Samedi 3 juin 2006

"L'universel, c'est le local moins les murs", écrivait Miguel Torga. Le quartier de Bacalan dans la ville de Bordeaux illustre bien cette pensée. D'abord, cette terre de confins au nord de la grande cité d'Aquitaine a conservé une identité propre. Elle est une géographie marquée par la traversée d'une écluse et constitue un passage inscrit dans les pas de l'homme. On entre à Bacalan. On sort de Bacalan. Le paysage change. On voit des bateaux, des friches, on surprend des martinets signant le ciel de leur improbable signature. Ce passage, ce paysage ont une durée qui n'est pas la même dans les autres quartiers de la ville. Les habitants le sentent, le disent, l'écrivent. Etre ou ne pas être de Bacalan, non pas comme "un imbécile heureux qui est né quelque part" mais comme une conscience de la mémoire attachée aux lieux. Ici, l'histoire embrasse intimement la géographie. Les anciens se souviennent des blessures des guerres, des luttes ouvrières, de la conquête du pain ordinaire. Ils font un journal. Ils tournent un court métrage "L'omelette aux cerises" qui rassemble des centaines de spectateurs dans un grand cinéma du centre-ville et les jeunes aussi sont présents. Timides. Respectueux. Je ne dresserai pas cependant un tableau naïf de Bacalan. Il y a comme partout des cohabitations parfois difficiles mais elles sont atténuées par un vrai maillage d'écoute et de solidarité. Naturellement, Bacalan n'est pas un quartier unique en France. Mais il constitue un exemple à suivre pour un développement humain plus harmonieux. Dans le respect de la diversité pour que les hommes vivent.

par Dominique Boudou publié dans : La vie de Klamm
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Vendredi 2 juin 2006

Vous avez envie d'être heureux ? Un livre de mille pages ne vous fait pas peur ? OK ! Suivez-moi !

Prenez une île de quelques hectares au large de la Caroline du Sud. Mettez-y une maison. Dans la maison, la famille Wingo vous attend. Le père, rescapé de la deuxième guerre mondiale, rêve de faire fortune en pilotant son bateau. La mère, Lila, très belle, rêve d'intégrer la bonne société de la ville, juste en face. Luke, l'aîné des enfants, fort comme un Turc, aime son île, la pêche à la crevette, son pays. Tom, moins costaud, adore le foot et connaîtra un jour de gloire. Puis il y a Savannah, belle comme sa mère, sensible à l'extrême. Elle deviendra une poétesse admirée y compris à New York. Une famille ordinaire, pourrait-on croire ! Même si le grand-père Amos qui parle avec Jésus tous les jours est un rien excentrique. Même si un marsouin et un tigre, très important le tigre, et des tonnes d'autres animaux sont des personnages qui comptent.

Evidemment, la famille Wingo n'a rien d'ordinaire tout en l'étant. Pour en savoir plus, vous prendrez rendez-vous avec la belle Susan Lowenstein. Elle sait des choses qui se sont passées il y a longtemps, elle étudie à la loupe les vers de Savannah, elle rencontre Tom à New York. Longuement. Très longuement. La vérité s'esquisse lentement. Très lentement. Vous aurez le temps de rire et de pleurer avant de la découvrir tout à fait. Mais découvre-t-on jamais tout à fait la vérité ?

Bon ! J'ai réussi à vous accrocher ? Oui ? Bien ! Filez à toute vitesse chez votre libraire et achetez en Pocket, Le Prince des marées de Pat Conroy. Dans le lignage de Faulkner, vous ne serez pas déçu. Comme dit la quatrième de couverture : "Le Prince des marées est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le coeur, un de ceux que l'on n'oublie jamais".

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Vendredi 2 juin 2006

Quelques brèves pour changer, morceaux épars lus et vus.

Ségolène Royal souhaite confier les délinquants récalcitrants à l'armée. Va-t-elle ressusciter les Enfants de troupe et les maisons de correction ? Elle veut aussi rééduquer les familles des sauvageons.

Le big boss de Vinci, pas le peintre, l'entreprise, vient d'être remercié par son conseil d'aministration au prétexte qu'il gagnait trop d'argent. Ce monsieur, riche déjà de plusieurs centaines de millions d'euros, souhaitait percevoir une "commission" de 8 millions supplémentaires pour la vente des Autoroutes du Sud de la France. En ces temps difficiles, un petit matelas de plus au cas où...

