Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /2008 16:06

Valérie Cruzin, institutrice à Pauillac, est morte victime d'une conjuration de l'absurde. Un conflit entre adultes dans son école, un conflit comme il y en a tant car la communauté éducative n'est ni pire ni meilleure que les autres, mais la dégradation des relations humaines fut à ce point exacerbée que le poison se répandit hors les murs. Des parents, qui ne s'étaient jamais plaint pourtant, trempèrent leur plume dans le vitriol. Des édiles, jusque là respectueux de la maîtresse, joignirent leur voix à celle des loups. Et l'inspecteur, inquiet à l'idée que cette histoire pourrait faire des vagues, comme on dit, convoqua en catastrophe son enseignante...
Alors, bien sûr, l'Education nationale n'est pas le technocentre de Renault où les cadres succombent à l'enfer de la rentabilité. N'empêche ! L'école, qui n'est pas à part du reste de la société, subit de plus en plus les pressions de la violence du calme. Pas de cadences infernales mais des exigences de plus en plus absconses auxquelles il s'agit de se conformer sans exprimer la moindre contestation. Il n'en faut pas plus, parfois, pour qu'un climat scolaire se détériore durablement. Et, s'il ne se trouve pas dans l'établissement une possibilité de réguler les tensions internes, le découragement, la dépréciation de soi peuvent guetter les professeurs les moins aguerris. Fort heureusement, le plus souvent, une main aidante, ne serait-ce qu'une seule, se porte au secours du maître en détresse. Valérie Cruzin n'a pas eu cette chance. Aucune voix ne s'est levée pour mettre fin au dépeçage. C'est même exactement le contraire qui s'est produit. Un groupe humain dans son entier, cellule cancéreuse à prolifération anarchique, s'est transformé en bourreau.
Aujourd'hui, les rangs de vigne du Médoc ont le goût du sang. Il pourrait bien couler, encore...

Publié dans : Basculements
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