Jeudi 3 avril 2008

Nous connaissons déjà le Malodore, ce produit répulsif à pulvériser dans les anfractuosités des rues et des places pour en chasser les SDF. La société orwellienne qui sévit outre-Manche franchit un pas supplémentaire en commercialisant un boîtier anti-jeunes. L'objet, fixé au fronton des banques, des commerces, des halls d'immeubles emet des ultra-sons seulement audibles par les vingtenaires. Tout jeune qui stationne au "mauvais endroit" s'arrache au bout de trois minutes tant la douleur est insupportable. Les effets sur le cerveau à moyen terme ne sont pas connus...
Le gouvernement belge envisage d'interdire ces boîtiers anti-jeunes. En France, Christine Boutin et Fadela Amara s'émeuvent qu'ils puissent exister.
Quant aux Anglais, qui ont la bosse du commerce, nul doute qu'ils inventeront le boîtier anti-arabes, le boîtier anti-noirs et le boîtier anti-pakistanais. Sur leur lancée, un boîtier anti-culs-de-jattes pourrait bien voir le jour. En attendant le retour du Zycklon B, tellement plus radical...

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Mercredi 2 avril 2008

En 2007, l'Escale du livre à Bordeaux a reçu trente-cinq mille visiteurs. Quinze ans auparavant, le Salon du livre en réunissait régulièrement cent mille et l'entrée était payante.
Pourquoi une telle désaffection du public ? Est-ce une histoire de lieu ? Le Salon ouvrait sur l'anse de la Garonne là où l'Escale se blottit entre les vieilles pierres du quartier Saint-Michel. Elle n'en est pas moins accessible par le tout nouveau tramway de la ville et le décor est agréable aussi. Serait-ce alors une question de vedettes ? Patrick Modiano est venu au Salon. Le grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré en fut également. L'Escale, c'est vrai, n'attire plus guère les "pointures" majeures de la littérature hexagonale. La direction a opéré un recentrage sur les valeurs locales mais ce sont toujours les mêmes plumes qu'on y rencontre, l'inoxydable Michel Suffran, le prétentieux prétentiard Jacques Abeille et j'en passe. Heureusement qu'il y aura l'humanité simple de Claude Bourgeyx pour nous détendre d'un sourire !
A la vérité, je crois que l'Escale du livre ne fait pas recette à cause d'une histoire d'âme. Le Salon, c'était à l'origine une association de gens qui aimaient la littérature. Je pense à Patrick Rödel, à Jean-Marie Planes notamment. Alors que l'Escale, c'est un pool de gestionnaires et d'administrateurs. Ces gens-là aiment les livres comme moi l'escalope de veau. L'âme n'y est pas et c'est la cale sèche. Comme à l'ARPEL depuis qu'Eric des Garets n'y est plus. Des gestionnaires je vous dis. Des Antoine Pinay qu'on va se coltiner pendant vingt ans. La littérature n'a qu'à mettre à la voile ailleurs, loin des faiseurs de mauvaise cuisine.

L'Escale du livre a lieu du 4 au 6 avril. Venez-y quand même, il y aura à boire.

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Samedi 29 mars 2008

Valérie Cruzin, institutrice à Pauillac, est morte victime d'une conjuration de l'absurde. Un conflit entre adultes dans son école, un conflit comme il y en a tant car la communauté éducative n'est ni pire ni meilleure que les autres, mais la dégradation des relations humaines fut à ce point exacerbée que le poison se répandit hors les murs. Des parents, qui ne s'étaient jamais plaint pourtant, trempèrent leur plume dans le vitriol. Des édiles, jusque là respectueux de la maîtresse, joignirent leur voix à celle des loups. Et l'inspecteur, inquiet à l'idée que cette histoire pourrait faire des vagues, comme on dit, convoqua en catastrophe son enseignante...
Alors, bien sûr, l'Education nationale n'est pas le technocentre de Renault où les cadres succombent à l'enfer de la rentabilité. N'empêche ! L'école, qui n'est pas à part du reste de la société, subit de plus en plus les pressions de la violence du calme. Pas de cadences infernales mais des exigences de plus en plus absconses auxquelles il s'agit de se conformer sans exprimer la moindre contestation. Il n'en faut pas plus, parfois, pour qu'un climat scolaire se détériore durablement. Et, s'il ne se trouve pas dans l'établissement une possibilité de réguler les tensions internes, le découragement, la dépréciation de soi peuvent guetter les professeurs les moins aguerris. Fort heureusement, le plus souvent, une main aidante, ne serait-ce qu'une seule, se porte au secours du maître en détresse. Valérie Cruzin n'a pas eu cette chance. Aucune voix ne s'est levée pour mettre fin au dépeçage. C'est même exactement le contraire qui s'est produit. Un groupe humain dans son entier, cellule cancéreuse à prolifération anarchique, s'est transformé en bourreau.
Aujourd'hui, les rangs de vigne du Médoc ont le goût du sang. Il pourrait bien couler, encore...

