celle qui est déjà là dans notre présent en décomposition et celle qui peut nous hacher n'importe quand dans un avenir improbable...
Damien Hirst opère aussi sur le corps, celui des animaux conservés dans du formol. Il a ainsi mis en scène un requin de quatre mètres de long dans un
aquarium ou exposé une vraie tête de mort sertie de diamants. La promesse d'argent, montrée à Kiev en 2003, suscite au premier abord une légitime répulsion.
Les laideurs viscérales et
excrémentales n'en établissent pas moins de nauséeuses correspondances avec le monde abject de l'argent et disent la décomposition civilisationnelle qui menace l'humain.
images de mocolo.com et acasculpture.blogspot.com
ps : Rappelons que Vinci, Goya, Géricault, Bellmer ou Vitkin ont aussi oeuvré sur le corps dépecé. Ils sont aujourd'hui compris par le public.
Cette question du medium est intéressante évidemment. Sans doute n'est-il pas de même nature dans Bacon et dans Quinn ou Hirst. Certes le requin dans du formol n'est pas scandaleux s'il reste un requin dans du formol. Mais il devient autre chose du simple fait de son exposition et le medium, c'est tout le monde dans la narration du regard.