Pour terminer le vain débat autour de mes deux articles précédents, je donne la parole à Nietzsche, dans Par-delà le bien et le mal.
" Pourquoi le monde qui nous concerne ne serait-il pas fictif ? et si l'on objecte alors que toute fiction doit avoir un auteur, ne pourrait-on pas répondre
en toute franchise ! pourquoi ? Ces mots, "doit avoir" ne font-ils pas partie eux aussi de la fiction ? Nous défendra-t-on, en fin de compte, d'user d'un peu
d'ironie, tant à l'endroit du sujet qu'à celui du verbe et celui du complément ? Le philosophe n'est-il pas fondé à dépasser la confiance crédule que l'on témoigne à la grammaire. Je respecte
fort les gouvernantes, mais ne serait-il point temps que la philosophie renonçât à une foi de gouvernante ?"
Traduction : La doxa néolibérale transcourants qui nous étouffe aujourd'hui est un métalangage de grammairien fort bien dominé par Alain Minc aussi bien que
par Guy Sorman ou le décliniste Nicolas Baverez. Le "doit avoir" aliène l'horizon de la pensée conceptuelle. Il faudrait en finir avec la dichotomie de la
réalité et de la fiction. Dès lors que nos
gouvernants disent que l'économie et le social
doivent être ceci ou cela, ils font de la réalité une fiction à l'usage des masses pour mieux les dominer. Aujourd'hui, si j'ai bien compris, on appelle ça le "storytelling"... Et Madame Ségolène s'y entend aussi bien que Monsieur Sarkozy ! Ceci n'est qu'un article de blog écrit au débotté, il faudrait approfondir, agencer,
établir des passerelles ou des "ponts mobiles "comme l'écrit Gilles Deleuze, mais je suis désolé, Je renouvelle mon invitation aux politicards qui nous
managent plus qu'ils nous gouvernent : RETOURNEZ AUX FONDAMENTAUX DE LA PHILOSOPHIE. Nietzsche, il y a plus d'un siècle, a théorisé le simulacre cher à Philip K. Dick. Ce n'est pas rien et je
crois que l'on peut lire les deux dans un même souffle d'effroi.
En repartant, j'ai repéré l'étal minuscule d'une cahute où un type
lisait sans se soucier du chaland, à la lumière d'une lampe à huile dont le parfum avait alerté mon museau. Sur sa petite planche de grosses mygales recroquevillées. Il s'agissait en fait de
roses me renseigna le moine capucin après avoir posé son bouquin dont la couverture illustrée de signes cabalistiques rougeoyait comme le saint sacrement. Rose de Jéricho. Rose du désert qui
attend, réduite à la silice de ses membranes, la douceur de l'eau tiède pour déployer ses verts les plus tropicaux.