Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /2010 11:16

Peter Gumbel, journaliste anglais, publie chez Grasset On achève bien les écoliers. L'auteur compare notre système scolaire à une vaste prison où le lavage de cerveau serait la règle d'or. En libéral convaincu, Peter Gumbel est en revanche fasciné par le modèle américain. Quand on sait qu'un Yankee sur deux ignore que la Terre tourne autour du soleil, cette admiration est bien suspecte.

Alors que j'ai pu, ici même, avoir la dent dure au sujet de notre machinerie éducationnelle, les propos sans nuances du journaliste me conduisent à défendre les profs et les inspecteurs. Oui, vous avez bien lu, les inspecteurs. Les profs ne sont plus depuis longtemps ces adjudants hurleurs que dénonce Gumbel en faisant un parallèle avec le film Full Metal Jacket où l'instructeur accable d'injures les jeunes recrues. Les inspecteurs ne sont pas davantage " ce deus ex machina qui détermine toutes les actions, regarde par-dessus l'épaule des professeurs et fond ensuite sur eux, en intervenant quand bon lui semble".

Le titre même du livre, une pensée pour Horace Mac Coy et son On achève bien les chevaux, annonce de toute façon la couleur. Une couleur rouge et noir. Une couleur de sang et de mort. Notre école connaît certes d'innombrables difficultés, d'autant que les libéraux cherchent à l'appauvrir, mais au jour le jour, les profs montent au front pour la sauver ainsi, je le redis, qu'une majorité d'inspecteurs, tout au moins ceux qui sont en contact direct avec les enseignants.

Par Dominique Boudou - Publié dans : Ici le monde - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /2010 20:18

Je me souviens du général de Gaulle confiant à son aide camp qu'il aurait aimé être bibliothécaire dans une sous-préfecture. Même si le métier a beaucoup changé, même si les bibliothèques transformées en médiathèques ne sont plus comme autrefois le lieu du recueillement dans l'ascèse, je garde intact mon plaisir d'en pousser les portes à l'affût de quelque mystère, d'une révélation qui changerait ma vie. C'est dans cet état d'esprit que je me suis aventuré, un peu, dans les coursives du grand navire de la Bibliothèque nationale de France. Brigitte Giraud m'y a saisi avec son oeil de guetteuse et la musique d'Olivier Pichon, encore une fois, accompagne mes foulées. Une belle réjouissance.

Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /2010 15:44

Si vous êtes professeur de sociologie à Sciences-Po ou directeur d'études à l'EHESS, vous avez le droit de parler et même on vous le demande. Si vous êtes petit instituteur, on vous moque, on vous méprise, voire on vous menace...

Je cède donc la parole à Marie Duru-Bellat et François Dubet, dans un entretien avec la rédaction du Nouvel Observateur :

FD : Des observateurs étrangers décrivent parfois notre école comme une tension entre une bande d'adultes et une bande de jeunes. Du coup, nous avons une école plus violente qu'elle ne devrait être.

MDB : Nous pensons qu'une école accueillante, sympathique, attentive, détendue, donne une meilleure société. Mais on n'ose pas le dire, cela paraît trop "baba cool".

Les auteurs de Les sociétés et leur école, ouvrage cosigné avec Antoine Vérétout et paru aux éditions du Seuil dénoncent les pressions qui pèsent à l'école et sur l'école :

- Logique anxiogène de compétition dès les petites classes

- Trop forte emprise du diplôme

- Trop forte attente de l'école supposée résoudre tous les problèmes

- Dévalorisation des compétences professionnelles

Les auteurs n'en terminent pas moins l'entretien par un message d'espoir : L'école peut rendre le monde moins cruel.

Souhaitons qu'il soit entendu, là où je pense...

