La consommation dépend de la croissance économique et du développement qu'elle génère. La croissance est la mesure verticale de la production et de sa plus value. Le développement (social, humain, "durable") est la mesure horizontale de la répartition des biens matériels (voitures, ordinateurs...) et immatériels (savoirs, formations...) acquis.
Nous assistons aujourd'hui à une fracture de plus en plus large entre croissance et développement. L'actuel exemple de la Bolivie est éloquent. 0,6% des ménages sont connectés au réseau national du gaz naturel alors que les compagnies Exxon, Repsol, Total... augmentent leurs profits. Le développement se déplace pour l'essentiel vers les pays occidentaux. Les hydrocarbures boliviens alimentent en effet notre croissance. Cependant, l'exigence de la rentabilité de l'actionnariat individuel ou collectif, (le fameux Return On Equity anglo-saxon), confisque une part importante du développement possible par une financiarisation qui dichotomise les notions de produit et de valeur.
Il en résulte une consommation massive d'ersatz en tous genres et souvent inutiles qui dévalorise l'image de l'Etre. "Nous achetons de la merde, nous sommes de la merde, nous pensons comme des merdes". Cette lucidité représente une mort lente pour le Sujet qui prend conscience aussi de la donner, dans les ateliers de Chine et d'ailleurs, où l'on travaille souvent 7 jours sur 7 pour dix euros mensuels... Le plaisir immédiat de posséder une bricole à deux sous, répété à l'infini du fait de cette immédiateté, s'accompagne du sentiment obscur d'être un déchet...
Des bibliothèques entières ont été écrites sur la sociologie et la psychanalyse de la consommation. L'ouvrage de JEAN PEYRELEVADE, "Le capitalisme total" aux éditions du Seuil, est d'autant plus édifiant que cet intellectuel n'est pas un gauchiste ni un poète farfelu :
"Le consommateur se préoccupe fort peu du lieu de production des biens qu'il achète et, où qu'il se trouve, privilégie les fournisseurs aux prix les plus bas... L'individualisme, fondement de l'économie libérale, triomphe dans la sphère des échanges et fait reculer partout le sentiment de solidarité collective... Tout pouvoir, en ce qu'il incarne la contrainte que la société fait peser sur les individus, en ce qu'il est symbole de domination par autrui, excite par son existence même la tentation anarchiste de sa destruction... L'objectif n'est pas de supprimer le marché mais de le réinclure dans le champ du politique, de l'intégrer dans un espace de citoyenneté..."