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Mercredi 26 mars 2008

Encore nauséeux d'un méchant virus rongeur d'intestins, je n'en citerai pas moins Arthur Schopenhauer victime des préjugés de son temps, le début du XIXème siècle. Comme quoi les philosophes aussi disent et écrivent des conneries.
" L'homme peut, sans peine, engendrer en une année plus de cent enfants, s'il a à sa disposition un nombre égal de femmes, tandis qu'une femme, même avec un pareil nombre d'hommes, ne pourrait toujours mettre au monde qu'un enfant dans l'année (je laisse de côté les naissances jumelles). Aussi l'homme cherche-t-il toujours d'autres femmes ; la femme, au contraire, s'attache fermement à un seul homme, car la nature la pousse, d'instinct et sans réflexion, à conserver celui qui doit nourrir et protéger l'enfant à naître. Ainsi donc la fidélité conjugale, tout artificielle chez l'homme, est naturelle chez la femme, et par suite l'adultère de la femme, au point de vue objectif, à cause des suites qu'il peut avoir, comme aussi au point de vue subjectif, en tant que contraire à la nature, est bien plus impardonnable que celui de l'homme."

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Samedi 22 mars 2008

J'utilise à dessein ce titre de Nathalie Sarraute. Si vous voulez m'entendre dire un poème de Raul Nieto de la Torre, si vous voulez entendre la voix de Brigitte Giraud lisant un extrait de l'instituteur, et si vous voulez entendre d'autres personnes, auteurs et éditeurs, c'est là :

http://www.dailymotion.com/lemarchedelapoesie/1

Pour moâ, cliquer sur la vidéo Pleine Page, pour Brigitte Giraud, cliquer sur Delphine Montalant qui n'est pas une aubergiste comme dans la chanson de Brel. Encore que ! Editer des livres, c'est héberger.
Merci.


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Samedi 22 mars 2008

On connaît la chanson. Jane Birkin l'a chantée. Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve. On connaît la citation. Cioran l'a écrite. La peur de la réussite explique bien des échecs. Je lie bonheur et réussite. On réussit et donc on est heureux. Et comme on est heureux on réussit encore davantage. Cette simplicité fonctionne pour beaucoup de gens mais pas pour tout le monde. Une personne chère à mon coeur entrevoit à moyen terme des perspectives de réussite. Non pas une réussite à casser la baraque mais, tout de même, une possibilité de changer d'avenir. Au moins partiellement. Et bien c'est la peur qui l'emporte. Il est à cela des raisons obscures, enfouies dans la tourbe de la mémoire. Qui empêchent de devenir, non pas quelqu'un d'autre, mais un soi plus à l'aise avec le soi, dans l'apaisement. Cette personne chère à mon coeur n'est pas un cas isolé. Ce qui hante est plus fort que la jouissance de la réussite transformée en bonheur. Et, une fois encore, je ne saurais mettre en avant des explications vraiment convaincantes. De quelque côté que se penche ma pensée, anthropologie, psychanalyse, philosophie, je suis le hoquet d'une carpe en cale sèche.

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Jeudi 20 mars 2008

Une jeune institutrice, mère de famille, vient de mettre fin à ses jours dans une bourgade en Aquitaine. A l'origine, un conflit scolaire qui s'envenime. Des parents écrivent des lettres diffamatoires. Quelques élus locaux surenchérissent. La maîtresse est convoquée par son inspecteur en présence des édiles et les accusations pleuvent, assorties de menaces : sanction disciplinaire, mutation...

