Samedi 29 novembre 2008

Quand je vais chez Lidl, j'ai toujours l'impression que c'est la guerre. Ou tout au moins que nous vivons dans une situation d'extrême urgence. La clientèle va courbée parmi les travées comme si c'était un camp de réfugiés. Les denrées ressemblent à des rations de survie pour le temps du chaos. La misère se lit sur les visages, affaisse les silhouettes, massacre les sourires qui poindraient parfois aux commissures. Et puis il y a toutes ces langues que l'on entend, aussi rugueuses que les palettes où suffoquent les légumes et les viandes douteuses. L'arabe de la précarité, l'espagnol résigné des gitans, le roumain ou le bulgare de ceux qui n'espèrent plus rien du miracle occidental, le français appauvri que l'on aboie sur des gosses enchifrenés. Souvent, les caissières exténuées par les conditions de travail les plus déplorables qui soient reçoivent en pleine figure toute cette désespérance. C'est le petit vieux qui doit reposer un article car dix centimes lui manquent. C'est le beauf franchouillard aviné qui bouscule la mamie algérienne et le ton monte. C'est la jeune femme déjà déformée par les grossesses qui doit abandonner son chariot puisque son chèque est refusé. Longue litanie de la guerre économique en temps de paix apparente. La crise actuelle ne va rien arranger. Aurons-nous bientôt des émeutes de la faim comme dans les pays les plus déshérités ? Lidl et les autres hard discounters devront-ils embaucher des vigiles supplémentaires armés de Tasers pour dissuader les voleurs ? C'est possible. L'année 2009 s'annonce déjà dramatique pour les petites gens. Un jour, qui sait, Lidl et ses concurrents vendront du Soleil vert, comme dans le film éponyme. Science-fiction ? Que nenni ! Après-demain, c'est déjà aujourd'hui. Hélas !

publié dans : Basculements
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