Par Dominique Boudou - Publié dans : Basculements - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 14:34

Septembre approche. Les enfants sont contents de retrouver leurs copains à l'école et les parents commencent à se ronger les ongles, surtout à l'entrée du cours préparatoire ou du collège. Je les comprends, je compatis et ils méritent bien cet hommage. C'est que l'école est un monde à part dont la lecture requiert un décodeur. Comment interpréter sigles et acronymes, formules alambiquées du prêt-à-penser pédagogique, grilles d'évaluation ou querelles des Modernes contre les Anciens ? Comment les parents d'élèves, déjà stressés par la vie ordinaire, pourraient-ils traverser sereinement la rentrée scolaire ? Maîtres et maîtresses ont certes l'oreille bienveillante, les sourires des enfants au premier soir rassurent un peu, mais, cependant, l'onychophagie continue d'aigrir les estomacs. C'est que les tensions de l'école, récemment dénoncées par François Dubet, expriment le désarroi d'une société sans horizon et sous le joug des financiers. C'est que le savoir, dans son interchangeable compactage à destination des masses, perd lentement figure humaine. La pensée s'appauvrit. L'expression s'auto censure. Et les parents d'élèves, comme beaucoup d'enseignants, souffrent en silence. Une petite souffrance bien sûr, qui ne nécessite pas l'intervention d'une cellule psychologique à la mode. Mais néanmoins une violence du calme, qui ronge un peu le sang après les ongles. Et c'est tous les ans pareil quand septembre fleurit jaune. En conséquence, oui, les parents d'élèves ont droit au titre de héros, dans le petit bricolage des jours comme ils vont.

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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 12:11

Les textes de Valéry, Proust et Zola précédemment cités ici sont extraits du dernier livre de Régis Debray, Dégagements, paru aux éditions Gallimard. L'inventeur de la médiologie y dénonce les travers du pouvoir et de l'argent. Avec ce constat étayé par de solides références littéraires : Ce n'était pas mieux avant. C'était pareil. De Louis XIV à Nicolas Sarkozy en passant par la frénésie financière de la fin du dix-neuvième siècle, ce sont, toujours, les mêmes goinfres éhontés qui piétinent la morale élémentaire.

Les fragments de Régis Debray s'essaient aussi à l'exercice d'admiration. L'ancien révolutionnaire, devenu selon ses propres mots homme de lettres et bourgeois, n'aimait rien tant que partager une conversation avec Julien Gracq dans sa maison de Saint-Florent. C'est que l'auteur du Rivage des Syrtes, précisément, ne s'enfermait jamais dans les commodités paresseuses de l'immédiateté. Sa réflexion se nourrissait au souffle des siècles ; le géographe tutoyant l'histoire avec une facétieuse gourmandise.

Volontiers critique envers tous les jargons universitaires et sociologiques, fuyant l'hermétisme d'Aimé Césaire et la lourdeur de Pierre Bergounioux, Régis Debray s'en prend aussi volontiers à lui-même. Les pages où il narre les petitesses de son rapport à l'argent, la peste soit des pièces de monnaie qui déforment les poches, sont absolument truculentes. Notre homme a de l'humour, de l'auto dérision, de la tendresse et on a envie de l'aimer. img-livre-du-jour-degagements-regis-debray x200 arton128530


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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /2010 22:04

" L'immense catastrophe de ces temps derniers vient de prouver d'une façon définitive que la probité est en train de disparaître. C'est à peine si on se cache aujourd'hui de n'être point un honnête homme, et il existe tant de moyens d'accommoder la conscience, qu'on ne la reconnaît plus. Voler dix sous est toujours voler ; mais faire disparaître cent millions n'est point voler. Des directeurs de vastes entreprises financières font chaque jour, à la connaissance de la France entière, des opérations que tout leur interdit, depuis les règlements de leurs sociétés jusqu'à la plus vulgaire bonne foi, ils ne s'en considèrent pas moins comme parfaitement honorables..."

in Le Gaulois, 14 février 1882

Ainsi donc, mais nous le savons depuis toujours, les crapules d'aujourd'hui sont les mêmes que celles de naguère et jadis. Toutes les crises financières sont l'expression éhontée de quelques gorets cupides et ce sont, encore et encore et encore, les peuples qui trinquent.

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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /2010 17:47

" Chaque fois que se produit un événement accessible à la vulgarité d'esprit du journaliste philosophe, c'est-à-dire un événement généralement politique, les journalistes philosophes sont persuadés qu'il y a quelque chose de changé en France."

