La certitude de la mort devrait
nous conduire à une philosophie de la légèreté. Non pas légèreté au sens de superficialité fataliste, mais légèreté qui permettrait de se déprendre de soi et du monde. De même, il ne
s'agirait pas d'atteindre une hypothétique sagesse semeuse de tourments mais bien, en toute quiétude, d'observer les agencements du soi et du monde, loin des dichotomies que pourfendait
Nietzsche, comme celle du bien et du mal. Il faudrait aussi s'affranchir des signes trompeurs de la Modernité, cette idée fausse, ce leurre destiné à plier les masses sous le joug de la tradition
la plus rance. Voilà qui est beaucoup demander aux esprits fragiles que nous sommes, occupés trop souvent aux angoisses des émotions. Je crois cependant qu'un effort de légèreté saurait nous
conduire sur le chemin de la liberté.
Mercredi 24 septembre 2008
Invité par Serge Moati à l'excellente émission Ripostes, Jacques Attali
comparait la crise de 1929 et celle de 2008. La question était de savoir si les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, dans un contexte géopolotique différent. Les marchés financiers
ont aujourd'hui des outils technologiques qui permettent un délai de réaction très court. L'immédiateté de l'information est également un atout dont ne disposaient pas les gouvernements au début
du vingtième siècle. Jacques Attali tint par conséquent des propos plutôt rassurants. Puis, l'air de rien, mezza voce, il fit remarquer qu'on était sortis de la crise de 1929 par la guerre.
Cabotin en diable, Serge Moati sursauta : " Est-ce à dire que..?" Jacques Attali se fendit d'un sourire enigmatique, comme s'il revenait d'un lointain voyage dans Troie en flammes, Hélène étant
ravie. Il évoqua les tensions dans le Caucase, l'affaire georgienne, les menaces qui pèsent sur l'Ukraine si la Russie de Poutine se crispe encore, si l'OTAN, coûte que coûte souhaite élargir son
cercle d'influence...
Rendez-vous dans dix ans. Les civilisations sont mortelles, de toute façon. Pourquoi la paix qui protège l'Europe de l'Ouest depuis soixante ans durerait-elle jusqu'à la saint-Glinglin
?
Nous sommes nombreux à dénoncer les méfaits du néolibéralisme et à demander qu'un minimum de règles pour l'encadrer
soient définies. Nous sommes aussitôt taxés de rétrogrades, d'anti-modernes et d'utopistes. La preuve que le néolibéralisme et pire encore l'ultralibéralisme sont des erreurs vient d'être
apportée, magistralement par... George W Bush !!! Avec mille milliards de dollars pour sauver de la faillite banques et compagnies d'assurances et éviter une crise voire un effondrement
systémique de l'économie mondiale. George Soros, capitaliste richissime, tire lui aussi la sonnette d'alarme depuis une dizaine d'années. Les marchés financiers doivent être encadrés,
rééquilibrés au besoin, et favoriser au niveau planétaire l'amélioration de la condition humaine. La FAO, inquiète de la recrudescence des famines dans les pays pauvres suite au renchérissement
des produits agricoles, (riz, blé...), évalue à trente milliards de dollars son premier plan de sauvetage. Une paille, si j'ose dire ! Mais les crabes de la finance sont tellement aveugles !
Qu'attend donc la Banque Centrale Européenne pour desserrer l'étau des taux et prendre des mesures semblables à celles prises par le gouvernement américain ? C'est que, hélas, nos dirigeants
zélés veulent montrer outre-Atlantique qu'ils sont de très bons élèves du libéralisme, voire les meilleurs. Nous finirons par en crever s'ils n'ouvrent pas les yeux.
