Dominique
BoudouJe garde d'un voyage à Venise un carnet relié plein cuir où je note depuis dix ans des phrases butinées au hasard de mes aventures littéraires. Je les relis régulièrement, je retrouve grâce à elles des livres oubliés dont j'ouvre à nouveau les pages.
Ce carnet, où se côtoient toutes espèces de mauvais sujets, est une conversation. Ainsi, Cioran parle à Théodore Monod, qui parle à Soulages.
Cioran : Pour un écrivain, bavarder avec une concierge est bien plus profitable que s'entretenir avec un savant dans une langue étrangère.
Monod : Quelques mots d'un bédouin m'ont toujours plus appris que ceux d'un professeur.
Soulages : En observant les gestes du forgeron ou ceux du menuisier, j'ai appris plus qu'aux Beaux-Arts.
Ah ! Mes maîtres qui m'aidez à tenir debout dans ce monde vulgaire, je ne me permettrais pas de joindre ma voix malhabile à votre dialogue mais je vous aime, pour le chemin que vous avez pris, pour tous les chemins vierges que vous montrez à tous ceux que l'argent n'intéresse pas.
Une sentence ancienne, je crois que c'est dans le Talmud à peu près ceci :
Les artisans , alors qu'ils sont occupés dans leur travail, n'ont pas à se lever devant les savants