Nous connaissons l'usage que font nos gloires nationales de la langue de bois. Le landernau politique la manie
admirablement. Le microcosme médiatique n'est pas en reste. Normal puisque le landernau et le microcosme voguent en eaux troubles sur le même bateau. Mais le monde devient de plus en plus brutal.
Le bois durci à la seule mauvaise foi ne fait plus l'affaire. Le cynisme n'y trouve pas son compte. Désormais, c'est la langue de porc qui est servie sur tous les plateaux. Porcine la langue de
Roselyne Bachelot quand elle affirme mordicus qu'on ne touchera pas au remboursement des lunettes par la sécu. Porcine encore la langue de Nadine
Morano qui dit que les allocs ne vont pas baisser alors qu'une addition toute simple démontre le contraire. Nous avons donc un gouvernement de porcs. Un gouvernement de porcs qui prend
les gens du peuple pour des veaux. Qu'est-ce que ça va donner, cette guerre entre les porcs et les veaux ? Et si des chiens venaient à s'en mêler ? Il n'en manque pas, vous savez ! Curieuse
ménagerie qu'une société aux abois, n'est-ce pas ! Tenez, moi qui suis plutôt ours, je rentre dans ma tanière avec mes abeilles. Le premier porc qui passe à ma portée, je lâche mes dards.
Le château des Mazères est le bijou clinquant d'une famille enrichie dans le négoce sous Napoléon III. A une portée
de fusil, plus humble, la maison qu'occupaient les régisseurs dévoués à leurs maîtres. Autour, deux mille hectares de pins déchirés d'aboiements au coeur de la nuit quand la mémoire de José
l'ermite ne parvient pas à s'apaiser. Décor hitchcockien pour une mort aux trousses avec psychose en embuscade.
Frédéric Marais habite la maison, y écrit des histoires d'ours qui séduisent les enfants du monde entier et se bat contre ses souvenirs : le bonheur rayonnant de Théa, l'amour fou de Théa puis,
une tragédie plus loin, la haine en partage, l'agonie meurtrière de Théa...
Un jour, Juliette Lacaze arrive au château avec son fils Max. Cet adolescent est d'une beauté quasi indécente. Mais d'un côté seulement : " Sa tête roula contre ma poitrine et me révéla son
autre profil. Le droit. J'en fus tellement saisi que je dus me reprendre pour ne pas le lâcher. Le dessin en était le même, parfaitement régulier. Cependant, de la tempe à la joue, dans une zone
délimitée par un trait aussi virtuel qu'exact, la peau était tailladée, déchirée, incrustée d'une myriade de petites cicatrices ; là, l'oeil ouvert, mais inexpressif, semblait la seule chose
vivante de ce masque de papier mâché, collé à la va-vite sur la création la plus achevée. Un Janus de seize ans."
Puis voilà Denis Mazères, prêtre admirateur de la sainte parole de José Maria Escrivà de Balaguer. Sa vieille mère l'accompagne. Tous les personnages sont désormais réunis. Les masques vont
bientôt tomber. Le sang va couler.
Philippe Cougrand nous livre un roman à la beauté ténébreuse, d'une écriture parfaitement ciselée avec ici ou là quelques instants de
drôlerie grimaçante, une descente aux enfers aux accents mauriaciens où passe aussi le fantôme de Baudelaire... Les charognes remontées de la tourbe font chavirer le lecteur.
L'ours pécheur est publié aux éditions Pleine Page.
Un nouveau fichier informatisé verra le jour en juillet dans la police et la gendarmerie. Que vous soyez accusé,
victime ou simple témoin, d'un accident de la route comme d'un meurtre, des renseignements touchant à la personne y seront notés, du genre : Handicapé, Homosexuel,
Permanent syndical.
Ceci n'est pas un poisson d'avril à retardement. Les médias nationaux ont déjà diffusé cette information très
inquiétante et les fonctionnaires chargés du maintien de l'ordre et de la sécurité sont les premiers à s'en émouvoir. Aucune avanie ne sera épargnée à l'homme sous le règne de l'actuel président
du CAC 40...
Au nom de la lutte contre la délinquance et la criminalité, nous ne devons pas accepter ce viol de l'intimité. Quelles seront les prochaines rubriques à renseigner ? Poète ? Intermittent du
spectacle ? Lecteur de l'Humanité ? Quels risques courra le quidam qui sera à la fois permanent syndical et homosexuel si, de surcroît, il est affligé d'un bec de lièvre ???
