Le téléphone sonne. Ma compagne décroche :
-Ici les magasins Duchmol. Vous vivez en couple ?
-Oui.
-Nous sommes heureux de vous annoncer que vous avez gagné un auto-cuiseur par tirage au sort de votre numéro attribué par ordinateur. Viendrez-vous le chercher avec votre mari samedi prochain ?
-Peut-être, oui.
-Sûr ?
-Oui oui, on viendra.
Une semaine plus tard. Le téléphone sonne. Je décroche:
-Ici les magasins Duchmol. Vous savez qu'un auto-cuiseur ultra-moderne vous attend demain lors de notre grande journée portes ouvertes. Vous viendrez avec votre épouse bien sûr.
-Euh !!!
-Et puis, Monsieur Boudou, autre bonne nouvelle, votre numéro participe au tirage pour gagner une voiture. C'est extraordinaire, non ?
Il est neuf heures du matin. Je suis mal réveillé. Je reste néanmoins courtois :
-Nous ne viendrons pas, Madame, excusez-nous !
-Comment ? Gagner une voiture ne vous intéresse pas, Monsieur Boudou ?
-Non.
-Mais ?
-Je suis désolé pour vous Madame. Je sais bien que vous faites ce qu'on vous dit de faire. Et la concurrence est dure avec la mondialisation. Mais je n'aime pas ces cadeaux publicitaires fabriqués par des enfants en Chine ou ailleurs.
La dame s'énerve :
-Nous demandons aux clients de venir en couple pour favoriser le bouche-à-oreille. Notre magasin dépense beaucoup d'argent pour ces cadeaux. C'est beaucoup de travail.
Je reste calme, courtois. Je réponds à la dame que je ne doute pas que ce soit beaucoup de travail. Mais j'essaie d'expliquer le caractère abusif de ces coups de pub par téléphone. Elle me traite de con.
Je narre ces péripéties à ma compagne. Elle me dit que sa mère, qui est veuve, reçoit souvent ce genre d'appel. Dès qu'elle répond qu'elle vit seule, la personne au bout du fil lui raccroche au nez. Vive le marketing !