Mercredi 17 septembre 2008
Qu'importe la volée de bois vert que je recevrai ! Oui, mille fois oui, et de façon réfléchie, je suis pour qu'on
mette à bas l'école maternelle. Tout d'abord, l'école maternelle n'a rien de maternel. Comment peut-on prétendre passer de la sphère privée et exclusive incarnée par la mère à ce marigot
collectif que l'on dit socialisant de l'école maternelle soumise à une évaluation stricte des compétences ? Quelles représentations symboliques pourrait bien cimenter ladite école qu'une mère,
dans la lenteur et le hasard des jours, ne saurait construire ou tout au moins laisser advenir ? Alors, naturellement, j'entends les arguments de la gauche généreuse. Il faut penser aux couches
défavorisées, celles qui n'ont que la téloche comme médiateur de sens. L'école maternelle serait un rempart contre l'abrutissement dès le plus jeune âge ! A d'autres ! Qu'on ne me berce pas
d'histoires sirupeuses ! L'école, même élémentaire ou secondaire, est une forteresse fragile face aux coups de boutoir de la doxa médiatique et mercantile. Et puis, et puis, quand je vois ces
môminets pleurant tout leur corps dès leurs trois ans sonnés, dont on va contraindre déjà l'esprit au prétexte de l'éveiller, eh bien, je pleure. Et dire que certains, très à "gôche", préconisent
une entrée dans le moule à deux ans. Résolument, je dis non. L'école sous Sarkozy-Darcos va devenir de plus en plus un disque dur à formater, alors, pitié ! Au secours ! Epargnons nos plus petits
! Qu'ils ensemencent librement leurs friches ! Que leurs pensées en germe épousent cette ligne de sorcière chère à Gilles Deleuze ! Ma proposition est donc simple, voire enfantine. Supprimons la
petite et la moyenne section. Gardons la grande section qui serait un cp1 comme il existe un ce1 ou un cm1. L'argent économisé pourrait être redéployé en faveur des zones d'éducation
prioritaire.
Le noir sera mis sur la table
Et les mots comme le vin
Prendront le goût des humeurs
Coulées dans la terre
Aucune parole ne nous tiendra au corps
Aucun regard ne saura polir
Ce qui sera tu dans le secret
Et moi coi d'effroi
Dans mon bégaiement
Je sentirai mon sac d'os sous ma peau
Comme des griffes au coeur du sang
Je guetterai par la fenêtre et le jardin
Un carreau de ciel
Pour sortir de tous ces bruits
Ecrasés
Extraire un peu de jour encore
Avant que le sang noir du grand secret
Crève la vie
Faire que les heures s'échappent comme des perles
Sur les miroirs où point l'épouvante
Qu'un éclat de rire
Me coupe en deux
Voici cette page de lucidité écrite par Irvin D. Yalom dans Mensonges sur le divan à propos
des encombrements littéraires :
" Au bout de quelques minutes, Ernest fut rattrapé par son blues des librairies. Partout, en effet, des livres étaient posés sur de longues tables, suppliant qu'on les regarde un seul instant,
exposant sans la moindre vergogne leurs chatoyantes couvertures vertes ou rouge magenta, entassés au sol en attendant d'être mis en rayon, débordant sur les tables, tombant par terre. Contre le
mur du fond, de grandes piles d'invendus attendaient tristement d'être envoyés au pilon. A côté d'eux se trouvaient des cartons encore fermés : c'étaient les livres qui venaient d'arriver,
pressés de connaître, eux aussi, leur heure de gloire. Ernest eut une pensée émue pour son dernier né. Quelles étaient ses chances, pauvre esprit fragile nageant pour sa survie dans cet océan de
livres ? Il entra dans la salle de lecture, où quinze rangées de chaises en métal avaient été installées. Son livre, Le deuil : faits, lubies et mensonges, était bien en
évidence ; près de l'estrade, plusieurs piles, peut-être une soixantaine de livres en tout, attendaient d'être signés et achetés. Mais quel avenir pour son livre ? Dans deux mois, dans trois mois
? Et dans six mois ? Disparu ! Envolé ! Uniquement disponible sur commande ; livraison : entre trois et quatre semaine. Ernest comprit qu'aucune librairie n'était assez vaste pour exposer tous
les livres, y compris les meilleurs".
