Mercredi 11 juin 2008

Imaginez une société où tout un chacun ferait rigoureusement le travail qui lui est demandé, ni plus ni moins, obéirait strictement aux règlements et aux lois, se conformerait très exactement à la morale de son temps. Cette société-là succomberait par étouffement car il lui manquerait une dimension essentielle, (ontologique), de l'humain : l'à peu près. J'ai souvent évoqué la nécessité des petits arrangements qui rendent la vie supportable, en soi et avec les autres, dans les rapports intimes comme dans les relations professionnelles. Ils sont la combinaison de nos incertitudes, de nos atermoiements, de nos bassesses comme de nos grandeurs et constituent cet à peu près qui nous protège de la dictature de la norme. Notre époque, très inquiète, où la notion même d'humain devient floue, multiplie tous azimuts les messages de cette norme que nous repoussons tout en la désirant. Elle est donc un objet de fantasme et nourrit en cela une vraie menace pour nos libertés. La dictature du corps sain, performant et rentable est une tyrannie à laquelle nous contribuons activement parce que l'à peu près est une valeur orientée à la baisse et que la norme est une illusion orientée à la hausse. Soyons normaux, impeccablement normaux, rapprochons-nous sans tergiverser des gens normaux avec une pensée normale, et rien de fâcheux ne nous arrivera. Au contraire, méfions-nous plus que jamais des fondrières de l'à peu près car le désordre, voire le cahos, nous guette. Un tel raisonnement, qui bannit la part obscure de l'être, conduit à la mort la plus effroyable : celle que l'on subit sans s'en apercevoir. Seul l'à peu près nous sauvera de la perte de soi. Terminons par un exemple personnel. Je préfère être à peu près content de mon existence plutôt que de baigner dans un bonheur extatique, tellement normal et positif, mais tellement léthal, surtout !

publié dans : Ici le monde
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Commentaires

excellente reflexion!
le lisse me fait peur.
Commentaire n° 1 posté par Louise le 11/06/2008 à 12h32
Ton article fait du bien à lire ! Quand des robots me demandent quelle qualité me caractérise, ou mes points forts et faibles (opq vomir), je réponds que je suis approximative :o)
(Comme il y a plus de trois syllabes dans le mot, il y a souvent un temps de flottement :o)
Péesse : tu ne peux vraiment rien faire pour  ce bleu dégueu et illisible ? C'est fatigant de surligner ton texte avec mon ratasse pour avoir un fond blanc...
Commentaire n° 2 posté par Loïs de Murphy le 11/06/2008 à 17h56
Je vais relooker le blog en juillet.
Commentaire n° 3 posté par Dominique Boudou le 11/06/2008 à 19h51
Petit bonjour en passant... Dominique, je te conseille d'écouter Mr Roux, la chanson intitulée "Un homme ordinaire"... Je te mets le lien, histoire de te faciliter la tâche :
http://fr.youtube.com/watch?v=K6sYYKwQg6w

Je t'embrasse
Commentaire n° 4 posté par Alix le 11/06/2008 à 21h18
chouette cette éloge de l'être humain qui balance entre le correct et le possible ...Savoir se respecter dans sa véritable essence tantôt forte, parfois faible pour naviguer en homme libre sur le chemin de la vie ... 
Commentaire n° 5 posté par Leloire Marie-Claude le 11/06/2008 à 23h25
Il n'y a rien à sauver. La conscience de soi n'est rien d'autre qu'un à peu près contentement de soi-même si proche de soi qu'elle prend un lexomil pour se consoler de n'être pas un autre ou de ne pas être ailleurs. Reverdy a pu écrire : "tout est perdu dans la réalité"
Commentaire n° 6 posté par Didier Periz le 12/06/2008 à 08h28
J'adhère, à peu près, à fond.
Commentaire n° 7 posté par martin le 12/06/2008 à 11h45
Personnellement je me suis toujours délecté de ce titre de Sempé (et du contenu de l'album mais le titre vaut le détour) en ces temps d'hyperproductivité et autre hyperperformance d'hyperprésidents ; ce titre donc "Vaguement compétitif". Magnifique, non ?
Commentaire n° 8 posté par alain laufenburger le 12/06/2008 à 15h23
Réflexion pholosophique, qui a le mérite d'être à peu près... compréhensible par le commun des mortels, ceux qui ne se prélassent pas dans la "hors classe", pensée qui ne manque pas ( là ce n'est pas de l'à peu près ) de saveur mais aussi de justesse." Laissez moi mon ordinaire, pour vivre à ma manière, même si je traîne derrière, ou décide de franchir vos barrières"...
Commentaire n° 9 posté par sido le 12/06/2008 à 19h30
être en suspens, accepter les manques, accueillir l'innatendu. La norme rassure mais pouquoi vouloir être assurée, rassurée?
Commentaire n° 10 posté par caro_carito le 13/06/2008 à 10h07
Le commentaire 7 aurait pu être à peu près le mien.
Commentaire n° 11 posté par Marc le 14/06/2008 à 08h59
...

je me plais dans l'à peu près de moi même
entrer dans le moule m'a toujours été douloureux
c'est ma liberté ce flou qui remplit les interstices
entre ce que je suis et ce que je parais

...
Commentaire n° 12 posté par sylvie le 14/06/2008 à 14h05

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