Comme chaque année à l'approche de l'hiver, les médias redécouvrent les sans-logis réduits au sigle douteux de SDF. Les caméras font le trottoir et glissent sous les ponts. Les "habitants" de la rue disent qu'ils ne veulent pas dormir dans les centres d'hébergement où on attrape des poux de corps et qu'il faut quitter à l'aube. Christine Boutin, émue de ce que trois sdf viennent de mourir de froid au bois de Vincennes, souhaite les y contraindre. Question épineuse. Au-delà de toute polémique sur la mollesse des gouvernements à secourir les plus démunis, je ne parlerai donc pas des tentes confisquées aux Enfants de Don Quichotte, les sans-abri ont-ils ou non le droit de choisir le risque de la mort ? Ils disent que c'est la seule liberté qui leur reste, la seule dignité qu'ils peuvent encore exprimer. Leurs témoignages sont toujours poignants et soulignent le délitement d'une société de l'indifférence. Voyez à ce propos le film de Schoeller, Versailles. Guillaume Depardieu y est tout à fait convaincant et on saisit mieux les engrenages qui conduisent sous les ponts ou dans les bois. Soixante pour cent des Français imaginent qu'ils pourraient un jour y aller...