Le vent hélas je l'entendrai encore
nègre nègre nègre depuis le fond
du ciel immémorial
un peu moins fort qu'aujourd'hui
mais trop fort cependant
et ce fou hurlement de chiens et de chevaux
qu'il pousse à notre poursuite toujours marronne
mais à mon tour dans l'air
je me lèverai un cri et si violent
que tout entier j'éclabousserai le ciel
et par mes branches déchiquetées
et par le jet insolent de mon fût blessé et solennel
je commanderai aux îles d'exister
in Cadastre, 1961
Le quotidien régional Sud Ouest a pêché par excès de précipitation. Et moi aussi. François Hubert, directeur du
musée, n'est pas le censeur que l'on a dépeint. La Direction des Affaires culturelles de la ville de Bordeaux n'est pas davantage en cause. La polémique autour des photos de Christian Delécluse
est née du regard malsain de quelques employés du musée qui, ayant visité l'exposition la veille du vernissage, ont demandé à François Hubert de retirer les images qu'ils incriminent. Ils ont
alerté la Direction nationale des musées de France, qui a elle-même alerté les édiles bordelais, et c'est ainsi que s'est tissé un imbroglio stupéfiant.
Pierre Bidart, l'un des photographes exposants, est atterré : " François Hubert est un homme intègre qui soutient totalement notre travail et cette exposition saluée par Alain Juppé. Ce qui se
passe est absolument scandaleux. François Hubert a reçu des lettres d'insultes et des menaces de mort. Loïc Le Loët et Christophe Goussard partagent mon point de vue. La morale pernicieuse de
quelques esprits bas du front risque d'entacher ce projet porté depuis plusieurs mois par le musée qui a d'ailleurs investi beaucoup d'argent pour le réaliser."
Toutes les photos de Christian Delécluse seront donc visibles dès lundi, accompagnées d'une signalétique particulière et d'un dispositif permettant de voir ou ne pas voir... les corps du
fantasme.
Je demande pardon à François Hubert pour mes propos malvenus d'hier et lui suggère, humblement, d'exercer son légitime droit de réponse dans les médias régionaux. Car cette histoire pose une fois
de plus une question majeure. Nous savons que les opinions les plus répandues font peser sur l'ensemble de la société une dictature rampante. Mais faudra-t-il désormais renoncer à la liberté de
créer et d'exposer dès lors que s'agiteront les quarterons les plus obscurs d'un monde qui se ferme ? La mort de la pensée serait assurément au bout du chemin.
Sous le titre "Humain, très humain : photographies en Aquitaine, 1987-2007", le musée d'Aquitaine
expose des artistes contemporains qui représentent différentes tendances de l'expression photographique dans notre région. Parmi eux, Pierre Bidart, en lien sur ce blog, Loïc Le Loët, Christophe
Goussard... Christian Delécluse, auteur du merveilleux "Untel, Père et Fils" publié aux prestigieuses éditions Cercle d'Art et préfacé par Jean Vautrin, devait faire partie de l'aventure.
Las ! Le directeur du musée Môssieu François Hubert considère que certaines photos de l'artiste sont choquantes au prétexte qu'elles montrent des pères nus ou demi-nus avec leurs enfants. Je
feuillette et refeuillette l'ouvrage avec un oeil scrutateur mais, même en me forçant, je ne parviens pas à trouver une seule photo équivoque. Nulle apologie de la pédophilie dans le travail de
Christian Delécluse ! Mais voilà ! Il y a à la mairie de Bordeaux quelques culs bénits de l'opus dei, ceux-là mêmes qui vitupèrent et interdisent Molinier de cimaise. Mais voilà ! Ce François
Hubert est soit un rescapé de la clique de Torquemada, soit un pleutre qui fond devant un simple haussement de sourcil. La morale la plus rance, la plus moisie sévit donc au musée d'Aquitaine et
à la direction des affaires culturelles de la municipalité. Une nausée me prend. Quelle sera l'étape suivante ? Quand pratiquera-t-on l'aspergesme sur les photos de Delécluse avant que de les
brûler sur la place Gambetta renommée place Royale ? Jusqu'où ira le retour de la pudibonderie qui invoque dans cette affaire une collusion possible avec le jugement de Fourniret ? Beurk !
Rebeurk ! Je n'irai pas au vernissage. Je n'irai pas voir cette exposition et je présente mes excuses à Pierre Bidart dont je suis le préfacier. Et je laisse la parole à Jean Vautrin, pour qu'on
respire : " Nous savions que l'image jaunie du couple uni pour la vie peu à peu s'efface, laissant le champ libre à des versions moins compassées de la nouvelle vérité du bonheur. Si bien que les
preuves photographiques accumulées par Christian Delécluse dans son magnifique livre sur la paternité surgissent à point nommé- porteuses
de modernité sans afféterie, d'une fantastique hypothèse de tendresse et d'un constant défi aux tabous du conservatisme-pour apporter à ceux qui tentent encore la passionnante
traversée d'une existence en commun l'évidence d'une redistribution des responsabilités affectives."
Ennemis jurés de la censure, envoyez vos protestations au Musée d'Aquitaine, 20 cours Pasteur 33000 Bordeaux, ou téléphonez au 05 56 01 51 00, ou courrielez sur www.bordeaux.fr
Ce film d'animation d'Amnesty International est bouleversant dans son dépouillement. N'oubliez pas de mettre le son.
Moi, cette histoire de flamme olympique, ou de torche comme d'aucuns disent, commence à me peler sérieusement le
jonc. Le passage du lumignon à Paris, encadré par des hommes en bleu qui sont des policiers chinois spécialistes de la répression des émeutes, subjugue mon entendement. Les bonnes âmes du
gouvernement, les éditorialistes appointés par la révérence n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer la violence des manifestants qui défendent la cause des Tibétains tirés comme des lapins
depuis cinquante ans. David Douillet, pourtant réticent à l'idée que les Jeux se déroulent à Pékin, fait chorus. Mais enfin ! Qui commet sans vergogne les exactions les plus
sauvages ? Qui se sert des Jeux pour asseoir davantage son rayonnement économique et doper les investissements de capitaux étrangers ? Qui peut croire ne serait-ce qu'une nano-seconde que ces
olympiades constituent une allégorie de la paix et que l'idée des Doits de l'homme fera ainsi son chemin ? Il faut arrêter l'hypocrisie. Je n'ai rien contre les athlètes. Stéphane
Diaghana est un sportif de bon aloi. Et je comprends que des jeunes qui s'entraînent depuis quatre ans ne souhaitent pas renoncer à l'espoir de décrocher une médaille. N'empêche ! Ces
Jeux olympiques, comme tous ceux qui les ont précédés, sont une machine de guerre. Guerre de l'argent mais pas seulement. La Chine, comme naguère l'ex URSS, veut démontrer une fois encore qu'elle
est une puissance avec laquelle il faut compter sur tous les fronts. Le sport qui, ne déplaise, véhicule trop souvent une morale ambiguë, n'est ici qu'un prétexte à l'expansion, à l'hégémonisme
des esprits et des
corps.
Les arbres du château de la Mélinière auraient bien des choses à dire. Que s'est-il vraiment passé au plein coeur de
l'été, par une après-midi de sieste langoureuse ? Pourquoi Juliette Lauriac, beauté de papier glacé au bonheur lisse, est-elle montée dans la plus haute tour ? Comment y est-elle morte ? Le
ballet des voitures de gendarmerie vient perturber la douce insouciance de la châtelaine qui reçoit ses amis huppés au bord de la piscine. Cette vieille belle monogrammée, uniquement préoccupée
de sa réussite dans la gentry, méprise sa fille, lui tient des propos acerbes, qui fouaillent le ventre.
La deuxième partie du livre nous emmène en Afrique où la fille a vécu son enfance et où elle retourne, flanquée d'un mari sans saveur. Le changement du décor est brutal. Après l'ambiance un rien
surannée de la Mélinière, la cruauté des paysages et la violence animale des hommes, le banquet de la mort où s'invitent les mouches. Le sang épuise les corps et les souvenirs. L'écriture même de
l'auteur, jusque-là d'un classique quasi agatha-christien, trempe sa plume dans le raisiné le plus cru, bouillonne là où les plaies sont purulentes. Plus tard, bien plus tard, quand la mère est
morte enfin et que la fille a hérité du domaine, les eaux troubles de la Mélinière s'évaporent lentement, les petits arrangements de la mémoire apaisent la sève des arbres. Une nouvelle vie
commence, tellement surprenante que le lecteur en reste subjugué.
Les arbres se taisent, de Francine Burlaud, est un premier roman bien maîtrisé, très prometteur. Il est publié aux éditions Pleine Page.
Paul Hasselbank se sait condamné par une maladie incurable. Il regarde en boucle Aguirre ou la colère de Dieu et éprouve dans ses entrailles la
fièvre de Klaus Kinski hanté par les chimères de la jungle. Avant de mourir, il veut revoir Anna qui vit désormais au Canada. Hasselbank s'envole pour l'Ontario où réside Floyd Paterson, un
chasseur solitaire perdu dans sa maison rouge au milieu des neiges. Anna a vécu quelques mois avec lui, une relation mystérieuse que Paul veut tenter d'élucider, pour rejoindre, peut-être, son
propre mystère. Les deux hommes se rencontrent alors qu'une violente tempête fait rage. Impossible de s'aventurer ne serait-ce que d'un mètre hors de la maison.
Un terrible huis clos commence. Une confrontation à mort entre deux mondes inconciliables.
Jean-Paul Dubois nous entraîne une fois de plus dans l'immensité des paysages nord-américains. L'âpreté de lexistence, l'extrémité des
solitudes constituent une métaphore de l'homme traqué, face à un destin qu'il ne saurait fuir. Un livre superbe qui fait penser à l'univers de Rick Bass.
Hommes entre eux est paru aux éditions de l'Olivier.