Mercredi 31 mai 2006

Entre dos aguas

y las neblinas estampadas

sus ojos de carbon

miràndome miràndome

El silencio estalla en mis entranas

la lengua mia cayendo en la sangre derramada

Ni una palabra ni una sonrisa

Silencio de los ataudes

de las golondrinas perdidas

de la piedra echada y ya vuelta

Un caballo de viento en mi camino

un caballo y nada màs

siempre callado

Par Dominique Boudou
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Mercredi 31 mai 2006

Il se passe quelque chose sur le nouveau C'était demain. Créé le 6 mai, il oscillait entre 25 et 40 visiteurs par jour. Or, le 28 mai, 53 visiteurs et 199 pages vues, le 29 mai, 107 visiteurs et 206 pages vues. Hier, le score est monté à 154 visiteurs et 365 pages ont été vues.

Certes, j'ai mis le paquet sur le référencement du blog dans les moteurs de recherche et les annuaires généralistes et spécialisés. Certes, quelques fidèles me lisent plusieurs fois par jour.

Ce blog, c'est manifeste, plaît de plus en plus. L'alternance de textes littéraires comme Le livre de Charles ou Quand ta mère te tue avec des billets d'humeur sur Clearstream ou Guy Drut est appréciée. Ou alors c'est l'aspect chantier qui séduit. Loin de la parole savante, avec des tâtonnements, des approximations, des oublis, des erreurs. Hier, par exemple, dans mon article sur l'argent et la perception, j'aurais dû mentionner que A et B avaient le même niveau d'études et de culture et votaient pour des candidats de centre droit ou centre gauche comme l'honnête François Bayrou.

Qu'importe ! Je suis ravi et tâcherai d'améliorer la présentation du blog. Je prépare des images et ne désespère pas de parvenir à y mettre du son tant j'aimerais, notamment, vous faire écouter la merveilleuse violoncelliste Anne Gastinel dans ses interprétations uniques de Brahms et Schubert.

C'est que, voyez-vous, je ne suis pas le roi de l'informatique. Les procédures sont parfois simples mais le jargon des blogueurs est difficile. Une vraie forêt pleine de lianes. J'y parviendrai car je suis obstiné. L'obstination et le travail sont la clé de tout.

Merci à vous, lectrices et lecteurs, continuez à m'aider en ajoutant vos commentaires et en recommandant le blog à vos amis. Comme je traverse actuellement une période plutôt délicate à vivre, votre présence m'est d'un précieux secours.

Par Dominique Boudou
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Mardi 30 mai 2006

Ma grand-mère, (1903-1993), servante à Paris dans les années trente mais détentrice du prestigieux certificat d'études recopiait sur un cahier les poésies qu'elle aimait, souvenirs d'école ou vers glanés dans des revues populaires ou non, chez les patrons qui l'employaient. La Fontaine, Albert Samain, Lamartine et Hugo se mêlaient à quelques sentences destinées à la bonne éducation des jeunes femmes. Un cahier touchant de naïveté, hélas perdu, mais qui contenait un trésor. Un poème inédit de Robert Desnos !

                        IL ETAIT UN ARBRE AVEC SES OMBRES

Il était un arbre avec ses ombres / Ombre de la vie et du coeur / Une branche au bout de l'arbre que nul jamais ne connut / Un coeur caché là mais sans flèche / Une promesse de racines / pour la vie et le coeur / Et au bout la terre seule / Si ronde sous le ciel / Si ronde et seule / Avec les ombres parmi les arbres.

Ce poème est en effet inédit dans les oeuvres complètes de l'auteur. Mais ma grand-mère, de son écriture appliquée, avait rajouté ceci : "Cette récitation m'a été donnée par Monsieur Desnos rue Saint-Merri le 7 avril 1937."

Le hasard d'une rencontre, entre une servante et un poète, dans le Paris populaire d'avant la guerre, même brève, et les ombres de l'arbre Desnos poussent dans ma tête tout un roman.

