Nous sommes tous prisonniers de nos représentations sociales et culturelles. Nous ne savons pas nous déprendre de ce
que nous savons ou croyons savoir. Nous attribuons à nos expériences du réel une valeur jamais remise en cause dans la durée. L'actuelle pensée économique libérale illustre ce constat sous la
forme d'une irréductible dichotomie entre pouvoir et vouloir. Le MEDEF et les partis politiques de gouvernement s'abritent derrière le paravent de la réalité et clament à l'unisson : "ON NE PEUT
PAS FAIRE AUTREMENT." Augmenter les bas salaires, on ne peut pas. Taxer les stock-options, on ne peut pas. Les raisons invoquées, l'interdépendance des économies nationales et la compétitivité
par exemple, n'ont aucune espèce d'importance. Ce pouvoir, décliné négativement, engendre de fait une paralysie de l'agir qui conduit à de fortes régressions sociales. Ainsi, le chômage est
orienté à la baisse en Europe mais le nombre de travailleurs pauvres augmente en conséquence. Le balancier de l'Histoire est si puissant qu'on ne saurait l'inverser promptement. Le mal
s'aggravera. Dans une décennie, nous verrons, en France même, des enfants partir à l'usine avant que d'aller à l'école. C'est déjà le cas aux Etats-Unis, en Angleterre et au Portugal. Personne ne
s'en émeut car il est couramment admis par l'opinion qu'on ne peut pas faire autrement.
De l'autre côté de la barrière, si j'ose dire, les salariés et les syndicats revendiquent le principe du vouloir au prétexte qu'ils ont consenti des sacrifices d'adaptation à la globalisation,
(gel des salaires, flexibilité...). " Nous voulons plus de pouvoir d'achat, demandent-ils, un meilleur accès aux soins et une école performante pour nos enfants." Ce vouloir, qui est une
projection de l'avenir, qui incarne le mouvement naturel de la vie, est inaudible pour les hérauts de la vulgate libérale car il échappe à toute doxa même si nos commentateurs médiatiques
prétendent le contraire. En effet, il y a longtemps que les mantras trotskystes n'intéressent plus guère et Olivier Besancenot lui-même semble s'en détourner. C'est parce que les travailleurs,
pas si utopistes qu'on voudrait nous le faire avaler, se sont dépouillés des oripeaux marxisants qu'ils peuvent ouvrir tous les champs du possible à un vouloir universel. Il ne s'agit plus de
broder autour d'une doctrine d'où qu'elle vienne. Il faut, et c'est urgent, affirmer le primat du vouloir sur le pouvoir, au service de l'humanité et de la planète. Non pas contre les uns ou
contre les autres mais avec les uns et avec les autres. Et cela dans tous les domaines qui façonnent notre existence. Depuis quelques années, des milliardaires américains, peu suspects de
gauchisme moisi, se rendent à cette évidence. Certains accepteraient même de payer plus d'impôts. C'est dire si la menace est sérieuse.