Samedi 10 mai 2008

A l'occasion du 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage, l'historien suisse Hans Fassler et l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop ont donné au musée d'Aquitaine une conférence édifiante. Du dix-septième au dix-neuvième siècle, des commerçants, des militaires suisses ont participé à la déportation de plus de 150 000 esclaves, avec le soutien de la communauté scientifique et des structures étatiques. Les investissements dans les sociétés coloniales françaises, hollandaises, ont favorisé des fortunes colossales.
Boubacar Boris Diop, auteur notamment de Le cavalier et son ombre paru chez Stock, a évoqué avec passion l'univers poétique et l'engagement d'Aimé Césaire. Il a rappelé la haute amitié qui le liait à Léopold Sédar Senghor et sa rupture définitive avec le PCF en 1956 après l'invasion de la Hongrie par les Russes. Césaire, à qui un ancien président de la République proposa l'Académie française, eut cette allusive répartie : " Vous me voyez en petit bonhomme vert ?" Un autre président, Valéry Giscard d'Estaing, refusa en revanche de rencontrer le poète dans sa mairie de Fort-de-France. Une occasion de redire que rien n'est jamais acquis. L'esclavage n'a pas disparu et le quasi esclavage de dizaines de millions d'enfants dans le monde y compris en Europe montre que le combat pour la dignité et la liberté humaine doit continuer. A ce propos, j'entendis il y a peu cette réflexion sur un "négociant" bordelais fort enrichi par la traite des noirs : " Sa marchandise était différente, c'est tout !"
La plasticienne Anne Dubois-Krémer a présenté à l'occasion de cette conférence et du parcours-mémoire sur les lieux emblématiques de l'esclavage à Bordeaux une émouvante installation : une potence, des chaînes, le corps suspendu d'un esclave dans une position qui épouse les contours de l'Afrique.

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Samedi 3 mai 2008

Lors d'un dîner entre amis, la présence de James Cortes Tique. Il nous dresse un tableau émouvant et précis de la situation en Colombie. Il n'est pas pour les Farc. Mais il dit l'abjection du régime d'Alvaro Uribe. Et la peur au fil des jours. La peur de la délinquance commune, la peur des militaires et des para-militaires, la peur dans les bastilles tenues par les narco-trafiquants. La télévision nationale n'en parle pas. Les journaux n'en parlent pas. Puis la conversation roule sur la littérature. James Cortes Tique évoque sa vision de l'acte d'écrire : " Il faut de la naïveté pour écrire, beaucoup de naïveté, car elle permet l'impudeur". Je rapproche cette phrase de ce que disait Dali à propos de Lorca. Il disait qu'il n'était pas intelligent, que son intelligence était un morceau de charbon à l'état brut et que, justement, le chemin de la poésie se trouvait là.

 

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Mercredi 23 avril 2008

Il y a une éternité que je ne me suis pas attardé à Paris. Nous y montons, formule de provincial, pour trois jours. Nous logerons place Charles-Dullin, à côté du théâtre de l'Atelier où nous vîmes le merveilleux Maître de go de Kawabata interprété par le non moins merveilleux Michel Bouquet. Souvenirs... Nous ferons du tourisme de cultureux. Il y a cette étonnante exposition au Louvre, du jeune Flamand Jan Fabre, parmi ses illustres prédecesseurs. Une installation, avec des pierres tombales brisées, notamment. C'est une nouveauté pour le Louvre de confronter le patrimoine à la modernité d'aujourd'hui. Et puis nous irons à Beaubourg retrouver l'univers torturé de Louise Bourgeois. Un soir, nous aurons rendez-vous avec Isabelle Huppert dans une pièce de Yasmina Reza. Il nous restera du temps aussi, pour flâner comme on flâne dans une ville qu'on connaît mal. Il ne serait pas étonnant que nous poussions, c'est notre vice faut-il croire, la porte d'une librairie ou deux. Enfin, bref, j'aurai bien à mon retour quelques bricoles à vous raconter, anodines ou spectaculaires. Et puis, je vous le promets, si je croise le président du CAC40, je me transforme en Zidane. Mais non, j'ai que de la gueule et je n'errerai pas dans son quartier. A lundi !

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Dimanche 20 avril 2008

Les écrivains ne sont pas nombreux au Panthéon et les poètes en sont absents. Aimé Césaire trouverait tout à fait sa place à côté de Malraux, Dumas, Hugo ou Zola. Le voisinage de l'abbé Grégoire qui abolit l'esclavage en 1794, (hélas rétabli par Bonaparte en 1802) lui conviendrait. Mais, tout de même, le bâtiment de la rue Soufflot n'est-il pas un peu austère ? Alors qu'il fait bon vivre en Martinique et que la nature y flamboie ! Et puis, si on panthéonise Césaire pour faire un coup politique, enterrons-y en même temps Germaine Tillion. Elle le mérite aussi. On profiterait de l'occasion pour y transporter les cendres de René Char, de Baudelaire, de Rimbaud. Billevesées que tout ce battage ! Laissons Aimé Césaire parmi les siens, dans son cimetière marin. Et faisons connaître sa poésie. C'est comme ça qu'il restera vivant. (L'image qui suit est de congopage.com)

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Samedi 19 avril 2008

Didier Periz, plus sensible aux porcs qui vont dans les champs qu'aux gorets décrottant dans nos cités, nous offre cette image pastorale que je vous laisse  apprécier. Connaissant votre imagination, je ne doute pas que vous saisirez leurs conciliabules.

