Jean-Pierre Darroussin, acteur merveilleux dans Dialogue avec mon jardinier, est aussi un réalisateur de premier plan. Le Pressentiment,
d'après le roman d'Emmanuel Bove, (auteur célèbre dans les années 20-30 et ressuscité naguère par les éditions du Castor
Astral), est un film sans une image ni un mot de trop, où transparaît l'amour de l'humain même dans ses bassesses.
Charles Benesteau, 47 ans et avocat, quitte son milieu grand bourgeois pour s'installer dans un quartier populaire. Il se promène à vélo, lit des romans, écrit son journal. Un voisin vient lui
demander un conseil juridique et c'est le début d'une histoire d'amitié avec une adolescente délaissée. Les locataires de l'immeuble, hélas, se mettent à imaginer des choses sales alors que tout
est beauté et tendresse dans ce lien...
Le détachement de Charles Benesteau, joué par Jean-Pierre Darroussin lui-même, est superbement montré. L'avocat poète survole le monde comme un
contemplatif, sans jamais brusquer ni les gestes ni les mots, et son action en faveur de la jeune Sabrina s'en trouve renforcée. Comme si un pressentiment, de plus en plus tenace, commençait à
rôder...
Dans les carnets de l'avocat, cette phrase, évidente : " Rien n'est plus trompeur que la bonne intention car elle peut donner l'impression d'être le bien lui-même".
Par extension de sens, nous pouvons ainsi comparer le "bon droit" et le "droit", les "bonnes raisons" et la "raison".
Toute une réflexion philosophique à conduire grâce à ce premier film qui a obtenu le prix Louis-Delluc en 2006.
Ce film me semble basé sur "Autrui" : Darroussin y explore l'incompréhension mécontente de ses riches proches, remplis de certitudes et de mépris, et celle, surprise et malsaine, de ses pauvres voisins, bourrés en qu'en-dira-t-on de concierges et en suppositions oiseuses...
Hégélien en ce sens-là, et presque nabokovien, avec le personnage nymphique de Sabrina...