Le passage d'Olivier Besancenot chez Michel Drucker a inspiré François Caviglioli dans le Nouvel Observateur du 15-21
mai. Il a brossé un portrait très bien écrit du leader de la LCR mais tout à fait déplaisant. La caricature st si lourde, le mépris tellement évident ! Selon notre plumitif, Olivier Besancenot
serait un personnage échappé d'un roman de Marcel Aymé ou d'un film de Marcel Carné, en goguette à la guinguette... Un attardé quoi, un nostalgique de la lampe à huile qui ne sait pas vivre dans
son temps.De plus, il ne serait nullement facteur mais jouerait au facteur pour faire popu. Au passage, Jean Ferrat se fait traiter de Tino Rossi rouge ! Je condamnerais volontiers ce
diavolo de Caviglioli à gagner pendant deux mois un salaire de postier, distribution de courrier à l'appui et de préférence en hiver. Il en rabattrait, c'est sûr, de sa morgue ! Mais ce n'est pas
tout. L'illustrissime homme de piges en rajoute une louche dans la mangeoire à bobos. Besancenot serait un mecton heureux dans son coinceteau hexagonal et c'est pour ça qu'il n'aurait pas
davantage de succès. Eh oui ! C'est bien connu. Un défenseur des classes populaires, outre qu'il pêche par utopie, doit en chier des ronds de chapeau tous les jours. Monsieur Caviglioli n'est pas
un utopiste lui, mais un réaliste qui a compris les lois mondiales du marché souverain. Il est surtout, à mon sens, l'expression parfaite du parfumeur de tabouret.
Jusqu'au 17 août vous pouvez visiter au musée d'Aquitaine la rétrospective 1987-2007 de la création photographique
d'ici et d'ailleurs. Une magnifique déambulation au coeur du noir et blanc avec aussi des épanchements colorés dans une grande diversité de regards. Des regards qui préfigurent le réel. Pour que
l'image vienne.
A la demande de Céline, je publie quelques créatures de Brigitte Giraud avec portrait de l'artiste. Brigitte Giraud
écorce le bois, chêne ou hêtre de passage, en cherche la peau qu'elle lissera puis, après en avoir apprivoisé la rotondité et les échardes, elle peint, elle colle, elle écrit des mots. Il y a,
entre les livres de Brigitte Giraud et ses bois d'évidentes correspondances. Sous la peau des mots comme sous la peau des arbres, ce qui est tu affleure, écorcé/écorché, et de grands yeux
écarquillés happent le spectateur s'il se met en état d'étonnement. 


Du jeudi 15 au dimanche 18 mai, onze galeries bordelaises et autres lieux ouvrent leurs portes à l'art contemporain
d'ici ou d'ailleurs. (Galeries Adama, Camille Dubourg, La rose des sables, Suty..., le très branché restaurant Le Sélénite...) Ce parcours de quatre jours s'achèvera par une vente aux enchères
des oeuvres des exposants sous la houlette de Maître Toledano et c'est une première à Bordeaux. 
Brigitte Giraud présente ses dernières créatures en bois à La rose des sables. Le vernissage aura lieu le jeudi 15, demain soir donc, de 19 h à 22 h. Son travail sera visible de 14 h à 19 h à
partir du vendredi. Venez nombreux car l'univers singulier de Brigitte Giraud suscite un intérêt de plus en plus soutenu.
La Rose des sables est sise au 79 rue Notre-Dame à Bordeaux dans le quartier des Chartrons. Renseignements au 0556522616.
René Fontroubade a été mon maître d'école à Ambérac en Charente de 1961 à 1966. Je ne vais pas me livrer à une énième
pagnolade empesée d'idéalisation nostalgique. Dans une classe unique du CP au Certificat d'études, les apprentissages étaient forcément conduits à la hussarde au tableau noir. Le maître-chef d'orchestre jouait une partition sur trois notes : Lire-Ecrire-Compter. Le rythme était parfois difficile à suivre. N'empêche !