Par Dominique Boudou
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Mardi 30 mai 2006

Fort heureusement en effet, tous les individus qui gagnent beaucoup d'argent ne sont pas malhonnêtes. Certains grands patrons ont une réputation de probité. Je pense notamment à Francis Mer dont j'entends parler de temps à autre par une amie qui le connaît bien. De même, les Michelin, pingres parmi les pingres avec leurs salariés, n'ont pas pour autant franchi la ligne rouge de la magouille financière.

Cela dit, il me semble plus intéressant d'aborder la question de la perception liée à la richesse, en considérant l'argent comme un inducteur de réalités possibles ou impossibles, hors de tout marqueur idéologique et culturel, (en supposant que ce soit possible). Prenons l'exemple de deux personnes, A et B, qui se promènent  ensemble dans une rue commerçante. A gagne 10 000 € par mois, B en gagne 1500. A la fin de la promenade, interrogeons A et B sur ce qu'elles ont vu, entendu et senti du paysage.

A : J'ai vu une nouvelle boutique de Sonia Teckel et un mascaron très original sur une façade en rénovation. Devant nous, il y avait un homme qui téléphonait, l'air très affairé.

B : Ah ! Une boutique Sonia Teckel ! Je l'ai aperçue aussi ! Moi, j'ai vu que la friperie a fermé et c'est dommage. A la place, il y aura une banque. Le mascaron, tu dis ? Oui, il n'est pas mal, je le reconnais. Quant à l'homme au téléphone, alors là, mystère !

A : Il était juste devant nous. Il parlait assez fort.

B : Je te crois. Moi, j'ai vu un mec complètement déjanté qui marchait pieds nus et une vieille assise sur le trottoir.

A : Oui, le barje, je l'ai vu aussi, je crois, pauvre garçon. Mais la vieille assise, je ne m'en souviens pas du tout.

B : Ah ! Tu m'étonnes. Elle était juste devant la boutique Sonia Teckel...

Cette conversation, mille fois entendue, est éloquente. A a vu le magasin de luxe. B l'a seulement aperçu. A n'a pas vu la friperie close ni la vieille dame assise alors qu'elle s'inscrivait dans le paysage de la vitrine de Sonia Teckel. A a remarqué l'icône de l'homme au téléphone cependant que le mec déjanté s'est inscrit dans une vision infra-ordinaire. Le mascaron, en revanche, a été observé par A et B avec une égale intensité. Mais les deux personnes le restituent de façon très différente. A le situe dans l'agencement de la façade en rénovation alors que B l'isole comme simple élément décoratif. A pourrait acheter l'appartement orné dudit mascaron là où B le regarde sans projeter l'image d'une hypothétique possession...

P.S. : Il faudrait des pages et des pages pour approfondir ce champ mais ceci n'est qu'un blog. Mon essai "Les vaches ne sont pas des chaises", en cours d'écriture, interrogera ce lien de la perception médiée par l'argent. En attendant, j'attends vos commentaires. Merci.

Par Dominique Boudou - Publié dans : La vie de Klamm
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Lundi 29 mai 2006

Tu te poses sur la chaise longue du jardin. Tu enveloppes tes jambes dans une couverture écossaise que tu trouves laide mais à laquelle tu tiens. Tu reprends ton livre triste. L'histoire d'une fille abandonnée, encore, par une mère qui ne l'a pas voulue, et tu insistes pour me lire quelques pages qui te feront pleurer. Je n'ai pas envie d'entendre les malheurs de cette fille, je hais la méchanceté des mères. Je te le dis. La méchanceté des mères m'est insupportable. Mais j'approche de ta chaise le vieux pouf que nous avons ramené des îles. Je regarde les frémissements de tes lèvres avant la lecture. Il y a en toi, l'espace d'une seconde, une tension si forte que ton être pourrait disparaître. Une feuille se détache d'un arbre. Tu attends qu'elle soit tombée. Tu étires ton cou pour que les mots passent. Je ferme les yeux. La fille, qui a quinze ans, se confie à son petit ami. Elle veut partir en Russie, retrouver son père. Elle montre les quelques billets qu'elle a volés dans les économies de sa mère. Elle dit qu'elle descendra du train à Moscou et qu'elle se renseignera. Mais elle ne sait pas si son père habite Moscou. Elle n'est pas sûre non plus de son nom. Le petit ami reste tête baissée, tripote un brin d'herbe. Il demande s'il y a de la neige à Moscou au mois d'août. Il a entendu dire que oui, même au mois d'août il y en a, mais il voudrait savoir. Il conseille à la fille de s'habiller chaudement, de faire attention aux voleurs dans le métro. Il dit qu'elle est courageuse. Et tu pleures. Je te serre dans mes bras pour la première fois de la journée. Mon corps se remplit de toi mais ce n'est pas du chagrin. Je te dis que je t'aime et que la torpeur nous aura pas. La torpeur, répètes-tu, la torpeur, dis-le, voir ! Tu raffoles de ces mots qui nous surprennent et que nous essayons sur notre langue. Tu te lèves et ils te grandissent soudain. Des oiseaux passent parmi les nuages. Un chien lance un aboiement clair dans le lointain. Tu l'écoutes. Tu y trouves tout à coup la plénitude qui te manque. Tu rêves aussi d'un voyage que nous ferions. Tu lèves les yeux au ciel qu'un avion traverse. Nous tenons le bonheur dans nos mains...