     
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Mardi 15 avril 2008

Un nouveau fichier informatisé verra le jour en juillet dans la police et la gendarmerie. Que vous soyez accusé, victime ou simple témoin, d'un accident de la route comme d'un meurtre, des renseignements touchant à la personne y seront notés, du genre : Handicapé, Homosexuel, Permanent syndical.

Ceci n'est pas un poisson d'avril à retardement. Les médias nationaux ont déjà diffusé cette information très inquiétante et les fonctionnaires chargés du maintien de l'ordre et de la sécurité sont les premiers à s'en émouvoir. Aucune avanie ne sera épargnée à l'homme sous le règne de l'actuel président du CAC 40...
Au nom de la lutte contre la délinquance et la criminalité, nous ne devons pas accepter ce viol de l'intimité. Quelles seront les prochaines rubriques à renseigner ? Poète ? Intermittent du spectacle ? Lecteur de l'Humanité ? Quels risques courra le quidam qui sera à la fois permanent syndical et homosexuel si, de surcroît, il est affligé d'un bec de lièvre ???

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Mercredi 9 avril 2008
Ce film d'animation d'Amnesty International est bouleversant dans son dépouillement. N'oubliez pas de mettre le son.
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Mercredi 9 avril 2008

Moi, cette histoire de flamme olympique, ou de torche comme d'aucuns disent, commence à me peler sérieusement le jonc. Le passage du lumignon à Paris, encadré par des hommes en bleu qui sont des policiers chinois spécialistes de la répression des émeutes, subjugue mon entendement. Les bonnes âmes du gouvernement, les éditorialistes appointés par la révérence n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer la violence des manifestants qui défendent la cause des Tibétains tirés comme des lapins depuis cinquante ans. David Douillet, pourtant réticent à l'idée que les Jeux se déroulent à Pékin, fait chorus. Mais enfin ! Qui commet sans vergogne les exactions les plus sauvages ? Qui se sert des Jeux pour asseoir davantage son rayonnement économique et doper les investissements de capitaux étrangers ? Qui peut croire ne serait-ce qu'une nano-seconde que ces olympiades constituent une allégorie de la paix et que l'idée des Doits de l'homme fera ainsi son chemin ? Il faut arrêter l'hypocrisie. Je n'ai rien contre les athlètes. Stéphane Diaghana est un sportif de bon aloi. Et je comprends que des jeunes qui s'entraînent depuis quatre ans ne souhaitent pas renoncer à l'espoir de décrocher une médaille. N'empêche ! Ces Jeux olympiques, comme tous ceux qui les ont précédés, sont une machine de guerre. Guerre de l'argent mais pas seulement. La Chine, comme naguère l'ex URSS, veut démontrer une fois encore qu'elle est une puissance avec laquelle il faut compter sur tous les fronts. Le sport qui, ne déplaise, véhicule trop souvent une morale ambiguë, n'est ici qu'un prétexte à l'expansion, à l'hégémonisme des esprits  et des corps.                                                                                                                             

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Samedi 22 mars 2008

On connaît la chanson. Jane Birkin l'a chantée. Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve. On connaît la citation. Cioran l'a écrite. La peur de la réussite explique bien des échecs. Je lie bonheur et réussite. On réussit et donc on est heureux. Et comme on est heureux on réussit encore davantage. Cette simplicité fonctionne pour beaucoup de gens mais pas pour tout le monde. Une personne chère à mon coeur entrevoit à moyen terme des perspectives de réussite. Non pas une réussite à casser la baraque mais, tout de même, une possibilité de changer d'avenir. Au moins partiellement. Et bien c'est la peur qui l'emporte. Il est à cela des raisons obscures, enfouies dans la tourbe de la mémoire. Qui empêchent de devenir, non pas quelqu'un d'autre, mais un soi plus à l'aise avec le soi, dans l'apaisement. Cette personne chère à mon coeur n'est pas un cas isolé. Ce qui hante est plus fort que la jouissance de la réussite transformée en bonheur. Et, une fois encore, je ne saurais mettre en avant des explications vraiment convaincantes. De quelque côté que se penche ma pensée, anthropologie, psychanalyse, philosophie, je suis le hoquet d'une carpe en cale sèche.

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Jeudi 28 février 2008

Le landernau pédagocratique, prompt à s'émoustiller comme une donzelle au son du biniou, ne jure plus que par la culture humaniste. Il s'agirait d'un grand sac où l'on mettrait l'histoire et la géographie, les arts et les lettres. A charge pour les môminets d'en saisir les continitués et les ruptures.
Ce new packaging serait obviously conforme au socle commun des connaissances préconisé par l'OCDE.
L'ennuyeux, c'est que le label culture humaniste semble quelque peu abscons. Pourquoi apposer le terme humaniste à culture ? Existe-t-il une culture barbare ? Y a-t-il, dans "humaniste", un contenu moral, vertueux, édifiant ? En ces temps de retour au religieux le plus éculé, je le redoute. Si c'était le cas, au nom de cette nouvelle culture humaniste, il faudrait clouer au pilori bien des savants. L'enfer des bibliothèques résonnerait à nouveau des imprécations de Rimbaud, des souffrances vénéneuses de Baudelaire et, pour ne citer qu'eux, tous les surréalistes seraient boutés hors des écoles. Les arts étant par essence subversifs, il faudrait nous contenter des fables innocentes de M. de la Fontaine, des maximes lumineuses de M. le duc de la Rochefoucauld. Et les foules seraient enfin dociles. Oui, décidément, j'ai peur d'une intention cachée derrière ce vocable "humaniste". Et si on disait, plus simplement, "culture humaine", ou même, "culture" tout court ? Au sens le plus ouvert ?

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