Dominique
Boudou
J'entends, un peu partout, des critiques s'élever à propos de la libération d'Ingrid Bétancourt, du genre : "Les
médias en font un spectacle, construisent une icône à usage du bon peuple." Ou, pire encore : "Regardez, elle n'a pas l'air aussi malade qu'on l'a dit ; tout ça c'est bidonnage et
compagnie..."
Je m'inscris avec vigueur en faux contre ces commentaires de quidams bien nourris et au chaud dans leurs tatanes. Que la libération d'Ingrid Bétancourt soit surmédiatisée est évident. Elle n'est
pas n'importe qui comme vous et moi. Issue de la haute bourgeoisie, femme politique de premier plan, toute la jet set s'est mobilisée pour la sauver. Le prochain numéro de Paris-Match, c'est à
parier, couvrira l'événement sur plusieurs pages dégoulinantes et se vendra comme pain béni. L'actuel président de la République multipliera encore et encore les déclarations à son avantage et
fera l'éloge du pourtant peu recommandable Alvaro Uribe. Oui, mille fois oui, tout cela est vrai !
Mais quand même ! Sans être dupe du grand cirque qui nous gouverne, va-t-on oublier au nom d'un ersatz idéologique mal digéré ce que représentent six ans et demi de détention au coeur d'une
jungle forcément hostile, parmi toutes sortes de cancrelats, les fers aux pieds et les bourreaux ordinaires à l'entour ??? Ne peut-on pas se réjouir, tout simplement, de ce qu'une mère rescapée
de l'enfer retrouve sa famille ? Pourquoi une émotion bien légitime serait-elle dérisoire, suspecte au point de soupçonner Ingrid Bétancourt elle-même ? Les remarques sur son état de santé, "elle
n'a pas l'air si malade...", me paraissent particulièrement abjectes. Moi, je ne suis pas un esprit fort, dopé par je ne sais quelle doxa pseudo révolutionnaire. Je vois une femme revenue à la
vie parmi les siens, je vois une femme prête à repartir au combat pour améliorer le sort de la Colombie corrompue jusqu'à l'os, je vois une femme forte et fragile, qui s'écroulera un temps quand
seront passées les obligations médiatiques qu'on a décidées pour elle. Je vois de l'humain et rien que de l'humain. Et même si mon émotion est un zest surdosée, je ne changerai pas une virgule de
ce texte. Et même si Ingrid Bétancourt veut voir le pape, qu'elle y aille, c'est son droit de croyante, et je ne la critiquerai pas. Messieurs les ratiocineurs de salon, allez dormir, et tâchez
de ne pas ronfler ! Je suis assez incommodé comme ça !
Quant à sa santé, bien sûr que six années dans la jungle chez ces salopards l'ont afaiblie, mais les médias nous la présentent (excuse-moi mais quand même) pétant presque le feu, plus bavarde et aisée à l'oral que moi, alors que six ans sans parler trop normalement ni avoir accès à la culture pardon mais ça rouille un peu la langue, et on nous parlait d'une hépatite qui la rendait subclaquante, elle en est peut-être atteinte mais sa tresse brille comme après des semaines de soins capillaires nutritifs.
Pardon mais si c'est une bonne nouvelle, qu'on ne nous prenne pas pour des canards sauvages et qu'on nous laisse choisir qui nous émeut et dans quelles réelles circonstances.
Quand à son aisance d'élocution je maintiens qu'elle m'étonne.
Personne, je crois, ne voit d'un mauvais oeil cette libération. J'en suis le premier, très heureux...
Que ce "drame, ce calvaire" soient un peu suspect n'a rien de déplacé. Ne nous a t-on pas appris, Debord en premier lieu, à nous méfier de la "société du spectacle". Nous en avons une représentation. Certes, Debord n'est pas là pour nous la désigner. N'avons-nous pas appris à regarder ? A quoi sert notre esprit critique si c'est pour sortir nos mouchoirs dès qu'une histoire à faire pleurer Margot dans les chaumières nous est offerte.
Je n'y peux rien, et je prends le risque du ridicule, je trouve cette "histoire" quelque peu... surjouée.
C'est tout.
Et si je me trompe, tant mieux.
Amitié,
Loïs
attendons la suite et espérons des jours meilleurs pour tous les otages du monde ... et plus de démocratie, d'humanité et de respect partout dans le monde ... la tâche est rude et incessante.
Vous n'y allez pas avec le dos du clavier et nous sommes bien d'accord que la liberté retrouvée ne peut soufrir aucun sarcasme. Mais voyez vous c'est le rôle que joue l'ex otage qui fait que je me retrouve au côtés des autres ratiocineurs, dans des pantoufles que je vous laisse "imaginer" à me demander pourquoi quand la douleur touche une famille de "sans papiers", de "sans revenus", de "sans toit" elle n'éveille pas cette union nationale qui va si bien par médias interposés à la libération de madame Bétancourt et qui permet au président de déclarer sans vergogne qu'à présent "les oprimés du monde entier savent que l'espoir est possible !". Devons nous nous battre entre nous sur le fait que les services de la propagande ont un calendrier à respecter et qu'il était justement l'heure de voir revenir madame Bétancourt ? Non, ne croyez vous pas ?
Notre vigilance est maladroite et peut-être vaine. nous disparaissons peu à peu sous le flot de l'évènement et ce monde meilleurs pour tous est désormais comme l'El Dorado, une légende que nous nous racontons par bribes. Ces bribes que nous réussissons encore à sauver du désastre. Je vous salue bien.
Bettancourt aurait été de droite, nulle doute que Sartrotsky n'aurait pas levé le petit doigt pour elle, qu'elle aurait été liquidée depuis longtemps par les FARC et que les médiats auraient regardé ailleurs.
Ceci dit, Uribe n'est pas mal. On lui pardonnerait presque d'être un vassal de Washington. En tout cas, si le mégalo de Caracas vient titiller Bogota, il trouvera du répondant...
je suis heureuse qu'on t'ait libérée, je me fous bien des récupérations faites par les uns et les autres ... je pense à tous ceux qui errent encore dans cette jungle sans fin ... à tous qui de par le monde cherche à améliorer leur quotidien, devant parfois fuir pour survivre ... si mal accueillis chez nous ... Quoi que tu fasses désormais, vis ta vie comme tu l'entends .
Son surnom donné par un colombien m'avati fait réfléchir.
La main droite de Bush.
Je ne ferai aucun commentaire. ma part latine a une farouche répulsion états-unienne, je serai on ne peut plus partiale. Bien que... j'ai une grand parenté qui colonise lentement le sol américain. Mélange attraction répulsion en fin de compte.
Bah Ingrid a commencé sa croisade anti-Uribe.