Dans l'incapacité de se défendre, cette jeune mère également enceinte de six mois fait une première tentative de suicide et tombe dans le coma. A peine revenue à la conscience, son deuxième essai ne rate pas.

Les autorités académiques ont reconnu que l'enseignante "n'avait rien à se reprocher professionnellement" mais ne désirent pas s'engager plus avant au prétexte que Madame X*** n'avait pas formulé une demande de protection. Le délégué du syndicat auquel appartenait la maîtresse a donc été éconduit. Un courrier devrait être adressé au ministre de l'éducation nationale.

A l'heure où une étude commandée par la MGEN montre que le stress augmente aussi chez les enseignants, leurs supérieurs hiérarchiques seraient bien avisés de traiter avec plus de doigté les conflits de la vie scolaire. Prendre le temps d'écouter avant d'instruire un dossier à charge, éviter que le sang coule, qu'une famille entière plonge dans le drame, est-ce déjà trop demander ?

 

PS : Je ne peux citer le nom de la victime et son lieu d'exercice. Un complément d'information est disponible sur snudifo.33@wanadoo.fr

Lire la page électronique de Force Ouvrière N°89 du 11 mars 2008

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Mercredi 19 mars 2008

Barack Obama, qui n'est encore que candidat à l'investiture pour le parti démocrate, est déjà protégé comme un chef d'Etat. Police privée et agents gouvernementaux constituent sa garde rapprochée. C'est que, depuis quelques semaines, les rumeurs d'attentat contre le sénateur se multiplient.
Russels Banks, dans une interview au Nouvel Observateur, rappelle l'extrême violence des Etats-Unis :

" Il y a tellement de fous en liberté qui seraient prêts à sacrifier leur vie pour accéder à l'immortalité. Rien qu'en février on a assisté à pas moins de six massacres dans des lycées et des universités, qui se sont systématiquement conclus par un suicide : il y a des gens qui sont prêts à se tuer, ou à se faire tuer, rien que pour pouvoir en tuer d'autres. L'Amérique possède sa propre variété de kamikazes et cela me terrifie..."

Et l'écrivain d'égrainer la liste des assassinats ou des tentatives d'assassinat politique :
John Fitzgerald Kennedy, Robert Kennedy, Martin Luther King, Ronald Reagan...

Et comme il est certain qu'Obama dérange...

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Mercredi 19 mars 2008

Après un très long silence, l'anthologie poétique annuelle publiée par les éditions Seghers reparaît depuis trois ans. Patrice Delbourg, Jean-Luc Maxence et Florence Trocmé en sont les guetteurs amoureux. L'édition 2008 réunit 120 poètes francophones venus de toutes les latitudes, de tous les styles, le slam notamment. Les plumes inconnues jouent dans la même cour que les poètes "confirmés", une ou deux pages par auteur. L'ouvrage est complété par un abondant dossier sur les revues et les sites internet consacrés à la poésie. Il témoigne de la vivacité de la création poétique en français malgré les temps troubles que nous vivons, à moins qu'ils ne constituent le terreau incertain où le vers est funambule avec son rire de sardoine...

Voici quelques-uns des auteurs : Alexandre Voisard, Jacques Taurand, Valérie Rouzeau, Lionel Ray, Rouben Mélik, Charles Juliet, Ananda Devi, Claude Ber, Amaranta et... votre serviteur.

Manquant de sagesse malgré mon grand âge, j'avoue en tirer quelque fierté. C'est que, dès lors qu'on s'intéresse de près à la poésie, Seghers, ce n'est pas rien...

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Mardi 18 mars 2008
L'homme qui marche dans sa tête
abolit la glaise de ses pas
et son corps n'est plus qu'un trait 
parmi le paysage
Des ombres au loin
de murs et de fenêtres
de cheminées d'usine
où la sueur ne fume plus
épouvantent sa pensée
Que restera-t-il de lui au bout de la marche
quand tous les signes auront dissout
jusqu'à sa mémoire
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