Des générations de fils de paysans ont pu quitter l'école avec un niveau honorable en orthographe et en rédaction. Sans opposer Tradition et Modernité, je ne suis pas certain que les mêmes
enfants réussiraient aujourd'hui aussi bien. Cela dit, René Fontroubade était plus qu'un instituteur ordinaire. Il avait une véritable curiosité intellectuelle, une vraie passion pour
le Verbe et, quand il évoquait Victor Hugo ou l'entomologiste Jean Henri Fabre, je me sentais pénétré par le mystère de la connaissance. Du fait que je ne comprenais pas tout dans l'immédiat ce
qu'il racontait, j'éprouvais le désir de défricher plus loin ce nouveau monde qui m'était offert. Plus tard, alors que j'étais collégien, René Fontroubade m'a parlé de son admiration pour
Jean Rostand et j'ai deviné, peut-être, que la philosophie n'est pas l'ennemie de la science. Si j'ajoute que notre maître nous servait lui-même
des platées de nouilles ou de purée à la cantine et qu'il se mêlait avec jubilation à nos fièvres de billes sous le préau, ce trop bref portrait complète la dimension d'un homme qui savait
partager l'univers de l'enfance. Aujourd'hui, à quatre-vingts ans passés, René Fontroubade écrit dans la revue Histoires du pays d'Aigre des chroniques d'histoire locale très
rigoureuses, nourries à la source même des archives municipales et rédigées avec élégance. Sachant qu'il me lira, je lui dis simplement merci. Il fait partie des rares personnes qui ont contribué
à ma formation d'homme de lettres. Il a été le premier artisan de ma liberté.
La revue Histoires du pays d'Aigre est publiée par les éditions du Lérot sises à Tusson, (16 140).
A l'occasion du 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage, l'historien suisse Hans Fassler et l'écrivain
sénégalais Boubacar Boris Diop ont donné au musée d'Aquitaine une conférence édifiante. Du dix-septième au dix-neuvième siècle, des commerçants, des militaires suisses ont participé à la
déportation de plus de 150 000 esclaves, avec le soutien de la communauté scientifique et des structures étatiques. Les investissements dans les sociétés coloniales françaises, hollandaises, ont
favorisé des fortunes colossales.
Boubacar Boris Diop, auteur notamment de Le cavalier et son ombre paru chez Stock, a évoqué avec passion l'univers poétique et l'engagement d'Aimé Césaire. Il a rappelé la haute amitié qui le
liait à Léopold Sédar Senghor et sa rupture définitive avec le PCF en 1956 après l'invasion de la Hongrie par les Russes. Césaire, à qui un ancien président de la République proposa l'Académie
française, eut cette allusive répartie : " Vous me voyez en petit bonhomme vert ?" Un autre président, Valéry Giscard d'Estaing, refusa en revanche de rencontrer le poète dans sa mairie de
Fort-de-France. Une occasion de redire que rien n'est jamais acquis. L'esclavage n'a pas disparu et le quasi esclavage de dizaines de millions d'enfants dans le monde y compris en Europe montre
que le combat pour la dignité et la liberté humaine doit continuer. A ce propos, j'entendis il y a peu cette réflexion sur un "négociant" bordelais fort enrichi par la traite des noirs : " Sa
marchandise était différente, c'est tout !"
La plasticienne Anne Dubois-Krémer a présenté à l'occasion de cette conférence et du parcours-mémoire sur les lieux emblématiques de l'esclavage à Bordeaux une émouvante installation : une
potence, des chaînes, le corps suspendu d'un esclave dans une position qui épouse les contours de l'Afrique.
Dans sa très belle nouvelle L'âge de discrétion, qui évoque un couple d'intellectuels pris par le
vieillissement, (manies, interrogations, solitude et querelles, petits arrangements ordinaires pour continuer à supporter l'autre), Simone de Beauvoir se souvient : " Autrefois,
je ne me souciais pas des vieillards ; je les prenais pour des morts dont les jambes marchent encore".
Cette nouvelle est disponible en Folio dans La femme rompue.