Ce qui était vrai du temps de Proust l'est encore davantage aujourd'hui car nos journalistes confondent trop souvent philosophie et marketing. Avec pour infranchissable horizon les mèches grisonnantes de monsieur Lévy et la curée anti freudienne de Michel Onfray, comment voulez-vous que l'intelligence s'ouvre un chemin ? De toute façon, de nos jours, les couples Drucker-Baroin, Kouchner-Ockrent, D.S.K.- ?et maintenant Pulvar-Montebourg illustrent bien que politique et journalisme barbotent dans la même soupe de l'immédiateté, sans mémoire aucune, sans projection aucune...

J'ai un trou pour la meuf de dsk ; ça me rassure.

Par Dominique Boudou - Publié dans : Livraisons
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 20:01

" Le pouvoir n'a que la force qu'on veut bien lui attribuer ; même le plus brutal est fondé sur la croyance. On lui prête comme devant agir en tout temps et en tout point la puissance qu'il ne peut, en réalité, dépenser que sur un point et à un certain moment. En somme, tout pouvoir est exactement dans la situation d'un établissement de crédit dont l'existence repose sur la seule probabilité (d'ailleurs très grande), que tous les clients à la fois ne viendront pas le même jour réclamer leurs dépôts. Si, à chaque instant, à un moment quelconque, un pouvoir quelconque était sommé de produire ses forces réelles sur tous les points de son empire, ce pouvoir serait en tous ces points à peu près égal à zéro..."

Le gouvernement français qui vient de reculer sur l'accès au logement étudiant, (l'APL et la demi part fiscale sont maintenues conjointement), ne l'a pas fait par bonté d'âme. Il sait seulement qu'il ne peut intervenir sur tous les fronts de la révolte. Sarkozy n'a pas lu Paul Valéry qu'il doit confondre avec un joueur de foot mais Guaino si. Que les deux méditent encore et encore la sentence lucide du maître ! Le peuple souffrira moins.

 




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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /2010 16:45

Les histoires de W.C. , toilettes, cagoinces et autres lieux d'aisance au fond ou non du jardin font toujours rigoler. Le pipicaca, mystérieusement associé au panpancucu, reste une valeur sûre. Cela, hélas, pourrait bientôt changer avec l'avènement des nouvelles toilettes high tech à la Japonaise. L'exposition universelle de Shangaï en propose de tout à fait stupéfiantes que je m'autorise à trouver complètement chinoises... Lorsque vous posez sur le trône votre auguste postérieur, une machinerie infernale se met en branle et voilà votre tension artérielle prise, et voilà vos analyses d'urine faites ! Les résultats sont immédiatement envoyés par internet au cabinet... médical de votre praticien préféré. Une autre version de cette merveille technologique offre sous la cuvette une assise faisant fonction de pèse-personne. Nul doute que bientôt, le progrès étant sans limite, les premiers soins seront prodigués sur place au cul malade, à la vessie trop pleine, à la prostate avare. Autant d'économies pour la sécu mais adieu les lectures languissantes sur la lunette en attendant que ça vienne, car, justement, avec un pareil arsenal sous les fesses, ça risque d'être dur d'avoir envie...japanese toilet (1)

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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /2010 14:10

Arthur Hervet, 71 ans, prêtre à Lille et très engagé dans la défense des Roms, s'est donc adressé à Dieu pour le supplier d'expédier Nicolas Sarkozy ad patres. Ces propos, surtout venant d'un homme d'église, sont évidemment excessifs. Le curé Arthur les a aussitôt regrettés et nul doute qu'à confesse il demandera le pardon de son Seigneur et Maître. Moi qui me trouve depuis la création de l'univers à l'étage juste au-dessus du Divin, je le canonise sans examen préalable. Je ne souhaite pas que Sarko succombe à l'obstruction d'une coronaire trop encrassée par le bling bling mais j'espère ardemment que le message désespéré de l'ecclésiastique sera entendu. Voeu pieux ? Peut-être pas. La misérable brebis Hortefeux déclare déjà qu'elle ne s'en laissera pas compter mais il existe, à droite comme à gauche, de nombreux catholiques qui désapprouvent la politique de la haine menée par le gouvernement. Qu'ils nous rejoignent dans la rue le sept septembre prochain et qu'on en finisse avec ce pouvoir qui avilit l'humain !

Par Dominique Boudou - Publié dans : Basculements
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