Si vous aimez les méandres opaques des pratiques psychanalytiques aux Etats-Unis, lisez le livre de Yalom qui lui n'est pas passé à la trappe de l'oubli.
Je cite de mémoire cette belle phrase de José Luis Zapatero, aperçue dans le flux tendu des magazines. " Si les pays
riches n'aident pas massivement l'Afrique, nos sociétés ont tout à redouter." Le drame vécu par les clandestins qui traversent le détroit de Gibraltar ou qui sombrent au milieu de la Méditerranée
a sans doute inspiré le chef du gouvernement espagnol. Je crois avec lui que l'alliance des puissances du G8 peut sauver l'Afrique en quelques années. Mais voilà, les diaboliques de la finance et
de l'industrie s'y opposent avec la plus grande vigueur. Ces gens-là veulent encore se nourrir de l'agonisant. Ce sont des urubus piqueteurs de cadavres. Il faudrait pour les combattre une
volonté politique mondiale qui fait cruellement défaut. Un jour, peut-être... s'il n'est pas déjà trop tard...
A la question " Qu'est-ce qu'un livre ? ", Georges Flipo a eu cette réponse lumineuse : " Quand il est bon, c'est un
auteur qui raconte une histoire. Quand il est excellent, c'est une histoire qui raconte un auteur.
Georges Flipo rejoint ici Kafka pour qui la littérature "servait" à briser en nous la mer gelée. Ce n'est pas tant la dialectique du je et/ou du il qui est ici à l'oeuvre mais bien la singularité
du livre et donc de celui qui l'écrit. Ce n'est pas tant l'histoire qui importe car toutes les histoires humaines se ressemblent depuis la nuit des temps mais le style avec un grand S car il est
le sang de l'auteur.
Georges Flipo, actuellement en lévitation, c'est lui qui le dit avec humour, vient de publier Qui comme Ulysse aux
éditions Anne Carrière. Vous pouver aussi visiter son blog. Georges Flipo a la tête qui lui tourne car son livre a du succès mais il ne se la prend pas. Il a, je crois, l'humour des
humbles.
georges-flipo-auteur.over-blog.com
Mercredi 3 septembre 2008
" Rien de changé depuis dix ans sinon l'arrivée des islamistes, ces derniers temps. Il paraît que c'est à cause
de la guerre en Algérie, à Kaboul, là-bas au Moyen-Orient, et je ne sais où. Ils auraient fait de la France une base de repli, une plaque tournante. En tout cas, ils nous ont niqué la vie, c'est
à cause d'eux qu'on traîne jusqu'à plus soif. Putain de leurs morts, en deux temps trois mouvements, ils ont levé des troupes et pris le pouvoir... Le vide n'a pas tardé. L'économie a délocalisé,
les commerces, les bureaux, le petit trafic qui aidait les chômeurs à patienter. C'est leur technique, boucher les horizons, faire du bruit à l'est et appauvrir les gens pour les rapprocher du
paradis. Des moutons qu'ils pilotent au doigt et à l'oeil. Nous en avons été, les copains et moi, un peu parce que nous avons gobé le discours de leur führer, Engagez-vous, vous aurez tout,
l'argent et la djina, un peu parce qu'ils nous collaient à la djellaba, on ne pouvait pas montrer le nez sans les voir débouler au pas de gymnastique et nous réciter les dix commandements du
kamikaze..."
In Le village de l'Allemand, éditions Galimard.
Boualem Sansal établit des comparaisons entre nazisme et islamisme qui peuvent surprendre. Elles ne manquent cependant pas de justesse. Où qu'ils se déroulent, à Oradour ou à Aïn Deb près de
Sétif, des massacres restent des massacres. La barbarie n'a rien à voir avec l'idéologie, quelle qu'elle soit, mais exprime la monstruosité tapie en chacun de nous. Lisez Boualem Sansal de toute
urgence.