Samedi 3 mai 2008

Dans sa dernière chronique du Nouvel Observateur, Delfeil de Ton annonce qu'un plasticien allemand envisage d'exposer un mourant dans un musée. Cette information, même si le mourant est consentant, pose bien des questions. Jusqu'où peut aller l'art, ce duel que l'homme lui livre en sachant qu'il a perdu d'avance selon Baudelaire ? Quelle morale d'aujourd'hui marquerait la ligne à ne pas dépasser ? Le regard du spectateur serait-il, dans ce cas précis, constitutif de l'oeuvre elle-même ? En supposant que cet artiste allemand réalise son projet, quelle sera la prochaine audace dans la monstration ? Une exécution publique en Iran par exemple, donc montrée au plus grand nombre, accéderait-elle au statut d'oeuvre d'art si elle se déroulait dans un musée ? Où commence et où s'arrête un état de représentation ? Les télévisions du monde filment chaque jour la mort en direct, s'attardent volontiers sur les détails sans que personne ne s'en offusque. Pourquoi le serait-on davantage dans un musée ? Sans doute faut-il y voir un trouble de l'habitude. Nous n'interprétons plus depuis longtemps le robinet à images du petit écran, nous ne faisons plus le lien avec ce qu'elles portent pourtant de réalité. Alors, peut-être, l'espace singulier du musée serait une façon de ressusciter le réel. En l'occurence, le réel de la mort cachée, dans une époque qui fabrique, dit-on, des centenaires à la pelle. Hum ! Me voilà bien perplexe. Et vous ?

publié dans : Basculements
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