Le coquard du panda de Thomas Werth est un livre
inclassable qui arpente les galeries du monde du cirque. Le lecteur y croise le contorsionniste qui a perdu son squelette, le lanceur de couteaux victime de l'avaleuse de sabres, l'acrobate
admirateur des araignées et tant d'autres, dont le chapiteau lui-même hissé au rang de personnage avec ses bandes bicolores à la façon du dentifrice de notre enfance.
Thomas Werth, jeune auteur publié par les courageuses éditions delphine montalant, nous réjouit d'une langue aux ciselures savoureuses. On se croirait, parfois, dans un morceau de bravoure rabelaisienne, c'est particulièrement notable dans la fantasmagorique femme à barbe, et, çà et là, la silhouette malicieuse de Marcel Aymé traverse peut-être l'écriture. Ailleurs, car Thomas Werth sait nous emporter ailleurs au détour même d'une simple virgule, les amoureux de Ray Bradbury retrouveront le parfum des curiosités foraines. Ajoutons à cela que le coquard du panda aime à s'aventurer dans les fondrières de la philosophie et tu auras, lecteur mon ami mon frère, une idée du talent de ce croquemitaine dont les mots ravissent :
" On réalise que c'est une sale affaire que les mots. On est plus à l'aise lorsqu'on se lance dans le vide en haut d'un trapèze - on préfère côtoyer le lion et rudoyer le jaguar plutôt que d'avoir à se frotter cette ménagerie-là. On en est revenus, des mots, et on plie le chapiteau, c'est les mâts que l'on démonte et la toile que l'on déroule, les piquets que l'on arrache et les cordes que l'on détend, les gradins que l'on défait et la paille que l'on ramasse, le porche que l'on décloue et les cages que l'on rassemble, on plie le chapiteau tout autant que l'on plie bagage, on plie le chapiteau et il n'en reste rien, sinon un peu d'herbe piétinée quand il a disparu du paysage. Et les traces rouges et blanches du dentifrice qui durcit lentement sur nos mains."
Le coquard du panda de Thomas Werth est bellement illustré par Isabelle Hervé.