Un nouveau commerce en Inde, celui des cheveux. Les adorateurs de Vishnu offrent leurs cheveux à leur idole et un petit malin les vend à des boutiques de luxe en Europe. Fallait y penser, non ?

Un an après le non au referendum sur l'Europe, on glose encore sur ce refus. France frileuse, refus de la Modernité et j'en passe. Ben voyons ! Je l'ai lu, moi, le texte du traité constitutionnel, j'ai souligné des passages, comparé les parties I et II. Sur l'école, la santé, la culture, le code du travail, les retraites c'était le minimum garanti pour tous et le maximum pour ceux qui auraient eu les moyens. Alors c'est toujours niet et niet et niet ! Feu à volonté sur Bolkestein et ses comparses !

Voilà chers lectrices et lectures ! Bientôt une nouvelle catégorie sur C'était demain qui illustrera le mot de Miguel Torga : "L'universel, c'est le local moins les murs."

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 1 juin 2006

Je viens de lire un dossier sur Le Pen et un sondage qui montre qu'il gagne du terrain y compris chez les cadres soit-disant plus cultivés que les couches populaires.

J'ai une soeur en Provence. Elle est gentille. Son mari est gentil. Ils ne feraient pas de mal à une mouche. Ils votent Le Pen.

J'ai 3 collègues sur mon lieu de travail. Ils votent Le Pen. L'un d'eux est très gentil. Il adore Brassens et Coluche. L'autre a un doctorat en droit. Elle vote Le Pen quand même.

Alors j'en ai plein le cul. De Gaulle disait que les Français sont des veaux. Il avait raison. Mon ami Jacques Boiffard, un suicidé de la société, disait que les peuples n'ont que ce qu'ils méritent. Je n'étais pas d'accord avec lui, je ne le suis toujours pas. Mais aujourd'hui, je suis en colère.

Le Pen est raciste, révisionniste, négationniste, antisémite, magouilleur financier et ultra-libéral. Sa fille est pareille que lui. Les Français le savent depuis 20 ans. Mais ils sont quand même prêts à voter pour lui. Les voix du Front plus celles de Sarko et Villiers totaliseront 50% des suffrages.

Eh bien ! Je m'en fiche. La gauche Fabius-Strauss-Kahn-Hollande-Royal c'est de la merde. Arlette c'est de la merde. Que voulez-vous qu'on fasse avec ces larves ? Même Cohn-Bendit ne dit rien, ne fait rien.

Alors tant pis pour les Français. Ils supporteront Le Pen ou Sarko comme ils ont toujours tout supporté pourvu qu'on leur enlève pas TF1, le foot, le vélo et le ricard du samedi. Quant aux cadres supérieurs abonnés à la sous-littérature de France-Loisirs et qui s'extasient devant la nostalgie amélipoulinesque en croyant être au-dessus des autres au prétexte qu'ils lisent 4 livres de merde dans l'année, qu'ils aillent se faire foutre.

Le 10 mai 2007, que ce soit Sarko ou Le Pen qui passe la rampe je boirai deux bouteilles de vin au lieu d'une en 2002.

Je me réfugierai dans ma bibliothèque avec mes livres et je dirai merde au monde entier. Les Français sont des veaux. Ils pleureront comme des veaux. Voilà, c'est dit et je n'y reviens pas.

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback recommander
Jeudi 1 juin 2006

Je dois, chère Olga, dissiper un malentendu. Je n'ai rien contre la Belgique et ses habitants qui sont comme partout, des gens ordinaires avec leurs qualités et leurs défauts. Votre feu roi Albert Ier combattit en héros les Allemands pendant la première guerre mondiale. Un pays qui a engendré Simenon, Magritte, Delvaux, Brel et les frères Dardenne mérite le respect.

Cela dit, lors d'un séjour à Bruges en novembre 2005, j'ai ressenti de telles pesanteurs que ma faible cage thoracique n'a pas tenu le coup. Et il est vrai que, m'arrêtant à Gand pour contempler l'Agneau mystique, je me suis profondément ennuyé devant cette oeuvre qui ne me parle pas. Allez ! Je peux bien vous le dire. La vérité, c'est que j'étais alors un amoureux transi. Seul cet état déliquescent explique mes traits maladroits contre les Belges. Excusez-moi. Je vous joins une photo de Bruges.

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Jeudi 1 juin 2006

Après la nuit d'émeutes à Montfermeil, la batelière du marais poitevin, qui rame pour gouverner l'an prochain le navire France, a déclaré que la politique de Monsieur Sarkozy devait être plus ferme mais plus juste et mieux ciblée. Fichtre ! Ségolène Royal se prendrait-elle pour Margaret Thatcher après avoir lorgné du côté de Tony Blair ? C'est quoi, une politique plus ferme dans le 93 ?

Je n'ai jamais donné dans l'angélisme bêlant d'une certaine partie de la gauche. La vie dans les"quartiers", comme on dit à la télé, n'est pas toujours facile. J'y ai vécu et travaillé. Un délinquant notoire, récidiviste qui plus est, doit être puni, voire condamné à une peine d'emprisonnement si on ne parvient pas à trouver une alternative. Les dealers et les proxos qui roulent en BMW, les islamistes intégristes qui prêchent la violence doivent être poursuivis.

Mais les autres ? Quelle fermeté supplémentaire pourrait-on leur appliquer ? Ségolène veut-elle encabaner tous les jeunes qui brûlent des voitures et cassent des vitrines ? Combien de prisons nouvelles faudra-t-il construire ? Les camions de CRS vont-ils pousser comme des petits pains à chaque carrefour des cités sensibles ?

Madame Royal, vous allez dans le mur avec vos surenchères sécuritaires. N'oubliez pas que depuis 2002 la droite a coupé les crédits à des centaines d'associations qui intervenaient en milieu urbain. Beaucoup ont fermé leurs portes ou réduit leurs moyens d'action. Ces associations n'accomplissaient pas des miracles mais, tout au moins, par les liens tissés au fil des ans, elles parvenaient à endiguer le désespoir qui mène à la violence. Un adolescent qui incendie une voiture s'incendie lui-même car sa conscience d'être est altérée et qu'il s'agit là d'une souffrance extrême.

Il est donc urgent, Madame la batelière, d'expliciter vos propos. Soit c'est une manoeuvre malhabile pour capter quelques voix sur votre droite, soit vous désirez vraiment tailler dans le vif de la misère, et là, c'est clair, je ne voterai jamais pour vous. Déjà que votre programme ne m'emballe guère...

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 31 mai 2006

Entre dos aguas

y las neblinas estampadas

sus ojos de carbon

miràndome miràndome

El silencio estalla en mis entranas

la lengua mia cayendo en la sangre derramada

Ni una palabra ni una sonrisa

Silencio de los ataudes

de las golondrinas perdidas

de la piedra echada y ya vuelta

Un caballo de viento en mi camino

un caballo y nada màs

siempre callado

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (7)    créer un trackback recommander
Mercredi 31 mai 2006

Il se passe quelque chose sur le nouveau C'était demain. Créé le 6 mai, il oscillait entre 25 et 40 visiteurs par jour. Or, le 28 mai, 53 visiteurs et 199 pages vues, le 29 mai, 107 visiteurs et 206 pages vues. Hier, le score est monté à 154 visiteurs et 365 pages ont été vues.

Certes, j'ai mis le paquet sur le référencement du blog dans les moteurs de recherche et les annuaires généralistes et spécialisés. Certes, quelques fidèles me lisent plusieurs fois par jour.

Ce blog, c'est manifeste, plaît de plus en plus. L'alternance de textes littéraires comme Le livre de Charles ou Quand ta mère te tue avec des billets d'humeur sur Clearstream ou Guy Drut est appréciée. Ou alors c'est l'aspect chantier qui séduit. Loin de la parole savante, avec des tâtonnements, des approximations, des oublis, des erreurs. Hier, par exemple, dans mon article sur l'argent et la perception, j'aurais dû mentionner que A et B avaient le même niveau d'études et de culture et votaient pour des candidats de centre droit ou centre gauche comme l'honnête François Bayrou.

Qu'importe ! Je suis ravi et tâcherai d'améliorer la présentation du blog. Je prépare des images et ne désespère pas de parvenir à y mettre du son tant j'aimerais, notamment, vous faire écouter la merveilleuse violoncelliste Anne Gastinel dans ses interprétations uniques de Brahms et Schubert.

C'est que, voyez-vous, je ne suis pas le roi de l'informatique. Les procédures sont parfois simples mais le jargon des blogueurs est difficile. Une vraie forêt pleine de lianes. J'y parviendrai car je suis obstiné. L'obstination et le travail sont la clé de tout.

Merci à vous, lectrices et lecteurs, continuez à m'aider en ajoutant vos commentaires et en recommandant le blog à vos amis. Comme je traverse actuellement une période plutôt délicate à vivre, votre présence m'est d'un précieux secours.