Alessandra Nicolaïev est une femme bien singulière. Silhouette fragile au teint de porcelaine où rougeoie parfois une
mèche envolée, on la prendrait volontiers pour une beauté de papier. Mais son mystère s'impose dès les premières pages de La Grande Eclaire et ne lâche le
lecteur qu'à la toute fin, porteur d'un espoir à ne plus tenir debout. Sachs Given, peintre abstrait, succombe à la fascination de la belle dont les cauchemars retentissent de déchirantes phrases
en russe. Où Alessandra puise-t-elle son énergie pour voir plus loin que les voyants alors qu'elle est aveugle ? Comment réussit-elle à deviner sans jamais se tromper les numéros qui vont sortir
à la roulette ? Et quelle est, soudain, cette menaçante agitation autour d'elle ? De l'autre côté de l'océan en Californie, un vieux physicien aux visions révolutionnaires qui intéressent jusqu'à
la Défense nucléaire cherche aussi à la rencontrer. Un tsunami se prépare...
Le lecteur retrouvera sous la plume de Virginie Langlois cette poésie capable de lenteur et, quand le récit l'exige, de fulgurantes accélérations séquencées comme des plans
cinématographiques. Avec La Grande Eclaire, l'auteur réussit un mélange étonnant-détonnant où les considérations sur l'art abstrait de Kandinsky et les paradoxes temporels de la théorie des
cordes ouvrent ensemble un nouveau chemin à l'humanité. Demain, peut-être, par la seule force de notre conscience, nous façonnerons une autre dimension du réel.
Comme Les Sabliers du Temps, La Grande Eclaire de Virginie Langlois est publiée chez Actes Sud
Dans sa dernière chronique du Nouvel Observateur, Delfeil de Ton annonce qu'un plasticien allemand envisage d'exposer
un mourant dans un musée. Cette information, même si le mourant est consentant, pose bien des questions. Jusqu'où peut aller l'art, ce duel que l'homme lui livre en sachant qu'il a perdu d'avance
selon Baudelaire ? Quelle morale d'aujourd'hui marquerait la ligne à ne pas dépasser ? Le regard du spectateur serait-il, dans ce cas précis, constitutif de l'oeuvre elle-même ? En supposant que
cet artiste allemand réalise son projet, quelle sera la prochaine audace dans la monstration ? Une exécution publique en Iran par exemple, donc montrée au plus grand nombre, accéderait-elle au
statut d'oeuvre d'art si elle se déroulait dans un musée ? Où commence et où s'arrête un état de représentation ? Les télévisions du monde filment chaque jour la mort en direct,
s'attardent volontiers sur les détails sans que personne ne s'en offusque. Pourquoi le serait-on davantage dans un musée ? Sans doute faut-il y voir un trouble de l'habitude. Nous
n'interprétons plus depuis longtemps le robinet à images du petit écran, nous ne faisons plus le lien avec ce qu'elles portent pourtant de réalité. Alors, peut-être, l'espace singulier du musée
serait une façon de ressusciter le réel. En l'occurence, le réel de la mort cachée, dans une époque qui fabrique, dit-on, des centenaires à la pelle. Hum ! Me voilà bien perplexe. Et vous
?
Lors d'un dîner entre amis, la présence de James
Cortes Tique. Il nous dresse un tableau émouvant et précis de la situation en Colombie. Il n'est pas pour les Farc. Mais il dit l'abjection du régime d'Alvaro Uribe. Et la peur au fil des jours. La peur de la délinquance commune, la peur des militaires et des para-militaires, la peur
dans les bastilles tenues par les narco-trafiquants. La télévision nationale n'en parle pas. Les journaux n'en parlent pas. Puis la conversation roule sur la littérature. James Cortes Tique
évoque sa vision de l'acte d'écrire : " Il faut de la naïveté pour écrire, beaucoup de naïveté, car elle permet l'impudeur". Je rapproche cette phrase de ce que disait Dali à
propos de Lorca. Il disait qu'il n'était pas intelligent, que son intelligence était un morceau de charbon à l'état brut et que, justement, le chemin de la poésie se trouvait là.