Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 09:45
Ne meurs pas ! Je te le dis. Ne meurs pas. Une image me vient. La voix de Marguerite Duras parlant à Jean-Luc Godard. Tu t'en rappelles ? Oui, je sais que ton souvenir de 100_2474.jpgcette voix murmure encore dans ta mémoire.
-Ne baîlle pas, Jean-Luc.
Timbre calme. Sourire plissé. Une tendresse tout en pudeur avec son repos dans les silences.100 1162
Alors, loin de tous les requiems, en chuchotant, je te le redis :
- Ne meurs pas !












Par Dominique Boudou - Publié dans : Basculements - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 12:34

Thibaut Marsan au piano, Patrice Feugas à la basse, Benoit Saulière à la batterie, Olivier Pichon aux guitares et Fabien Lastère au saxophone ténor nous livrent dans leur disque Entre Terre et Ciel un jazz qui prend racine dans les nuages et fleurit ici bas en bouquets à cueillir avec gourmandise. Plus suave que rugueuse, on peut penser à certaines compositions de Jan Garbarek et de Keith Jarrett, la ligne mélodique du groupe est une route sinueuse qui sait emprunter des chemins de traverse. Le son se fait alors plus rauque et va trouver des points de rupture qui nous rappellent que la musique aime à se prolonger dans le silence. Parfois, au détour d'une note au parapet du vide, des signatures d'oiseaux ou le souffle venteux du large conduisent L'être intérieur à ouvrir en grand ses fenêtres sur l'infinie palette du monde. Et c'est ainsi que cette musique me plaît, sans réserve aucune.
Compositions originales de Thibaut Marsan à l'exception d'Est-Ouest qui est d'Olivier Pichon.
Je mets en lien le site du groupe et vous encourage vivement à le visiter.

http://www.myspace.com/moviejazzproject












Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 08:22

Encore Mishima et sa confession d'un masque. Le narrateur ne parvient pas à éclaircir le lien trouble qu'il entretient avec Sonoko...
" Mais une fois de plus, le "temps" était intervenu, poussant dru comme de la mauvaise herbe entre Kusano, Sonoko et moi ; désormais, une franche expression de nos sentiments, qui ne fût colorée ni par l'orgueil, ni par la vanité ou la prudence, était devenue impossible entre nous. "
Double malentendu de la confusion des sentiments et du temps inventé pour ne pas être dans la volonté de dissoudre le flou. Les émotions, qui ne se superposent que rarement aux sentiments, ont alors toute latitude pour vagabonder des vrais désirs aux faux désirs, dans un mélange d'inconscience et d'acuité douloureuse...
" Les émotions n'ont aucun goût pour l'ordre établi. Au contraire, telles de minuscules particules dans l'éther, elles voltigent librement, flottant à l'aventure et préférant demeurer à jamais vacillantes..."













Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 12:37

Dans son très beau récit Confession d'un masque, Yukio Mishima fait dire ceci à son narrateur : " J'éprouvais néanmoins un bonheur suprême à marcher appuyé sur son bras. Peut-être à cause de ma constitution fragile, pour moi la prémonition d'un malheur se mêlait en général à toute joie..."
J'ai souvent entendu des propos semblables. Ils sont troublants. Nous n'aurions pas, à la naissance, les mêmes dispositions, les mêmes aptitudes à être heureux. La joie, cette ouverture au bonheur possible, aurait besoin d'une solide ossature, d'un chambranle à toute épreuve...

Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 18:19

Mes plus jeunes collègues, enfin surtout une, me tournent le dos parce que je pourfends la maladie de l'évaluation qui vire au scientisme à la mode au mépris de l'humain. Je suis le fou, l'indien, le pesteux, l'anarchiste, l'asocial. C'est tout juste si on ne susurre pas que je pue des pieds. Alors ce colloque sur l'évaluation m'enchante. Je n'irai pas mais je m'en procurerai les meilleures pages. Vive cette affiche dont il affiche-meeting-evaluer-tuefaudrait inonder les Inspections Académiques. Vive la résistance à l'oppression du monde de l'enfance transformée en variable d'ajustement économique. Vive la poésie qui échappe à l'encodage de la mort. Vive la vie redevenue libre quand les crevures des pourcentages auront été balayées par l'irrépressible souffle de l'espoir dont on sait avec Verlaine qu'il luit comme un brin de paille.