Par Dominique Boudou
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Dimanche 28 mai 2006

GUY DRUT gagne une médaille d'or aux jeux de Montréal en 1976. Il court vite. C'est très bien. Jeune retraité, il intègre les instances dirigeantes de l'olympisme et se lance dans la politique. C'est très bien.

En 2005, il est condamné pour tripatouillage financier dans les marchés publics d'Ile de France. La monnaie aussi court vite. Pas de quoi fouetter un chat. Le président de la République, qui est son ami, l'amnistie. Pas de quoi fouetter un chat non plus.

Je suis en revanche sidéré par l'attitude de l'ex athlète après son blanchiment présidentiel. "J'en avais marre de cette histoire, je vais pouvoir reprendre mes activités au CIO et poursuivre ma carrière politique."

L'arrogance du ton, Guy Drut se posant en victime ! Alors qu'il aurait dû adopter le profil bas et se taire !

Ce comportement, pourtant banal, me pose question sur moi-même. J'imagine que je mets un pied dans les allées du pouvoir. Je gagne dix mille euros mensuels pour commencer. J'ai une superbe voiture de fonction et un chauffeur. Je tutoie un secrétaire d'Etat et quelques députés. Puis je monte en grade. Je tape sur l'épaule du Premier ministre et je dîne régulièrement chez Monsieur Lagardère où je rencontre d'autres messieurs tout aussi influents. Quelques-uns m'offrent des actions et me conseillent pour des placements financiers. C'est que, désormais, je gagne 50000 euros par mois et ce n'est pas fini. Je veux aller le plus haut possible. Je ferai tout ce que je peux pour y arriver. Enfreindre aussi la loi ? Ah ! Non ! Pas question ! Le Garde des sceaux m'a chuchoté des tuyaux imparables pour la contourner. Je ne suis pas un bandit. Je travaille au service de mes concitoyens...

Ma conclusion, un peu abrupte : Le pouvoir fait tourner la tête, devient une drogue dure comme l'héroïne et l'argent facile fait perdre tout contact avec la réalité ordinaire des hommes. N'importe qui peut y succomber. Moi le premier. Je ne suis pas meilleur que les autres. Les hommes qui veulent sauver leur âme devraient refuser d'exercer toute espèce de pouvoir. Le pouvoir, c'est la mort.

Par Dominique Boudou
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Samedi 27 mai 2006

Je garde d'un voyage à Venise un carnet relié plein cuir où je note depuis dix ans des phrases butinées au hasard de mes aventures littéraires. Je les relis régulièrement, je retrouve grâce à elles des livres oubliés dont j'ouvre à nouveau les pages.

Ce carnet, où se côtoient toutes espèces de mauvais sujets, est une conversation. Ainsi, Cioran parle à Théodore Monod, qui parle à Soulages.

Cioran : Pour un écrivain, bavarder avec une concierge est bien plus profitable que s'entretenir avec un savant dans une langue étrangère.

Monod : Quelques mots d'un bédouin m'ont toujours plus appris que ceux d'un professeur.

