Samedi 8 novembre 2008

 

Une maîtresse me dit, après bien des années, l'émotion des rencontres avec des enfants pas comme les autres. Un jour de rentrée, un petit de sept ans se campe devant elle et lui déclare d'une voix ferme :

" J'aime deux choses dans la vie. Les vaches et les dictionnaires."
Au fil des mois, l'enfant restera fidèle à sa profession de foi. Il lira abondamment les dictionnaires, ce qu'on ne fait hélas plus guère, et s'enthousiasmera ardemment pour les bovidés.
Bien sûr, la maîtresse me l'a confirmé, l'amateur de bêtes cornues passait aux yeux de ses collègues pour un Kas. C'est vite plié de passer pour un Kas à l'école. On dit du Kas que "c'est tout un poème et qu'il est dans son monde, rêêêêêveueueur !!!
C'est pas bon de rêver. C'est pas bon d'être singulier. Faut rentrer dans le rang et baisser la tête.
Moi, je suis comme cette maîtresse qui savait entendre le monde singulier de l'enfant. Ma mission n'est pas d'étouffer la singularité des enfants mais au contraire de la révéler. Elever les regards et les âmes, c'est possible à tout moment, à condition de n'être pas soi-même un ver de terre. Trop d'enseignants, encore, pourtant intelligents et compétents, oublient de se mettre debout. Je le déplore. En silence.

publié dans : Ici le monde
ajouter un commentaire commentaires (10)    créer un trackback recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

L'Education Nationale déteste tout ce qui est différent... tout le monde marche au pas de loi, la norme laïcarde imposer. Il suffit de voir les persécutions récurrents contre les écoles privées, matraquées de règlements débiles et coûteux que les écoles laïques se gardent bien d'appliquer...
Commentaire n° 1 posté par Enzo le 08/11/2008 à 11h58
j'ai eu d'exellenst instituteurs, c'est vrai, mais j'aimerais retourner en enfance pour t'avoir comme "maitre d'école", dominique.
tes éléves ont vraiment de la veine, et je suis sure qu'ils te seront reconnaissants de ton humanisme une fois adultes!
Commentaire n° 2 posté par louise le 08/11/2008 à 11h59
Commentaire n° 3 posté par Océania le 08/11/2008 à 12h02
Enzo, l'adjectif qualificatif s'accorde en genre et en nombre. Il faut donc écrire "persécutions récurrentes". L'école laïque, malgré tous ses défauts et souvent sauvée de l'impasse par les maîtres eux-mêmes, apprend au moins à rédiger convenablement notre langue.

Louise, merci. Je reçois en effet d'assez nombreux témoignages de satisfaction, quelques années plus tard, avec ce commentaire récurrent : "Vous n'étiez pas un maître comme les autres".
Commentaire n° 4 posté par dominique boudou le 08/11/2008 à 14h27

L'école laïque nous offre le taux d'illettrés le plus élevé d'Europe occidental.
By the way, on dit "Ce n'est pas bon" et non "c'est pas bon"...

Commentaire n° 5 posté par Enzo le 08/11/2008 à 15h08
Il est vrai que vous n'avez jamais été un enseignant comme les autres. les années passent ( deja 13 ans depuis mon passage dans votre classe de CE1 ) et je pense régulièrement à vous. je sais que mon environnement personnel était favorable à l'amour des mots, mais vous avez joué un grand rôle dans la naissance de cette passion pour les livres et l'écriture. et je n'ai pas le souvenir d'avoir eu des remarques de votre part sur le fait que je sois dans mon "monde", "reveur" ou "deconnecté", comme je l'ai entendu pendant des années. pour tout cela, et bien d'autres raisons, je suis heureux de vous avoir eu comme enseignant.
Commentaire n° 6 posté par Pierre-Esteban le 09/11/2008 à 03h04
Voilà un commentaire qui me fait chaud au coeur,Pierre-Esteban. Il renforce encore ma volonté d'agir pour que la culture occupe une place majeure à l'école car elle seule donne du lien et du sens aux apprentissages. N'en déplaise à la plupart des inspecteurs, ces pisse vinaigre rongés de l'intérieur.
J'espère que ta vie va pour le mieux ainsi que tes projets. Si un jour tu publies un livre, ne manque pas de me le faire savoir.
Commentaire n° 7 posté par dominique boudou le 09/11/2008 à 09h49
Enfance et guerre

 

« Un drôle de dimanche »

 

         Dans ce recueil de récits des années noires, Maurice Dubost raconte, à travers les yeux d’un enfant, la vie quotidienne d’un village d’Ile-de-France pendant l’occupation allemande. Ces récits de la vie ordinaire piqués de nombreuses anecdotes drôles et plaisantes, parfois douloureuses, dépeignent avec justesse et authenticité un univers simple et somme toute heureux dans une période complexe et troublée.

 

      Un décalage émouvant entre ce que l’histoire retient et une réalité plus nuancée, qui permettra aux jeunes lecteurs de découvrir un mode de vie plus dépouillé et sain, aux antipodes de nos fonctionnements actuels, et qui ravivera les souvenirs des plus âgés.

 

      Vente en ligne : Editions Jets d’Encre

 

Commentaire n° 8 posté par maudub le 12/11/2008 à 13h38
c'est parce que tu n'es pas un maître comme les autres qu'il t'est possible de comprendre et laisser aller les enfants pas comme les autres ...
BRAVO !
Commentaire n° 9 posté par marie-claude leloire le 12/11/2008 à 17h36
Cette histoire de vache et de dictionnaire me fait penser à une autre. Dans "Les genêts sont en fleurs" (éd. Gaspard Nocturne) Idir Tas montre un enfant kabyle dans l'école de son village au moment où il découvre que les choses ne se nomment pas à l'école comme à la maison : "Il fut saisi d'angoisse. Une rage extraordinaire le souleva de sa chaise. Sans attendre l'autorisation du maître il cria : Ce n'est pas la vache, mais thafounast ! L'instituteur lui fit un signe : Rassieds-toi ! Sa voix résonnait avec l'éclat d'une hache.
Il retomba sur sa chaise, anéanti. Ses yeux se portèrent vers la pendule. L'aiguille marchait toujours mais il n'aurait su dire comment nommer cela. Il voulait que tout aille vite ; il courrait, il demanderait à sa mère pourquoi elle lui avait menti, pourquoi les mots étaient des chaises qui se renversaient à l'école, tandis qu'à la maison ils tenaient bien droit. Sa grand-mère ne se moquerait pas de lui ; elle savait, elle , pourquoi. Le soir il se précipita à sa rencontre alors qu'elle rentrait des champs. Il lui posa cette question qui lui brûlait les lèvres.
- Mon fils ! lui dit-elle, quand l'instituteur montre la vache sur le panneau, c'est bien chez nous thafounast.
La voix de sa grand-mère avait le timbre tranquille des autres jours. Les choses étaient à nouveau à leur place ; les chaises bien droites, les mots prêts à vous soutenir."
Commentaire n° 10 posté par kelcun le 18/11/2008 à 13h36

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Flux RSS des articles
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus