Vendredi 16 juin 2006

Après l'affaire Clearstream, l'amnistie de Guy Drut et l'appétit de Zacharias PDG du groupe Vinci, nous apprenons que Monsieur Noël Forgeard co-président d'EADS aurait peut-être commis un délit d'initiés et empoché des millions d'euros supplémentaires en vendant des stock-options Airbus. Comme l'individu a l'esprit de famille et de clan, ses fils et ses cadres très supérieurs auraient profité de l'aubaine.

J'espère, sincèrement, que ce n'est pas vrai. L'enquête le dira. Je l'espère car ce pourrait être la goutte de nitrate qui exploserait le vase. Un jour, le peuple, pas si benêt qu'on l'entend dire même à gauche, prendra les armes. Au demeurant, quelques parlementaires de droite commencent à s'émouvoir.

Il est donc grand temps de faire un ménage approfondi des écuries. Je ne suis pas trotskiste, ni bobo libertaire, ni anarchiste de droite, ni bleu ni vert sauf de peur. Je ne suis pas non plus pour la violence et ne sais pas tenir un fusil. Mais que voulez-vous, si le peuple s'insurge en mettant le feu au siège d'EADS et du MEDEF, eh bien, je l'approuverai. Le désespoir a déjà conduit à l'insurrection au cours de l'histoire. Ce ne serait qu'une énième répétition, dûe à l'aveuglement et l'autisme des princes qui nous gouvernent.

par Dominique Boudou publié dans : La vie de Klamm
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Vendredi 16 juin 2006

"S'accompagnant d'un doigt, de quelques doigts, le clown se meurt, sur un petit violon pour quelques spectateurs"...

Chanson de Gianni Esposito reprise par Raymond Devos. Un sourire triste et émerveillé passe sur les lèvres de l'artiste. Raymond Devos était un joyeux mélancolique. D'une profonde modestie comme tous les grands. Cinquante ans d'enchantements, de mots en geysers portés par les infinies facettes d'un visage généreux.

Alain Rey a salué en lui le jongleur du vocabulaire appris sur le tas, apprivoisé sur le temps. C'est que Raymond Devos n'était pas l'un de ces universitaires péteux à chaque phrase ampoulée à en puer de la bouche. Je ne sais pas s'il a rencontré un autre Raymond, Queneau, probable que oui, et il y a à parier qu'ils furent de sacrés larrons.

Cette jubilation de la langue des Devos, Queneau, Fallet, Brassens, Péret, légère, si légère, mais si tendue parfois du côté de la tristesse n'est plus guère à la mode.

Maintenant, la poésie prend le métro, tague les palissades des chantiers et hurle sa violence. Le monde a changé. Le monde est plus dur. Alors oui, un peu de nostalgie d'une époque où les téléphones portables innommables verrues n'existaient pas, où la télé n'avait pas encore cancérisé les esprits.

Cependant, je n'en doute pas, après l'aliénation du rap, de la techno, du heavy metal, d'autres voix se léveront, se lèvent déjà, et le verbe sémillant tintera comme un trombonne à coulisse.

par Dominique Boudou
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Jeudi 15 juin 2006

Raymond Devos vient de nous quitter à l'âge de 83 ans. Un humoriste en moins ? Oui. Et beaucoup plus que cela. Un poète. Un humaniste. Il manque déjà.

par Dominique Boudou
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Jeudi 15 juin 2006

Une fidèle lectrice m'envoie en commentaire de mon article sur un certain  Ribéry, un texte de Michel Onfray sur le pape Benoît XVI à propos de son déplacement à Auschwitz-Birkenau. Le philosophe dénonce avec raison l'Eglise catholique romaine. Elle a versé directement et indirectement beaucoup de sang humain. Le pape Pie XII a pactisé avec toutes les dictatures de son règne : Hitler, Mussolini, Franco. Ce qui n'empêchera pas Golda Meir, ministre des affaires étrangères d'Israël en 1958 de déclarer que le pape s'est élevé contre les persécutions nazies et que le Vatican a pris une part active dans la protection des juifs. A ce jour, le dossier polémique de Pie XII n'est pas encore clos et c'est le travail des historiens que de l'approfondir encore.

Je suis en revanche assez gêné quand Onfray établit un parallèle entre Benoît et Eichmann. Le monstre nazi, né en 1906, avait 33 ans ,(Tiens donc ! ) en 1939. A cette époque, le sieur Ratzinger n'en avait que 12. Rappelons que l'entrée aux jeunesses hitlériennes fut obligatoire en 1938. Je n'aime pas plus que ma lectrice ce pape très réactionnaire qui embrasse l'Opus Dei tous les matins mais comparer "l'action" d'un gamin de 12 ans ou même 17 aux horreurs planifiées par Eichmann, je dis non. Un intellectuel du niveau de Michel Onfray ne s'honore pas en voulant manipuler l'histoire pour asseoir sa démonstration. 

De même, s'il a raison de rappeler que le nazisme put fonctionner grâce à une importante collaboration du peuple allemand, il n'en faut pas moins préciser que tous les Allemands n'étaient pas des nazis y compris dans les rangs de l'armée et qu'un attentat contre Hitler échoua dès 1940.

Autrement dit, pour mener notre combat contre toutes les oppressions, et celle du goupillon n'est pas terminée, nous devons être extrêmement scrupuleux dans nos interrogations sur l'Histoire.

Amen !

par Dominique Boudou
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Mercredi 14 juin 2006

Depuis des années, l'économiste Jacques Marseille embouche les trompettes de la mort ultra-libérale. Une idée simple : déréglementer totalement le marché du travail, privatiser l'école, la santé, les retraites...

L'expérience ultra-libérale pratiquée sans frein en Amérique du Sud a démontré en quelques décennies que le système ne fonctionne pas, sauf pour les riches. Jacques Marseille a le droit de plaider la cause de ses pairs mais il ment de façon éhontée. Il annonce que le salaire médian en France est de 700 euros. Faux. Il est de 1200 euros. Commentant la proposition des socialos de porter le smic à 1500 euros, il déclare que les heureux élus gagneront autant qu'un agrégé au bout de cinq ans de carrière. Re faux. Et Monsieur Marseille le sait bien. Il confond, à dessein salaire brut et salaire net. En effet un prof agrégé gagne 1700 euros nets après la période sus-mentionnée.

Mais notre ami Jacquot ne s'arrête pas là. Tout sourire, il claironne que "ceux qui ont le moins d'argent ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin". Pardine ! Fallait y penser. Le minima social avec sa studette payée par la municipalité et son magasin hyper discount à côté n'a pas besoin de plus. Il a un toit. Il ne crève pas de faim. Et comme le minima social est un petit malin, il se demmerde pour se faire payer une partie de son chauffage l'hiver et ses déplacements dans les transports en commun.

Le riche, au contraire, vit quand même à l'étroit. Sept mille euros par mois, avec tout ce qu'il faut raquer, l'assurance du 4x4, l'assurance de la résidence secondaire, les vacances en Croatie, le ski, le surf, l'ordinateur du petit dernier, les Nike de la benjamine, et la penderie Sonia Teckel de l'épousée, sans oublier l'abondement d'un compte assurance-vie, d'un fonds d'investissement, eh ben, moi je vous le dis, je sors mon mouchoir parce que c'est pas derche.

Plutôt que d'augmenter ces salauds d'ouvriers qui pensent qu'à cette putain de CGT avec ces idées rétros, je propose qu'on octroie tout de go une augmentation de 25% aux cadres supérieurs.

Comme ça, Jacques Marseille sera content. Il m'invitera à la Closerie des Lilas pour me féliciter et je lui foutrai la louche de caviar sur la gueule.

La lutte des classes n'est pas morte. Courage, camarades, l'avenir nous appartient.

par Dominique Boudou
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Mardi 13 juin 2006

L'actualité, nous le savons en ce mois de juin, est au sport. Roland-Garros à peine terminé, et nous eussions aimé voir les Français briller davantage, c'est le Mondial en terre de casques à pointe qui commence. Soit ! Je n'ai rien contre. Une fois tous les quatre ans, c'est supportable. Mais dix minutes sur le jeune Ribéry en ouverture du journal chez le freluquet Pujadas, c'est beaucoup. L'un de ses copains nous apprend qu'il est connu même à la SNCF et un autre imagine qu'il avait un ballon dans la tête avant même que de naître. Voilà une information touchante qui arrache un sourire au télespectateur le plus récalcitrant. Ensuite, notre demi-Dieu Zidane, en termes sobres mais sincères comme à son habitude, y va de son hommage au pt'tit mecton. Re soit !

L'autre sport du mois de juin, c'est le bac philo. Tous les ans, les mêmes reportages. La lycéenne bien roulée qui s'interroge, sérieuse ou plus légère, l'angoissé, le décontracté... Et, bien sûr, le témoignage d'une personnalité. Hier, Luc Ferry. Sur le thème du bonheur et de la vérité. En moraliste davantage qu'en philosophe, le grand Luc place la quête de la vérité en prems pour déclarer après que certaines vérités peuvent être sacrifiées au profit du bonheur. Il a téléphoné la veille à Emmanuel Kant qui lui a dit en substance que la Créateur n'a pas donné la conscience et la liberté à l'homme pour qu'il soit heureux. Cette démonstration de notre ancien ministre m'a laissé sur ma faim. J'aurais aimé savoir s'il a téléphoné à Kant en PCV parce que le Paradis, quand même, c'est sacrément loin.

par Dominique Boudou
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Lundi 12 juin 2006

Ma grand-mère ne croyait pas à l'existence du silence. Non. Pas dans une maison comme la nôtre. Elle me disait : " Les murs ont des oreilles " et elle rajoutait en fronçant les sourcils (deux traits dessinés au crayon noir)... "et une bouche !"

Ma grand-mère croyait aux échos, elle entendait des voix.

Et moi aussi.

On me couchait tôt, en tout cas plus tôt que tout le monde. Allongé sous mon édredon rouge j'attendais, sans broncher, le sommeil. Des voix (légères) montaient, des voix (plus lourdes) descendaient dans ma chambre. Tous ces bruits papillonnaient autour de ma tête à peine sortie des draps. De temps à autre, des mots brillaient dans le noir, le plus souvent je ne comprenais pas ce que j'entendais. Marmonnements impénétrables, chiffons qu'on agitait autour de ma tête.

En attendant le sommeil, j'étudiais les dessins du papier peint : feuillage pointu, longues branches qui grimpaient vers le plafond. Des voix traversaient cette forêt immobile : un client qui en croisait un autre.

Le mur derrière mon lit me séparait de la chambre de ma grand-mère (ma mère, elle, dormait de l'autre côté du palier, nous n'avions aucun mur en commun et je n'entendais que sa porte s'ouvrir et se fermer dans un grincement gras. Ralenti.) Ma grand-mère parlait toute seule. Il m'arrivait de m'agenouiller sur mon lit pour coller mon oreille contre le papier peint (odeur de cahier).

"... brave...ta... est fatiguée... en trimballer de la... du matin jusqu'au... c'est bien plus fatigant quand on... regarde pas mes... tourne-toi... tourne la tête... laisse... me fourrer dans mon lit... viens mon chat, viens réchauffer mes vieux... ... je suis plus grosse que toi... la vie est méchante... six ans de plus que moi quand on s'est... et... maintenant c'est moi la plus vieille... la nuit... la nuit est méchante... oui... j'aurais dû apprendre la... j'en avais encore la patience... les heures ne... et puis... non bien sûr elle n'est plus une enfant... depuis longtemps... qui traîne... encore... dans mes jupons encore... tu as remarqué comme elle ne... jamais bien loin... viens le chat... le brave petit... le mort que tu es ne peut rien y... non... je souffle comme une... en compote... c'est le... bat tout serré au fond de ma poitrine... ma poitrine ? ....... que je me couche... depuis ce matin... sur mes pauvres os... ouh... fais pas la grimace... laisse-moi me rentrer au lit... c'est mon lit... c'est ma chambre... viens mon chat... petit homme... non tu ne peux pas voir de là où tu te tiens comme il est petit... bien sûr il grandit... viens minou... bien obligé... et elle... qu'est-ce qu'elle y comprend aux hommes la pauvre petite... oui... tu as vu elle ne veut pas... toujours dans mes jupons... que veux-tu qu'elle comprenne... puisqu'elle... minou minou viens minou... oui plus grosse que toi... je l'aurais jamais cru..."

Difficile de deviner à qui elle parlait.

Au chat ?

Ou bien à son défunt mari dont le visage lui apparaissait, ectoplasme mauve, parmi les grappes de glycine du papier peint ?

                                             CLAUDE ROUYER

par Dominique Boudou
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Lundi 12 juin 2006

Mon maître Salvador Dali disait que la différence entre un fou et lui c'est qu'il savait qu'il n'était pas fou. Mais Salvador Dali a beaucoup souffert.

Il y a quelques années, une dizaine de fous assistèrent à ma pièce de théâtre Fragments pour une dormeuse. Nous nous sommes parlés après le spectacle. Certains ont beaucoup souffert. D'autres semblaient illuminés par une grande paix intérieure. Un autre monde, dit-on, mais qui me fascine depuis toujours.

Aujourd'hui que des tourments me reprennent, aujourd'hui que la littérature et l'écriture me dégueulent, aujourd'hui où seul le sommeil prolongé me sauve un peu de ce qui me hante, j'aimerais être l'un de ces fous, la souffrance en moins. Une folie douce. Un développement mental de huit ans me siérait. Regarder Les petites maisons dans la prairie et Zorro, collectionner des images de chiens ou de chevaux, m'amuser d'un rien, courir dans l'herbe en ululant.

Vous me direz, il n'y a pas besoin d'être fou pour ululer en sautant comme un cabri et je pourrais tout à fait, même à cinquante ans, collectionner les images d'alezans et de colleys. Mais je ne suis pas fou et la conscience de ce que je ne suis pas pèse comme un couvercle baudelairien. Oui, tout le ciel me tombe sur la tête et les épaules. Un Atlas moderne dopé aux anabolisants m'aiderait à le soulever un peu mais je n'en fréquente pas. Alors que je sais qu'il en existe beaucoup à Berlin en ce moment. Si vous avez un filon, n'hésitez pas à me le communiquer. De même, s'il existe une manipulation pour devenir un fou doux, je suis également preneur. Vous sauverez ainsi un homme triste d'être trop lucide. Je vous remercie d'avance et continuez à collectionner les animaux dans des albums.

par Dominique Boudou
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Lundi 12 juin 2006

Bien lo sabéis que la nutria es Ella

Sus ojos asombrados por la rabia

Me lo dije Ella : tengo la rabia

Y yo asustado enfermo

En el silencio de mis unas cortadas

Del poema refugiado en el rincon màs oscuro de mis lagrimas

No puedo hacer nada

Dormir hasta que mi cuerpo se hunda como una piedra

En el olvido de todo pensamiento podrido como un perro

Por el camino de las espinas

par Dominique Boudou
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Dimanche 11 juin 2006

Tous les ans au mois de juin, Bacalan ouvre ses portes à la littérature dans le cadre d'un salon du Lire qui concerne les enfants, les adolescents, les adultes de tout âge. Théâtre, expos, concerts, prix littéraire, quatre jours de bonheur.

Et le pique-nique autour de la poésie. Une cinquantaine de personnes se retrouvent devant la bibliothèque. Un musicien et un diseur ouvrent le bal des mots. La petite troupe serpente lentement le long du fleuve, contemple la façade d'un entrepôt colorée façon Mondrian. A chaque arrêt : un poème, un auteur. Nicolas Bouvier, Hawad, Eugenio de Andrade, Lorca... Le musicien joue de la guitare ou de l'accordéon. Le diseur multiplie les postures, derrière des herbes hautes, piétinant la terre retournée d'un chantier. Les gens écoutent. Tous ne sont pas des lettrés mais ils écoutent. De l'émotion se lit sur leurs visages. La promenade en métaphore dure quarante-cinq minutes et après on mange. Un apéritif d'abord, fait de liqueur de cassis et de vin rouge. Nom du breuvage : Communard. Normal pour un quartier populaire. Puis on sort les sandwichs, le fromage, les fruits, les paroles simples sur ce qu'on a entendu ou non. Des enfants batifolent. Tout le monde est content et ce sera encore mieux l'année prochaine.

par Dominique Boudou publié dans : La vie de Klamm
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