Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 15:02

Elisabeth Schwarzkopf me fait pleurer. Marguerite Duras me fait pleurer. Tu me fais pleurer. Nous sommes là encore, ensemble, sur les murs de cette exposition d'Isabelle Kraiser et Marc Pichelin. "D'habitude". Trente ans que nous sommes là. Je n'ai jamais su te dire "je t'aime". Je n'ai jamais pu. Et si ce n'était pas vrai ? Et si je mentais ? Comment vivre avec cette faute ? Et puis, sait-on jamais que l'on aime ? L'amour 100 3831comme l'art, duel perdu. Mais nous sommes là, encore. Dans ce qui nous terrasse comme dans ce qui nous élève, debout contre l'absurde, debout contre les bassesses, debout pour aller encore sur notre chemin, et encore, et encore.100_1811.jpg Ton souffle de vie tremblant porte mon souffle de vie tremblant. Je ne veux pas de la mort lente qui a pris déjà tes muscles et tes os. Je veux tes mots fiévreux, tes couleurs jetées comme un ressac sur la toile, tes bois polis par le vol de l'oiseau rouge, et ce rire qui nous prend parfois au creux même de la fatigue.

Lectrices et lecteurs de Bordeaux, allez voir et écouter l'exposition d'Isabelle Kraiser et Marc Pichelin à la bibliothèque des Aubiers, à la bibliothèque de Bacalan, au restaurant Le Kebab, au restaurant Le Blanqui. En mai, l'expo sera invitée par le salon d'architecture Agora. J'en reparlerai.




















Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 14:15

J'écoute La messe en si de Bach avec Elisabeth Schwarzkopf et je pense à Marguerite Duras. Les petits chevaux de Tarquinia. Ce huis clos en plein air saturé de chaleur et d'épuisement, de bitter campari... Et je me dis cela : Bach et Duras c'est pareil. A trois siècles de distance c'est pareil. L'impossible est partout. " Aucun amour au monde ne peut tenir lieu de l'amour", écrit Marguerite. "Aucun Dieu au monde ne peut tenir lieu de Dieu", pourrait murmurer Jean-Sébastien. L'impossible donc. L'impuissance. Cette impuissance dont toute forme de résistance se nourrit. Et c'est comme ça qu'elle devient tragique. Qu'elle déborde musique et roman. La résistance de ce couple vieux qui veille les restes du fils déchiqueté par une mine de la dernière guerre, et qui refuse de signer le permis d'inhumer... Alors que le feu gronde dans la montagne, resserrant encore le huis clos...
Mon Dieu, mon Dieu, toi chimère, comment saurais-je résister à toute cette beauté qui m'est donnée, là, en plein coeur ?100_3838.jpg








Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /2010 19:47

Le site en construction de mon école exigeant un bac plus quinze en informatique pour configurer quoi que ce soit, je ne peux résister à publier ici la poésie de Chloé, après celle d'Eva. Guidée par René Char, Henri Michaux et le trop méconnu Jean Follain, elle a écrit ceci dans une inconsciente acuité, la plume conduisant ses mots comme l'a dit Gombrowicz...

Les tambours que la pluie tapèrent
Lamentation de la guerre
Muraille de langueur
Annonciatrice de malheur
Ne sont plus que vestiges
Qui souhaitent se réveiller
                  *
Inconsciemment
Les hommes font et font encore
Sans se rendre compte que
Déjà le feu des coqs a brouillé
Le feuillage de leur mémoire
A brûlé par la folie opaque et humaine
                   *
Ce grand silence liquide
Qui plane sur la mer
Et les matelots polonais
Mais sur le mât fleurit le bonheur














Par Dominique Boudou - Publié dans : Ici le monde - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /2010 21:57

Je relis Marguerite Duras. Je retrouve la même fascination depuis trente ans et je ne sais pas de quoi elle est faite dans son écriture. On a beaucoup parlé de ténuité à son propos mais je crois que le vide est rempli par l'espace poétique, son espace poétique construit sur ses souvenirs, ses obsessions. D'Indochine notamment. J'ai relu Emily L. qui m'a fait penser à Lol V. Stein. Et j'y ai noté ce passage, à propos de poésie, duras 1228884186justement :
" Elle croyait que lorsque des poèmes étaient écrits dans un pays donné, très vite ils se répandaient ailleurs, propulsés par leur seule évidence, leur seule existence, au-delà des distances, des ciels, des mers, des continents, des régimes politiques, des interdits. Elle était quelqu'un qui avait tendance à croire que partout on écrivait le même poème sous des formes très différentes. Qu'il n'y avait qu'un seul poème à atteindre à travers toutes les langues, toutes les civilisations."

Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /2010 12:37

Siu Lan Ko est une artiste chinoise à qui l'Ecole des Beaux-Arts de Paris a passé commande d'une installation. En toute connaissance de cause, l'école procède à l'accrochage dans la rue. Mais le potentat de l'Elysée fronce les sourcils, aussitôt imité par ses sbires. Imaginons le coup de téléphone passé depuis les égouts du palais :
- Monsieur le directeur ? (voix ferme)
- Oui, c'est moi ! (voix tremblante, sueur urticante)
- Le Président est embarrassé... Vous comprenez, n'est-ce pas, à un mois des élections...
- Vous pensez que ? Vous croyez que ?
- Il ne s'agit pas de penser. Ni de croire. Faites pour le mieux. Nous comptons sur vous.
301-1265980415-censurer---465fx349fLa voix ferme coupe. La voix tremblante expire. Le directeur de l'Ecole des Beaux-Arts convoque ses services techniques. Il n'y a pas une minute à perdre. Vite. Déblayez-moi tout ça...
Siu Lan Ko connaît la censure en Chine, cette araignée dont la toile est d'airain. Elle ne comprend pas. Ce serait pareil ici. Dans le pays de la libre expression ? Elle ne comprend pas. Elle ne peut pas comprendre. Elle pleure. Comme elle a si souvent pleuré...










Par Dominique Boudou - Publié dans : Ici le monde
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 09:45
Ne meurs pas ! Je te le dis. Ne meurs pas. Une image me vient. La voix de Marguerite Duras parlant à Jean-Luc Godard. Tu t'en rappelles ? Oui, je sais que ton souvenir de 100_2474.jpgcette voix murmure encore dans ta mémoire.
-Ne baîlle pas, Jean-Luc.
Timbre calme. Sourire plissé. Une tendresse tout en pudeur avec son repos dans les silences.100 1162
Alors, loin de tous les requiems, en chuchotant, je te le redis :
- Ne meurs pas !












Par Dominique Boudou - Publié dans : Basculements - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 12:34

Thibaut Marsan au piano, Patrice Feugas à la basse, Benoit Saulière à la batterie, Olivier Pichon aux guitares et Fabien Lastère au saxophone ténor nous livrent dans leur disque Entre Terre et Ciel un jazz qui prend racine dans les nuages et fleurit ici bas en bouquets à cueillir avec gourmandise. Plus suave que rugueuse, on peut penser à certaines compositions de Jan Garbarek et de Keith Jarrett, la ligne mélodique du groupe est une route sinueuse qui sait emprunter des chemins de traverse. Le son se fait alors plus rauque et va trouver des points de rupture qui nous rappellent que la musique aime à se prolonger dans le silence. Parfois, au détour d'une note au parapet du vide, des signatures d'oiseaux ou le souffle venteux du large conduisent L'être intérieur à ouvrir en grand ses fenêtres sur l'infinie palette du monde. Et c'est ainsi que cette musique me plaît, sans réserve aucune.
Compositions originales de Thibaut Marsan à l'exception d'Est-Ouest qui est d'Olivier Pichon.
Je mets en lien le site du groupe et vous encourage vivement à le visiter.

http://www.myspace.com/moviejazzproject












Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 08:22

Encore Mishima et sa confession d'un masque. Le narrateur ne parvient pas à éclaircir le lien trouble qu'il entretient avec Sonoko...
" Mais une fois de plus, le "temps" était intervenu, poussant dru comme de la mauvaise herbe entre Kusano, Sonoko et moi ; désormais, une franche expression de nos sentiments, qui ne fût colorée ni par l'orgueil, ni par la vanité ou la prudence, était devenue impossible entre nous. "
Double malentendu de la confusion des sentiments et du temps inventé pour ne pas être dans la volonté de dissoudre le flou. Les émotions, qui ne se superposent que rarement aux sentiments, ont alors toute latitude pour vagabonder des vrais désirs aux faux désirs, dans un mélange d'inconscience et d'acuité douloureuse...
" Les émotions n'ont aucun goût pour l'ordre établi. Au contraire, telles de minuscules particules dans l'éther, elles voltigent librement, flottant à l'aventure et préférant demeurer à jamais vacillantes..."













Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 12:37

Dans son très beau récit Confession d'un masque, Yukio Mishima fait dire ceci à son narrateur : " J'éprouvais néanmoins un bonheur suprême à marcher appuyé sur son bras. Peut-être à cause de ma constitution fragile, pour moi la prémonition d'un malheur se mêlait en général à toute joie..."
J'ai souvent entendu des propos semblables. Ils sont troublants. Nous n'aurions pas, à la naissance, les mêmes dispositions, les mêmes aptitudes à être heureux. La joie, cette ouverture au bonheur possible, aurait besoin d'une solide ossature, d'un chambranle à toute épreuve...

Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 18:19

Mes plus jeunes collègues, enfin surtout une, me tournent le dos parce que je pourfends la maladie de l'évaluation qui vire au scientisme à la mode au mépris de l'humain. Je suis le fou, l'indien, le pesteux, l'anarchiste, l'asocial. C'est tout juste si on ne susurre pas que je pue des pieds. Alors ce colloque sur l'évaluation m'enchante. Je n'irai pas mais je m'en procurerai les meilleures pages. Vive cette affiche dont il affiche-meeting-evaluer-tuefaudrait inonder les Inspections Académiques. Vive la résistance à l'oppression du monde de l'enfance transformée en variable d'ajustement économique. Vive la poésie qui échappe à l'encodage de la mort. Vive la vie redevenue libre quand les crevures des pourcentages auront été balayées par l'irrépressible souffle de l'espoir dont on sait avec Verlaine qu'il luit comme un brin de paille.







Par Dominique Boudou - Publié dans : Roquettes
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