Par Dominique Boudou - Publié dans : Roquettes
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 13:33

Marc Quinn a longtemps travaillé sur son propre corps. Il a réalisé un buste-autoportrait avec son propre sang congelé. Il s'intéresse aussi au corps meurtri, martyrisé par des malformations. Son Alison Lapper enceinte exposée en 2004 à Trafalgar Square quinn lapperb sept 05résonne en moi comme une allégorie écartelée entre l'espoir de la naissance et l'angoisse de la monstruosité, celle qui est déjà là dans notre présent en décomposition et celle qui peut nous hacher n'importe quand dans un avenir improbable...

Damien Hirst opère aussi sur le corps, celui des animaux conservés dans du formol. Il a ainsi mis en scène un requin de quatre mètres de long dans un aquarium  ou exposé une vraie tête de mort sertie de diamants. La promesse d'argent, montrée à Kiev en 2003, suscite au premier abord une légitime répulsion. Damien Hirst La promesse d'argentLes laideurs viscérales et excrémentales n'en établissent pas moins de nauséeuses correspondances avec le monde abject de l'argent et disent la décomposition civilisationnelle qui menace l'humain.

images de mocolo.com et acasculpture.blogspot.com

ps : Rappelons que Vinci, Goya, Géricault, Bellmer ou Vitkin ont aussi oeuvré sur le corps dépecé. Ils sont aujourd'hui compris par le public.







- Publié dans : Livraisons
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 09:11
Elle parle de l'invisible érosion du dedans
Ton cerveau a rongé tes ongles et tes cheveux
Passé ta peau sous les dents du couteau
Intenable fatigue
De la neige et du charbon
Le coeur aussi dit-elle
La gaine des nerfs et des veines
La moelle des os
Et le battoir de la souffrance
Sur l'impossible mémoire
                        *
Tu mets du noir sur tes carnets blancs
Des mots qui sont des traits contre toi
Mère mort père porc
Soeurs sort mauvais sort
Et le sang te monte à la gorge
Avec ses larmes lourdes
D'un sommeil qui ne veut pas
Tu tends la main vers la sonnette
Un point rouge dans le noir et le blanc
Asile fermé

(poèmes en chantier donc à revoir au plus près)









- Publié dans : Ici le monde
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 12:36

A la limite, le titre ci-dessus se passerait bien d'article... Je ne compte plus le nombre de femmes, jeunes et moins jeunes, qui m'ont narré leurs difficultés relationnelles avec leur mère. Les mêmes plaintes reviennent :
- Elle est méchante.
- Elle est tyrannique.
- Elle est monstrueuse.
- Elle a toujours préféré mon frère.
- Elle n'a d'yeux que pour ma soeur aînée.
- Elle n'aime pas mes enfants...
C'est l'enfer. Toutes les filles qui entretiennent une relation toxique avec leur mère le disent et ça n'en finit jamais d'être l'enfer. Les raisons de ce déraillement amoureux avec dommages collatéraux, (tout le monde trinque dans la famille), sont connues. Elles pourraient tenir en un seul mot dont chacun s'emparera comme il le voudra : RIVALITE ! J'ai un faible pour ce vocable évocateur de rives, (passer de l'une à l'autre pour s'ensauver), d'alités, (vaste secret de l'amour malade)... J'y entends aussi l'action de river. N'y a-t-il pas là un attachement qui tient lieu de supplice, (expiatoire ?) et dont on ne se saurait se délier qu'en RIVANT SON CLOU à la mère ultra abusive ?
Naturellement, décortiquer un mot est un jeu qui ne mène pas loin au-delà du plaisir ordinaire. Dans la relation fille-merde, ce huis clos théâtral et procédural, l'enfer se joue à deux. Il n'y a pas un bourreau et une victime. Il y a deux bourreaux et deux victimes dont la souffrance est un puits aux exhalaisons antérieures. La merde se transmet plus facilement aux descendants que l'amour...
Et pourtant, à écouter les plaignantes, il ressort que le combat des filles et des mères est inégal. Ce n'est pas la mère qui devient anorexique ou alcoolo. Ce n'est pas la mère qui se taillade les veines. Dans son désir ou son non désir, dans sa moralité ou son amoralité, la mère est toujours légitime puisque elle est l'AUTEUR de sa fille, auteur de tous les droits...
Alors, à toutes les filles qui ne veulent patauger dans la merde, j'adresse ce humble conseil :
Rompez les rangs et affranchissez-vous en passant sur l'autre rive !
Plus facile à dire qu'à faire mais quel est le prix le plus lourd à payer au regard de toute une vie ?
Celui de la liberté ?
Ou celui du carcan pathologique.. ?

































