Dans Le Dieu du carnage, Yasmina Reza est au théâtre ce que Gavalda est au roman : une bonne
cuisinière dont la tambouille est comestible partout, ni trop salée ni trop sucrée, à point pour les lardons et les vieilles croûtes.
Sur fond de mur craquelé, cette comédie parfois un peu cynique met en scène deux couples qui ont à régler un différend. Le fils de l'un a sévèrement battu le fils de l'autre, des dents en moins,
séjour à l'hosto. La confrontation démarre aimablement mais le téléphone portable du père de l'agresseur sonne et sonne encore. La conversation sur les enfants est caviardée par des
considérations avocassières sur les intérêts financiers d'un laboratoire pharmaceutique sans vergogne. De pilule amère en pilule amère les deux couples finissent par s'entre-déchirer fort
méchamment, avec intervention répétée d'une bassine en plastique et d'un séchoir à cheveux...
Soyons honnêtes. La pièce de Yasmina Reza, mise en scène par elle-même au magnifique théâtre Antoine, permet de passer un bon moment. On comprend tout tout de suite et on rigole
bien. Mais heureusement qu'il y a la présence d'Isabelle Huppert. La justesse et la simplicité de son jeu, la singularité de sa voix. Les trois autres comédiens sont excellents
mais le public se déplace pour la tête d'affiche. Laquelle dit, humblement : " Un rôle, c'est comme une trace finalement ; c'est pas vraiment la personne mais c'est la trace de la personne".
La pièce est jouée aussi en mai. Allez-y en famille et visitez par la même occasion le théâtre Antoine qui date de 1887. Vous y croiserez les fantômes de Pierre Brasseur, de Louis Jouvet, de
Jean-Paul Sartre et de tant d'autres, dans un décor Art nouveau.