Soulages : En observant les gestes du forgeron ou ceux du menuisier, j'ai appris plus qu'aux Beaux-Arts.

Ah ! Mes maîtres qui m'aidez à tenir debout dans ce monde vulgaire, je ne me permettrais pas de joindre ma voix malhabile à votre dialogue mais je vous aime, pour le chemin que vous avez pris, pour tous les chemins vierges que vous montrez à tous ceux que l'argent n'intéresse pas.

Par Dominique Boudou
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Samedi 27 mai 2006

Une de mes fidèles lectrices me raconte une scène de racisme dans une cité HLM à Périgueux. Sur le même palier, des familles françaises dites "de souche" et une famille malgache. Cette dernière reçoit régulièrement des mots anonymes dont on imagine l'abjecte teneur. Les pneus des vélos des enfants sont crevés tous les quatre matins. Une guerrilla ordinaire, à Périgueux comme partout, organisée par des bons pères de famille qui ne votent pas forcément Le Pen, des ouvriers, des employés, pas obligatoirement alcooliques et violents. Des gens ordinaires comme vous et moi, sauf qu'ils n'aiment pas les Arabes, les Noirs. Déculpabilisés par les discours ambigus de certains hommes politiques, ils n'hésitent plus à le dire.

Un jour, la tension monte d'un cran. La famille malgache accueille chez elle un parent qui n'a pas de papiers. Un clandestin. Un voisin appelle la police qui débarque dans la cité, arrête l'individu. Une tranche de vie banale, au nom du droit. Le délateur est un monstre qui n'a pas conscience de l'être. Après son coup de téléphone à la police, il a continué à parler avec sa femme et ses enfants comme si de rien n'était. Il s'est calé sur son canapé et a regardé la télévision. Il a bien dormi la nuit et a croisé la tête haute ses voisins malgaches dans l'ascenseur. 

Ma lectrice, émue, évoque l'occupation pendant la guerre, l'esprit vichyssois. Elle imagine une main vengeresse à la rescousse des opprimés. Je comprends et partage ce sentiment de révolte contre les cruautés humaines. Cette indignation est nécessaire. Mais au-delà, que pouvons-nous faire ? Quels risques sommes-nous capables de prendre ? Quelqu'un ira-t-il sonner à la porte du dénonciateur pour lui dire ses quatre vérités ? "Monsieur, vous êtes un salaud et vous mériteriez qu'on vous casse la gueule." C'est tentant. Je le reconnais. Mais une telle démarche aboutirait à un résultat inverse de celui qui est recherché. Le salopard offensé se drapperait dans la dignité de la loi et crierait à la stigmatisation.

Et cependant il faut faire quelque chose. Il existe des associations de lutte contre le racisme mais leur action est limitée par l'étendue même du fléau. Je crois, en revanche, que les citoyens, dans leur travail, à petits pas persévérants, peuvent endiguer le mal. Une assistance sociale, un éducateur, une maîtresse d'école, un animateur de foyer socio-culturel, par le soutien qu'ils apportent au jour le jour aux réprouvés mettent un peu de baume sur les injustices. Ce n'est pas suffisant, loin de là ! Il faudrait recruter au-delà de ces professions intermédiaires. Tous les flics ne sont pas des ordures, tous les chefs d'entreprise ne sont pas des sans-coeur qui ne pensent qu'au profit. Certains élus de base, certains avocats, clairement identifiés pour leur combat en faveur des sans papiers, pourraient intervenir efficacement. Loin de tout battage médiatique. Des familles menacées d'expulsion à Bordeaux ont été sauvées par cette solidarité ordinaire d'instituteurs, d'éducateurs, de parents d'élèves, de voisins, de militants associatifs.

Sachant qu'en 2007 nous risquons fort d'avoir Sarkozy à la tête de l'Etat, pire que Le Pen car meilleur stratège et très bien accepté par la communauté internationale, il faut agir maintenant. Personnellement, je ne suis guère courageux, la violence de la rue me tétanise mais offrir une planque à un clandestin n'est pas une action héroïque. Je peux le faire. Nous pouvons le faire. Il y a urgence. La honte ordinaire doit cesser.