- Publié dans : Théâtre de la cruauté - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 17:51

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La mort apprête son chant mais le coeur bat encore, décompte assourdissant de l'absurdité à vivre.




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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 14:36

Gilles Lehmann, professeur d'école en Haute-Vienne et chargé de classe en cm2, a refusé de faire subir à ses élèves les évaluations stupides imposées par le ministère dans les délais réglementaires. Il a choisi un rythme de passation des épreuves plus lent, trois semaines au lieu de trois jours.
La meute de l'Inspection Académique de Limoges n'a pas tardé à se déchaîner. Le coupable, d'ores et déjà suspendu de ses fonctions, est convoqué à son I. A. en vue d'une sanction disciplinaire... Un dénommé Jean-Pierre Gainand, notamment, montre un zèle carnassier qui séduira le loukoum chatellien...
Rappelons encore que ces évaluations nationales n'ont aucun sens. Elles ne sont même pas la photographie d'un instant donné en cela qu'elles ne prennent nullement en compte l'adhésion à l'épreuve des candidats. Un enfant de dix ans devient-il élève dès lors qu'on met sur sa table une feuille d'examen ? Un enfant de dix ans accroche-t-il au portemanteau sa pelisse d'enfance pour plonger tout de go dans les tracas de la conjugaison ou de la géométrie ? Un enfant de dix ans peut-il se réduire à un cerveau dont les seules fonctions cognitives seraient à l'oeuvre à un moment T ?
Alors que les plus grands savants en neurosciences ne savent toujours pas ce qu'est la raison pure, les Trissotins de Limoges comme de Bordeaux, accommodés à la sauce néolibérale de la productivité, persistent à nier l'humain dans sa dimension culturelle, émotive, fragile. Les enfants n'existent pas à l'école. Seuls les élèves, les apprenants, les actants SONT. Chair à statistiques pour les ploutocrates de l'OMC, de l'OCDE. La mode est à la désincarnation de tous les savoirs, et il ne manquera jamais dans toutes les Inspections Académiques de ragondins pour dépouiller la langue de sa liberté.
Le combat de Gilles Lehmann, après celui d'Alain Reffalo et de tant d'autres, s'apparente au combat des quelques personnes qui osèrent, naguère, se dresser contre la défaite de l'homme.
Moi, Dominique Boudou, pleutre, lâche, incapable nerveusement de supporter le moindre conflit, je ne les suivrai pas dans leur refus. Mais je les soutiens ici, avec mes mots dérisoires, parce que je crois aux forces de l'humain et de l'esprit, parce que je crois en l'espoir d'un monde meilleur et que je ne suis pas, contrairement à ce qu'on m'a dit à ****, un décliniste.
Nous devons, avec toute la puissance de nos convictions, avec tout l'arsenal d'un vocabulaire chargé de futur, sauver nos enfants menacés. Je sais que de nombreux parents d'élèves, ( des usagers, m'a-t-on dit à***),, lisent ce blog. Je leur demande comme une prière d'apporter leur soutien à Gilles Lehmann, un homme digne dont l'humble courage porte au plus haut l'idéal de Louis Germain qui fut le maître d'Albert Camus.
































- Publié dans : Basculements
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