Dominique
Boudou
Marie N'Diaye et son compagnon Jean-Yves Cendrey ont quitté la Gironde pour s'installer à Berlin peu après l'élection présidentielle de 2007. Ce
déménagement est dû en partie à l'avènement de Sarkozy. Le prix Goncourt 2009 trouve Nicolas Sarkozy monstrueux et Brice Hortefeux aussi. Elle le dit. Elle le maintient. Elle a raison.
Le paltoquet Eric Raoult, député UMP, ne l'entend pas de cette oreille et invente pour le prix Goncourt un devoir de réserve au prétexte qu'elle représente la littérature hexagonale. Il écrit à
Frédéric Mitterrand pour lui demander de prendre des mesures... Lesquelles, monsieur le flicaillon ? Transmettre le dossier de la lauréate à l'autre Eric, le Besson ? Lui retirer son prix ?
Exiger des excuses publiques voire une autocritique comme cela se fait en Chine où le Parti Communiste Chinois fait l'admiration du jean-foutre mielleux Xavier Bertrand ?
Messieurs les censeurs glaireux, vous donnez la nausée à tous les amoureux des arts et des lettres. Retournez donc à votre niche et rongez ensemble l'os du ridicule en espérant qu'il vous
tue.
Et vive Marie N'Diaye et ses femmes puissantes. Continuez, Madame, à nous enchanter de votre verbe flamboyant. Continuez à résister pour nous et avec nous contre la connerie abyssale de tous les
paltoquets qui veulent gouverner jusqu'à nos âmes éperdues de mélancolie !
Avec mes amis étrangers, je suis beaucoup moins fier d'être français !
Ce député est-il en manque qui lui faille faire parler de lui à tout prix ?
Je n'achète pas souvent les livres primés mais celui-là, mon fils me l'offre pour Noël !
Eric Raoult est un symptôme du retour de "la France moisie" décrite il y a quelques années par Philippe Sollers (voir aussi l'article, aujourd'hui dans "Le Monde", de Christian Salmon).
Ce sont des voix comme celle de Marie NDiaye qui sonnent le tocsin et ouvrent les yeux de ceux qui prennent les propos des Raoult, Besson, Hortefeux et consorts pour de petits "dérapages" ou des lapsus innocents.
La liberté intellectuelle ou sociale ne se découpe pas en rondelles de saucisson selon l'humeur des parvenus au pouvoir.
Notre devoir n'a aucune réserve : notre désir est de lutter contre ce rabougrissement de la pensée uniformisée et imposée (sous prétexte d'une pseudo "identité nationale").
Les écrivains, les intellectuels, tous ceux qui ont une certaine conscience des enjeux politiques ne peuvent laisser agir ainsi, dans l'imbécilité impunie ou la couardise récompensée par un poste ministériel, ceux qui nous gouvernent - notamment depuis mai 2007 - sous le joug du mépris, de l'injustice et de la bave mentale.