On connaît la chanson. Jane Birkin l'a chantée. Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve. On connaît la citation. Cioran l'a écrite. La peur de la réussite explique bien des échecs. Je lie bonheur et réussite. On réussit et donc on est heureux. Et comme on est heureux on réussit encore davantage. Cette simplicité fonctionne pour beaucoup de gens mais pas pour tout le monde. Une personne chère à mon coeur entrevoit à moyen terme des perspectives de réussite. Non pas une réussite à casser la baraque mais, tout de même, une possibilité de changer d'avenir. Au moins partiellement. Et bien c'est la peur qui l'emporte. Il est à cela des raisons obscures, enfouies dans la tourbe de la mémoire. Qui empêchent de devenir, non pas quelqu'un d'autre, mais un soi plus à l'aise avec le soi, dans l'apaisement. Cette personne chère à mon coeur n'est pas un cas isolé. Ce qui hante est plus fort que la jouissance de la réussite transformée en bonheur. Et, une fois encore, je ne saurais mettre en avant des explications vraiment convaincantes. De quelque côté que se penche ma pensée, anthropologie, psychanalyse, philosophie, je suis le hoquet d'une carpe en cale sèche.