Je lis peu les prix Goncourt, à moins que j'aie acheté le livre avant ou qu'on me l'ait offert. C'est le cas du magnifique roman d'Atiq Rahimi, Syngué sabour. Titre étrange qui désigne une pierre de patience en Afghanistan. Elle a le pouvoir de recueillir les malheurs de celui qui lui parle et de le délivrer de ses souffrances. Ici, la syngué sabour est un combattant taliban dans le coma. Sa femme le soigne et lui parle cependant que des tirs sporadiques éclatent dans la ville et que le mollah appelle à la prière. Elle dit toute la violence que son corps a subie, que son sexe a subie, que son âme a subie. Elle dit en termes parfois très crus l'abjection d'un monde défiguré par les factions en guerre au nom de Dieu. Et c'est toujours la même obsession qui revient : celle de la femme au sang impur, de la putain réduite à un tas de viande qu'il faut lapider.
Atiq Rahimi a écrit son roman directement en français,
dans une langue très dépouillée, tour à tour brutale et poétique. Le monologue intérieur de la femme s'enchâsse merveilleusement aux notations sèches et visuelles de ses allées et venues dans la
maison.
Un beau livre dédié à une poétesse assassinée à l'âge de 25 ans par son mari en Afghanistan. Mais, hélas, Atiq Rahimi le précise au début de son roman, ce drame pourrait aussi se
dérouler ailleurs. Donc, une fois n'est pas coutume, je recommande vivement ce prix Goncourt hors normes publié chez POL.