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 30 mai 2006

Ma grand-mère, (1903-1993), servante à Paris dans les années trente mais détentrice du prestigieux certificat d'études recopiait sur un cahier les poésies qu'elle aimait, souvenirs d'école ou vers glanés dans des revues populaires ou non, chez les patrons qui l'employaient. La Fontaine, Albert Samain, Lamartine et Hugo se mêlaient à quelques sentences destinées à la bonne éducation des jeunes femmes. Un cahier touchant de naïveté, hélas perdu, mais qui contenait un trésor. Un poème inédit de Robert Desnos !

                        IL ETAIT UN ARBRE AVEC SES OMBRES

Il était un arbre avec ses ombres / Ombre de la vie et du coeur / Une branche au bout de l'arbre que nul jamais ne connut / Un coeur caché là mais sans flèche / Une promesse de racines / pour la vie et le coeur / Et au bout la terre seule / Si ronde sous le ciel / Si ronde et seule / Avec les ombres parmi les arbres.

Ce poème est en effet inédit dans les oeuvres complètes de l'auteur. Mais ma grand-mère, de son écriture appliquée, avait rajouté ceci : "Cette récitation m'a été donnée par Monsieur Desnos rue Saint-Merri le 7 avril 1937."

Le hasard d'une rencontre, entre une servante et un poète, dans le Paris populaire d'avant la guerre, même brève, et les ombres de l'arbre Desnos poussent dans ma tête tout un roman.

par Dominique Boudou
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Mardi 30 mai 2006

Fort heureusement en effet, tous les individus qui gagnent beaucoup d'argent ne sont pas malhonnêtes. Certains grands patrons ont une réputation de probité. Je pense notamment à Francis Mer dont j'entends parler de temps à autre par une amie qui le connaît bien. De même, les Michelin, pingres parmi les pingres avec leurs salariés, n'ont pas pour autant franchi la ligne rouge de la magouille financière.

Cela dit, il me semble plus intéressant d'aborder la question de la perception liée à la richesse, en considérant l'argent comme un inducteur de réalités possibles ou impossibles, hors de tout marqueur idéologique et culturel, (en supposant que ce soit possible). Prenons l'exemple de deux personnes, A et B, qui se promènent  ensemble dans une rue commerçante. A gagne 10 000 € par mois, B en gagne 1500. A la fin de la promenade, interrogeons A et B sur ce qu'elles ont vu, entendu et senti du paysage.

A : J'ai vu une nouvelle boutique de Sonia Teckel et un mascaron très original sur une façade en rénovation. Devant nous, il y avait un homme qui téléphonait, l'air très affairé.

B : Ah ! Une boutique Sonia Teckel ! Je l'ai aperçue aussi ! Moi, j'ai vu que la friperie a fermé et c'est dommage. A la place, il y aura une banque. Le mascaron, tu dis ? Oui, il n'est pas mal, je le reconnais. Quant à l'homme au téléphone, alors là, mystère !

A : Il était juste devant nous. Il parlait assez fort.

B : Je te crois. Moi, j'ai vu un mec complètement déjanté qui marchait pieds nus et une vieille assise sur le trottoir.

A : Oui, le barje, je l'ai vu aussi, je crois, pauvre garçon. Mais la vieille assise, je ne m'en souviens pas du tout.

B : Ah ! Tu m'étonnes. Elle était juste devant la boutique Sonia Teckel...

Cette conversation, mille fois entendue, est éloquente. A a vu le magasin de luxe. B l'a seulement aperçu. A n'a pas vu la friperie close ni la vieille dame assise alors qu'elle s'inscrivait dans le paysage de la vitrine de Sonia Teckel. A a remarqué l'icône de l'homme au téléphone cependant que le mec déjanté s'est inscrit dans une vision infra-ordinaire. Le mascaron, en revanche, a été observé par A et B avec une égale intensité. Mais les deux personnes le restituent de façon très différente. A le situe dans l'agencement de la façade en rénovation alors que B l'isole comme simple élément décoratif. A pourrait acheter l'appartement orné dudit mascaron là où B le regarde sans projeter l'image d'une hypothétique possession...

P.S. : Il faudrait des pages et des pages pour approfondir ce champ mais ceci n'est qu'un blog. Mon essai "Les vaches ne sont pas des chaises", en cours d'écriture, interrogera ce lien de la perception médiée par l'argent. En attendant, j'attends vos commentaires. Merci.

par Dominique Boudou publié dans : La vie de Klamm
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus