Aussi je soumets à mes lectrices et lecteurs dont je connais le désir de continuer à penser, ce petit problème philosophique :
L'Univers est-il logique ou cohérent ?
Marguerite Lajugie-Farges vient de mourir à l'âge de 91 ans. Institutrice pendant la guerre, elle a sauvé au
péril de sa vie le jeune Boris Cyrulnik. Dans son livre Je me souviens..., le célèbre psychiatre inventeur du concept de résilience, raconte enfin cette
époque troublée et son aptitude, alors qu'il n'avait que six ans, à prendre son destin en main.
On parlera beaucoup moins de la disparition de Marguerite Lajugie-Farges que de celle de M.J. mais, sur la colline du Souvenir à Jérusalem, un arbre qui porte son nom [ berce doucement
sa palme]. Honorée par l'institut Yad Vashem, Marguerite Farges reste à tout jamais une Juste parmi les Nations.
Je me souviens de Boris Cyrulnik est paru aux éditions L'Esprit du temps dirigées par Philippe Brenot.
A lire aussi La résilience, préfacée par Antoine Spire et publiée aux éditions Le Bord
Soit ! Le neveu de Tonton, surtout connu pour son apostrophe " Bonsoioioioir !!! ", devient ministre de la culture du président bling bling. Il se murmure que ce serait la jolie Carla qui aurait eu l'idée d'offrir le maroquin à cet amateur des grandes monarchies... De toute façon, Mitterrand ne fera pas pire que Christine Albanel ou Jean-Jacques Aillagon. Avec un peu de chance même, il fera mieux. Mais en quoi consistera ce mieux dans un pays nécrosé moisi qui croit que Montaigne et Montesquieu sont des joueurs de foot ? Et puis c'est quoi la culture, pour le marais des petits fonctionnaires dans les bureaux et les écoles ? Du savon à barbe ! Un poiloche de Gavalda, un autre de Van Gogh qu'on expose sur le buffet Ikéa, un autre encore d'un musicos du XIXème compressé façon MP3 pour les gosses, et on se dépêche de récurer l'évier au tampon jex pour filer devant TF1. Hélas ! Grimpons un peu dans l'échelle des catégories socioprofessionnelles et le constat est tout aussi alarmant. Les médecins, les avocats ne sont pas plus cultivés que les secrétaires ou les instits. Lisent-ils de la poésie ? La réponse est non. S'intéressent-ils à l'art contemporain hors les grandes expositions internationales qu'il est seyant de visiter ? La réponse est encore non. Fréquentent-ils les théâtres pour y découvrir le répertoire d'aujourd'hui dès lors que la scène n'est pas classée chic ? La réponse est toujours non. A la vérité, petit peuple, moyen peuple ou grand peuple, tout le monde consomme de la culture comme il consomme du savon ou du dentifrice. L'élitisme pour tous dont rêvait Jean Vilar n'est pas au rendez-vous. Je me demande même s'il faut conserver un ministère de la culture dont l'échec est flagrant depuis André Malraux. Alors monsieur Mitterrand, je vous souhaite bien du courage. Prêcher dans le désert exige une force physique et mentale trempée dans l'airain. Bonsoir.
L'homme n'avait plus de nom depuis longtemps. Plus d'âge non plus. On le voyait marcher avec son ombre sur les trottoirs du vieux Marseille, une
poche à la main, pour son pain et son jambon, son fromage parfois, acheté chez un épicier à l'ancienne qui faisait des amabilités en rendant la monnaie. Le dimanche matin, il s'offrait sur un
coin de terrasse la lecture d'une feuille de chou et trempait longtemps ses lèvres dans un verre de blanc. Des signes de tête saluaient de loin en loin son ombre que grignotait le soleil montant.
La patronne du bar disait un jour qu'il était retraité
des Postes,
l'élevait le lendemain au grade de sous-officier dans le Génie. Un homme bien pour sûr ! Pas bavard mais toujours poli. Soigné de sa personne alors qu'il vivait seul mais où ?
Un jour, cet homme n'est pas sorti de chez lui. Des semaines ont passé. Quelqu'un a fini par s'étonner, au comptoir du boulanger ou du bistrot. Mais personne ne savait rien, non. Il avait probablement déménagé, pour se rapprocher de ses enfants.
