Samedi 10 mai 2008

René Fontroubade a été mon maître d'école à Ambérac en Charente de 1961 à 1966. Je ne vais pas me livrer à une énième pagnolade empesée d'idéalisation nostalgique. Dans une classe unique du CP au Certificat d'études, les apprentissages étaient forcément conduits à la hussarde au tableau noir. Le maître-chef d'orchestre jouait une partition sur trois notes : Lire-Ecrire-Compter. Le rythme était parfois difficile à suivre. N'empêche ! Des générations de fils de paysans ont pu quitter l'école avec un niveau honorable en orthographe et en rédaction. Sans opposer Tradition et Modernité, je ne suis pas certain que les mêmes enfants réussiraient aujourd'hui aussi bien. Cela dit, René Fontroubade était plus qu'un instituteur ordinaire. Il avait une véritable curiosité intellectuelle, une vraie passion pour le Verbe et, quand il évoquait Victor Hugo ou l'entomologiste Jean Henri Fabre, je me sentais pénétré par le mystère de la connaissance. Du fait que je ne comprenais pas tout dans l'immédiat ce qu'il racontait, j'éprouvais le désir de défricher plus loin ce nouveau monde qui m'était offert. Plus tard, alors que j'étais collégien, René Fontroubade m'a parlé de son admiration pour Jean Rostand et j'ai deviné, peut-être, que la philosophie n'est pas l'ennemie de la science. Si j'ajoute que notre maître nous servait lui-même des platées de nouilles ou de purée à la cantine et qu'il se mêlait avec jubilation à nos fièvres de billes sous le préau, ce trop bref portrait complète la dimension d'un homme qui savait partager l'univers de l'enfance. Aujourd'hui, à quatre-vingts ans passés, René Fontroubade écrit dans la revue Histoires du pays d'Aigre des chroniques d'histoire locale très rigoureuses, nourries à la source même des archives municipales et rédigées avec élégance. Sachant qu'il me lira, je lui dis simplement merci. Il fait partie des rares personnes qui ont contribué à ma formation d'homme de lettres. Il a été le premier artisan de ma liberté.

La revue Histoires du pays d'Aigre est publiée par les éditions du Lérot sises à Tusson, (16 140).

publié dans : Ici le monde
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Commentaires

Un bel hommage que celui-ci ! Il est important de raconter et de dire à quoi on a été nourri, à qui on doit la part magique qui nous a aussi construit, de qui on est advenu.

Commentaire n° 1 posté par brigitte giraud le 10/05/2008 à 18h54
On peut être né aux confins du pays de "Jacquou le Croquant".
Avoir élagué des tartines, grosses comme le poing, pour ensuite les tremper dans le bouillon de crème de la vie.
Encore...Aujourd'hui sentir la main tendue de l'instituteur comme si on était devant un bol fumant...
Commentaire n° 2 posté par laurent le 10/05/2008 à 22h19
il existe encore aujourd'hui des gens comme ton prof d'antan, je te classerais bien parmi ceux-là qui ont choisi de transmettre un savoir, tout du moins de faire grandir dans "le savoir" ceux qui ont la chance de les croiser en chemin !
Commentaire n° 3 posté par Leloire Marie-Claude le 10/05/2008 à 23h16
... je t'imagine comme cet instituteurs si précieux aux enfants ...
Commentaire n° 4 posté par sylvie le 11/05/2008 à 10h49
une genération nous separe, dominique, mais j'ai eu aussi ce type d'instituteur, en classe unique, avec les nouilles à la cantine. Et je sais qu'il a lui aussi contribué grandement à la création de ma conscience.
Commentaire n° 5 posté par louise le 11/05/2008 à 13h17
Je débarque par erreur sur votre blog, et l'erreur fait bien les choses. Il est bien, votre blog, il ne ressemble à rien. C'est pour moi le plus beau des compliments, et j'espère que vous le prendrez comme tel.
Commentaire n° 6 posté par Georges F. le 12/05/2008 à 22h30
et si je vous narrais...
Une voisine, enseignante, qui n'était pas entendu chez elle, venait faire causette...et de me prêter des superbes livres : du haut de mes 10 ans, je parcourais Freud et tous les livres auxquels elle trouvait un plaisir à me les faire découvrir, étant entendu que dans ma maison, aucune lecture ne se faisait... ces échanges durèrent des années. Elle ne savait pas qu'elle m'ouvrait une porte, celle du savoir et mon imagination vagabondait...voilà
comment mon enfance s'écoulait à manger en cachette cette nouriture littéraire. Des dizaines d'années plus tard, je lui ai téléphoné pour lui dire merci et elle me découvrait pour la première fois...
En moi, elle ne voyait pas l'enfant mais quelqu'un à qui elle voulait faire partager ses lectures.
Cette génération vivait dans l'authenticité et grâce à elle, j'ai découvert les vraies valeurs. Jackie
Commentaire n° 7 posté par jau_jacqueline le 13/05/2008 à 10h51
C'était une autre époque, hélas, celle d'hommes et de femmes investis totalement dans l'amour du savoir à transmettre, convaincus d'avoir un rôle privilégié à jouer dans la formation intellectuelle, humaine, des enfants confiés, mais pouvant exercer leur métier dans le respect, dans une certaine liberté, chose devenue presque révolue de nos jours. On ne peut nier qu'il en existe encore de ces maitres là, mais que de freins, que de difficultés ont-ils pour "tenir"...
C'est un bel hommage rendu là.
Commentaire n° 8 posté par Sido le 13/05/2008 à 18h42
La soif d'apprendre de connaître, c'est une quête si importante pour devenir un homme. Tant de personnes m'on transmis le témoin, à l'école ou ailleurs...
Commentaire n° 9 posté par caro_carito le 17/05/2008 à 17h48

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