En 2007, l'Escale du livre à Bordeaux a reçu trente-cinq mille visiteurs. Quinze ans auparavant, le Salon du livre en réunissait régulièrement
cent mille et l'entrée était payante.
Pourquoi une telle désaffection du public ? Est-ce une histoire de lieu ? Le Salon ouvrait sur l'anse de la Garonne là où l'Escale se blottit entre les vieilles pierres du quartier Saint-Michel.
Elle n'en est pas moins accessible par le tout nouveau tramway de la ville et le décor est agréable aussi. Serait-ce alors une question de vedettes ? Patrick Modiano est venu au Salon. Le grand
écrivain albanais Ismaïl Kadaré en fut également. L'Escale, c'est vrai, n'attire plus guère les "pointures" majeures de la littérature hexagonale. La direction a opéré un recentrage sur les
valeurs locales mais ce sont toujours les mêmes plumes qu'on y rencontre, l'inoxydable Michel Suffran, le prétentieux prétentiard Jacques Abeille et j'en passe. Heureusement qu'il y aura
l'humanité simple de Claude Bourgeyx pour nous détendre d'un sourire !
A la vérité, je crois que l'Escale du livre ne fait pas recette à cause d'une histoire d'âme. Le Salon, c'était à l'origine une association de gens qui aimaient la littérature. Je pense à Patrick
Rödel, à Jean-Marie Planes notamment. Alors que l'Escale, c'est un pool de gestionnaires et d'administrateurs. Ces gens-là aiment les livres comme moi l'escalope de veau. L'âme n'y est pas et
c'est la cale sèche. Comme à l'ARPEL depuis qu'Eric des Garets n'y est plus. Des gestionnaires je vous dis. Des Antoine Pinay qu'on va se coltiner pendant vingt ans. La littérature n'a qu'à
mettre à la voile ailleurs, loin des faiseurs de mauvaise cuisine.
L'Escale du livre a lieu du 4 au 6 avril. Venez-y quand même, il y aura à boire.