Des mois, des années ont passé. L'homme payait ses factures par prélèvement automatique. Les compteurs d'eau, de gaz et d'électricité se trouvaient
sur le palier. Qui a fini par frapper à sa porte, alors que son corps était déjà un squelette, bien droit sur son lit ?
Histoire vraie, à Marseille, lue dans une brève, ces jours-ci. L'image jointe est de casafree.com
Non, ce n'est pas que le criminel Ali Khamenei, déjà responsable de plusieurs dizaines de morts, se repose dans
la station chère à Eugénie de Montijo en la compagnie d'une pute berlusconienne...
C'est seulement un raccourci donc un rapprochement.
Monseigneur Aillet, évêque proche des cathos tradis, a écrit au maire de Biarritz tout le mal qu'il pense de la Gay Pride. Il accuse les Soeurs de la
perpétuelle indulgence d'anticatholicisme et de blasphème, stigmatise la licence sexuelle exposée sur la voie publique... Didier Borotra a fort opportunément
rappelé à l'ecclésiastique la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ouf !
Mais imaginons que le retour à l'ordre moral gagne encore du terrain, imaginons que la classe politique devienne moins ferme sur le principe de la laïcité ou, pire, imaginons qu'un président de
la République choisisse une rupture qui donnerait pignon sur rue au catholicisme le plus rigide...
Vous voyez ? Oh ! Certes, on ne ressusciterait pas Torquemada. Mais, à n'en pas douter, le blasphème serait de nouveau un délit punissable et les femmes se verraient restreindre le droit à
l'avortement. Auquel cas, un monseigneur Aillet ressemblerait de plus en plus à un ayatollah... Et ce ne serait qu'un début, bien sûr... Déjà, au demeurant, des signes inquiétants alarment les
défenseurs de toutes les libertés. Attendons le verdict de la justice au sujet de l'église de scientologie...
Je me souviens. Le trottoir fumait sous la chaleur de juillet. Un homme est arrivé. Chemisette et tête nue. Il suffoquait. A un mètre derrière lui suivait sa femme emballée dans une cotonade noire. Une fente pour les yeux, à peine plus large que celle des horodateurs.
J'ai eu peur. De quelles profondeurs de
l'histoire humaine ce spectre féminin avait-il surgi ? Pourquoi le silence était-il soudain si violent ? N'était-ce pas que, témoins désemparés, nous redoutions que cette violence-là s'abatte un
jour sur nous ? Au-delà de toute considération religieuse ?
Alors, je salue l'initiative des 58 députés français, toutes tendances confondues, qui viennent de cosigner un texte visant l'interdiction de la burka sur le sol national. Ces fantômes, qu'ils rient jaune ou bleu, ou noir, sont intolérables. La négation du corps, la négation du plaisir imposées par les obscurantistes religieux ne devraient pas avoir droit de cité. Evidemment, cette interdiction, si elle est avérée, ne manquera pas de soulever des problèmes dans son application. Des femmes diront qu'elles ont choisi sans subir de pressions l'effacement de leur charnure. Il faudra être ferme dans le respect de cette loi. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. L'islam modéré mérite notre considération mais pas les suppôts diaboliques de Téhéran et d'ailleurs.
Comme tous les maîtres d'école, il m'arrive de pester contre les enfants. Sales gosses gâtés pourris qui respectent plus rien et j'en passe. Formule
prête à partager dans le tohu bohu des cours de récré...
Et pourtant ! Ai-je déjà dit ici que je m'étonne parfois de ce que les sales gosses, malgré tout, parviennent à tenir à peu près les six heures quotidiennes que nous leur infligeons ? Et si, un
beau matin, me faisant la nique façon Prévert, ils se tiraient ?
Bref ! Ils restent et, souvent, me surprennent par leurs mots profonds. Qui les dépassent certes, mais n'en marquent pas
moins quelques précoces éclairs de lucidité sur le monde en tant que représentation.
Ainsi, ceux-là, d'une petite Shabbaz sur une demi-feuille, après la répétition calamiteuse d'un spectacle de théâtre : " Maître, n'ayai pas peur si vous voulez je peux chanter sinon il von tous
gacher "
Et ceux-là, encore, sur le chemin d'une promenade herbeuse autour d'un château en Gironde. Je dis à une petite Margaux que ça me fatigue. Et elle me répond : " C'est pas que ça te fatigue, c'est
que tu es fatigué. C'est pas les objets qui te fatiguent."
La petite Shabbaz, aux incontestables talents artistiques, veut sauver le monde pour se sauver elle-même de ce qui la hante. La petite Margaux exprime avec une justesse vertigineuse ce qu'est
l'humain fatigué de lui-même. Elle nomme sans le savoir les profondeurs obscures de l'inconscient.
Ces deux interpellations de l'âme pourraient effrayer le quidam lassé de réfléchir. Alors qu'il suffit de s'en émouvoir et de considérer que les enfants sont des gens très bien.
image de droitsenfants.com
Zeus se métamorphosa en taureau blanc pour enlever la belle Europe dont il
s'était épris et la conduisit en Crète où elle devint la mère de Minos.
Cette Europe-là peut me parler, me faire rêver, inspirer pourquoi pas ma plume.
Mais l'autre ? Ah ! Il en existe une autre ? Je ne l'ai pas trouvée. Elle est peut-être introuvable comme le fut naguère une chambre législative peinte en bleu.
Bref ! Je voulais aller voter, sans trop savoir pour qui, pas à droite en tout cas, pas PS non plus, et puis té ! Pfuitt !
C'est que cette Europe manque singulièrement d'imaginaire. Est-elle seulement une
géographie dont on saurait faire bouger les lignes ? C'est ça qui serait bien. Moi, je mettrais volontiers Prague à la place de Libourne et Venise à la place de Langon. En revanche, j'exilerais
Londres aux confins de la Roumanie et j'emballerais à la façon de Christo la ville morte de Bruges. Peut-être même que, d'un simple clic neuronal, je téléporterais les Flandres sur une
plate-forme off shore au large de l'Ecosse ! Et je deviendrais, enfin, acteur de cette Europe qui pue le camembert statistique à la sauce Barroso. Vous l'avez entendu celui-là ! Non ? C'est
normal. Comment pourrait-on entendre une pensée vide ? En fait, il nous faudrait un Alphonse Allais comme président de l'Europe. Il voulait démolir les villes
pour les reconstruire à la campagne. Un véritable projet d'avenir. Et il y aurait du travail pour tous. Nous serions tellement occupés à démantibuler pierre à pierre nos plus beaux monuments que
ne penserions même plus à nous taper dessus. La colombe de la paix prendrait des rondeurs et, le chantier terminé, nous accommoderions le volatile aux petits oignons. Vive Alphonse Allais
!
Ma compagne plonge dans une boîte immense où dorment depuis des années des photos, des cartes postales, des lettres, des mots perdus sur des papiers pliés. Tentative de tri au coeur de la mémoire. Reconstitution d'histoires qui se sont croisées ou non : familles, amis, voyages, confidences. Introuvables souvenirs retouchés au fil des ans. Et puis, soudain, parmi ces centaines d'images, celle d'une petite fille qui tient la pose devant un objectif sans nom. Elle a le regard droit, les lèvres concentrées. Derrière elle, un carrelage de pavillon pourrait conduire l'imagination à ouvrir la porte d'une cuisine, ou d'une chambre. Mais qui est-elle ? A quelle histoire appartient-elle ? Pourquoi le décor reste-t-il muet ? Il y a, bien sûr, une réponse simple à ces questions. La petite fille est peut-être celle d'une cousine qu'on ne voit plus depuis vingt ans et la mémoire s'est livrée à l'oubli. Mais peut-on se contenter d'une réponse simple dès lors qu'il s'agit de l'oubli ? Oublier cette petite fille nous conduit implacablement à ce que l'oubli, sans même que nous y prenions garde, ronge en nous chaque jour. Jusqu'à ce que nos existences retournent au grand marais du sable, perdues comme les autres, alors que nous avons tant fait pour qu'un peu de mémoire en retienne un peu quelque chose...