Par Dominique Boudou
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Vendredi 26 mai 2006

Je me réveille avec une envie de chocolat mais je mange une Granny Smith devant l'évier de la cuisine. J'ai à portée de main le torchon pour m'essuyer. Un reflet blafard sur le chrome du robinet distrait la détresse qui me gagnerait. Je regarde aussi le torchon qui est sale. Dans la chambre où tu t'es recouchée, j'entends encore ta toux. Tu me dis souvent que nous en mourrons de cette toux. Tu parles d'empoisonnement. Tu te souviens des salles de brouillard où tu allais soigner ton asthme quand tu avais dix ans. Et ce souvenir me rend insupportable le trognon de la pomme sur le bord de l'évier. Mes dents y ont gravé des marques longues qui deviennent jaunes puis marron. L'image d'un ragondin traverse la cuisine. Nous en avons vu un près d'un étang, et il remuait la vase du fond avec sa queue. Tu t'es serrée contre moi et tout ton corps tremblait. Tu m'as demandé comment les ragondins font l'amour et j'ai haussé les épaules. Je jette le trognon de pomme à la poubelle. J'oublie les marques de mes dents qui vont accélérer la décomposition du fruit. Je m'étonne de trouver en moi ce ressort-là, qui me permet d'ouvrir la porte du jardin, de humer l'air après la pluie. Le lierre a poussé sur le muret. Des oiseaux passent en nuées, comme s'ils avaient soudain la prescience d'une catastrophe, alors que tout est immobile. Je prends peur. Je cherche sur la terre des signes annonciateurs. Une brindille luit faiblement sous un arbuste. Mais d'où capte-t-elle sa lumière ? Tu pourrais me dire, toi qui es comme les oiseaux. Tu sais démasquer les vrais signes tapis sous les faux signes. Le monde, pour le lire, il faut le retourner comme une chaussette. Mais tu es dans la chambre où tu as dressé des remparts avec les oreillers. Un livre triste est posé à côté de toi comme un papillon renversé. Tes yeux balaient la blancheur du plafond, descendent en crabe le long de l'arête de l'armoire, se ferment. Tes paupières frémissent. Tes doigts se crispent sur l'ourlet de la couverture. Le cauchemar s'empare de toi et je ne peux rien faire. Mes pas sont scellés à la terre du jardin par le remuement sombre des courtilières. La catastrophe est imminente. Je suis foudroyé jusqu'à midi.

Par Dominique Boudou
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Vendredi 26 mai 2006

Depuis des années, je rêve d'une bibliothèque réduite à cent livres. Parce que ces messieurs s'entassent partout, fricotent avec des tas de revues poussiéreuses et qu'ils n'en valent pas forcément la peine. Combien de romans oubliés, même bons, quinze jours après lecture ! Mais voilà ! Nous continuons à acheter des livres car nous découvrons tous les jours de nouveaux trésors.

Alors, la bibliothèque idéale est une douce utopie. Qui sauverais-je des flammes de l'enfer ? Quels titres ? Parmi les auteurs chéris, ne prendre qu'un volume ? Bien malin qui saurait trier dans Dostoïevski, Kafka ! Jeter Madame Bovary pour ne garder que l'Education sentimentale et c'est la crise de nerfs assurée.

Et puis, il y a les chefs d'oeuvre que je n'ai pas lus : Belle du seigneur, L'homme sans qualité... Il faudra bien que je m'y mette avant de mourir.

Et puis il y a les livres mineurs auxquels on tient, pour une petite musique, un angle de vue particulier, quelques pages amoureusement annotées.

Et puis il y a la poésie, les polars, la science-fiction, le théâtre, quelques essais en histoire, les livres d'art si lourds, les plaquettes si légères mais si nombreuses, les in quarto, les in octavo.

Et puis il y a les livres que les amis ou les simples connaissances écrivent, en plus des nôtres. On ne va quand même pas jeter ça ! Ce serait trahison.

Alors il faut se résigner. Au bout de vingt, la tour de papier jaunit, au bout de trente, des champignons attaquent les pages et une odeur de moisi commence à ramper dans la maison. Et après on ne sent plus rien. Les champignons sont gourmands. Et la peau humaine est si tendre !

Par Dominique Boudou
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