"L'universel, c'est le local moins les murs", écrivait Miguel Torga. Le quartier de Bacalan dans la ville de Bordeaux illustre bien cette pensée. D'abord, cette terre de confins au nord de la grande cité d'Aquitaine a conservé une identité propre. Elle est une géographie marquée par la traversée d'une écluse et constitue un passage inscrit dans les pas de l'homme. On entre à Bacalan. On sort de Bacalan. Le paysage change. On voit des bateaux, des friches, on surprend des martinets signant le ciel de leur improbable signature. Ce passage, ce paysage ont une durée qui n'est pas la même dans les autres quartiers de la ville. Les habitants le sentent, le disent, l'écrivent. Etre ou ne pas être de Bacalan, non pas comme "un imbécile heureux qui est né quelque part" mais comme une conscience de la mémoire attachée aux lieux. Ici, l'histoire embrasse intimement la géographie. Les anciens se souviennent des blessures des guerres, des luttes ouvrières, de la conquête du pain ordinaire. Ils font un journal. Ils tournent un court métrage "L'omelette aux cerises" qui rassemble des centaines de spectateurs dans un grand cinéma du centre-ville et les jeunes aussi sont présents. Timides. Respectueux. Je ne dresserai pas cependant un tableau naïf de Bacalan. Il y a comme partout des cohabitations parfois difficiles mais elles sont atténuées par un vrai maillage d'écoute et de solidarité. Naturellement, Bacalan n'est pas un quartier unique en France. Mais il constitue un exemple à suivre pour un développement humain plus harmonieux. Dans le respect de la diversité pour que les hommes vivent.
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